Le. vui, 21; supr. p. l'I'i
réflexion qu'on ne peut rien prendre à qui ne possède rien, il dit qu'on prend à celui-ci « ce qu'il croyait avoir ». Le paradoxe n'est atténué que dans la forme et incomplètement, car une possession apparente ne crée pas la possibilité de l'enlèvement. Mais l'évangéliste a peut-être voulu signifier surtout que les auditeurs imparfaits ne possèdent pas réellemsnt la jDarole, et faire entrevoir, derrière ces auditeurs en qui TEvang-ile ne produit aucun fruit, les Juifs qui semblent posséder l'Ecriture, et qui en ont perdu l'intelligence. Luc a laissé tomber la comparaison de la mesure, qu'il a rapportée auparavant, comme Matthieu '.
Dans Marc, cette sentence vient la première, et doit être la principale, le proverbe sur les gens qui possèdent et sur ceux qui n'ont rien lui servant d'explication. On suppose d'ordinaire qu'il s'agit de l'enseignement, à cause de la formule d'introduction : « Faites attention à ce que vous entendez '^. » Mais cette formule pourrait bien être équivalente à : « Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende-' », et ne pas viser l'attitude générale des auditeurs k l'égard de la parole. Elle a plutôt pour objet de mettre en relief la sentence qui suit, cette sentence n'ayant pas de lien étroit avec le contexte, et devant être interprétée par elle-même. On n'est pas obligé d'y voir énoncées ni la responsabilité des disciples à l'égard des vérités du royaume qui leur sont confiées, ni la proportion qui existe entre le profit qu'on retire de la parole et l'attention qu'on y apporte '. La pensée du rédacteur, beaucoup plus large, doit viser la correspondance qui existe entre la rétribution et le mérite : dans la mesure où l'on produit les fruits de la parole ^, on est récompensé par Dieu, et avec surabondance; ainsi se trouve appliqué le double dicton : « on donne à qui possède », puisque la gloire du i^ovaume vient à qui a la justice, et : « l'on prend a qui n'a rien», parce que les moyens de salut qui étaient à la disposition de l'homme indifférent ou négligent lui seront enlevés. Il est probable
1. Mt. VII, 2; Le. VI, 38. Mais Mattliieii, en anlicipaat ^xiii, 12) la sentence de Me. VIII, 2'), parait s'inspirer du v. 24 dans l'addition /ai -spi^acuOr^a^Ta'..
2. V. 25-. [jÀs-îtî -i à/.oj£T£, dont Luc i v. 18) a fait, pour la liaison avec ce qui précède : [îXé-cte oÙv -io; à/.ojSTc.