V. tloi.i/M ANN, loc. lil
ij:s i'ahaboi.ks 789
«le .Irsus, et celle pi'éoecupation se trahit peut-être dans la comparaison finale, difficile à inlerpi'éter comme parole du (Christ.
()n ne s attend pas k ce (jue le Sau\eur parle des docteurs du royaume, non (juil ait t'u en horreur jusqu'au nom de « scribe », mais parce qvie l'idée que représente ce mot est peu conforme à son esprit. Matthieu seul ' attribue aux maîtres de l'Evangile un nom apj)licable, jusqu'à un certain point, aux prédicateurs chrétiens qui ont continué l'œuvre de Jésus, mais qui ne convient pas plus aux apôtres, avant la mort du Christ, qu'il ne convient au Sauveur lui-même. Le mot < initié >' -' n'appartient pas non plus à la langue de Jésus, et l'idée ne s'accorde guère mieux avec la notion primitive du royaume. Pour Matthieu, l'Evangile du royaume peut être une doctiine plus ou moins compliquée, mais Jésus ne le conçoit pas ainsi. Le « docteur initié au royaume » n'est pas précisément un homme instruit en matière de royaume, mais un homme qui a été disciple du royaume, c'est-à-dire de Tl'lvangile personnifié en maître de doctrine, ou bien qui a reçu l'instruction pour le royaume, la science qui rend ses adeptes mûrs pour le royaume des cieux, et qui les y introduit '. (Kielque sens que l'on préfère, l'idée de la catéchèse apostolique est au fond, non le message de Jésus.
Le docteur dont il s agit ressemble à un maitre de nun^ison qui a ses coffres bien assortis en toutes sortes d objets [)récieux ou utiles, où il prend du vieux et du neuf '% selon les besoins et l'opportunité, pour son usage, celui de sa famille, et le service de sa demeure, (^est sur l'emploi du vieux et du neuf que porte la comparaison, et l'on se demande ce que peut être pour l'évangéliste le vieux et le neuf de la prédication chrétienne. Depuis Irénée, la tradition a vu généralement dans ce vieux et ce neuf
àvOpfijnt.) (jvM0i7-6-r^. l,e mémo mot se retrouve dans xxiii, H4, appliqué aux prédicateui's (le rÉvangile; mais, ce passage ayanl chance d'être un(* citation, le rapport tendrait plutôt à faire attribuer xiu, ol-")2 à l'évangéliste.
2. u.a6r)T£jO£;:. Dalman, 1, 87, observe <|ue ce mot sans équivalent araméen doit appartenir au langage particulier de l'évangéliste. 'xadr^-cùiv/ est d'un emploi rare dans le Nouveau Testament ; on le trouve une fois dans les Actes xiv, 21), et trois fois dans Mattiiieu ici, xxvii. 57, xxvni, ti<.
:{. Jiii.icHER, II, 130-1.31.
t. oaT'.; ly.ii'/'/.E: ïy. toj Or/aa'jocij tj-o'j zaïvà /.t.': -a/.a'.à.
790 LES ÉVANGILES S VNOb* IlOLKS
l'Ancien Testament et TÉvang'ile. Les modernes ont pensé que Matthieu avait voulu recommander sa propre méthode, le mélange des prophéties anciennes aux sentences du Christ ' ; ou bien que Jésus aurait fait valoir l'excellence de renseignement parabolique, lequel présente les vérités nouvelles sous le couvert des choses anciennes, à savoir l'ordre de la nature et de la vie humaine'-; ou encore que le Sauveur proclamerait la légitimité de TEvangileen face des défenseurs exclusifs de la tradition juive -^ Le neuf n'est pas la condamnation du vieux ; on peut garder l'un et l'autre, et vivifier l'enseignement ancien par l'esprit nouveau. (]ette dernière explication rejoint la première, tout en demeurant plus vague.
Les tlifticultés de l'interprétation et les divergences des opinions tiennent à la question d'origine : on s'efîorce généralement d'entendre la sentence en un sens vraisemblable dans la bouche de Jésus, et le résultat n'est pas satisfaisant, parce qvie la comparaison vient de l'évangéliste et reflète une conception personnelle de Matthieu. Jésus s'est exprimé autrement sur le rapport du vieux et du neuf en ce qui regarde l'Evangile ' , mais le vieux et le neuf ne sont pas ici la tradition pharisaïque et la bonne nouvelle du royaume. 11 n'est pas naturel que Jésus se confonde avec le commun des prédicateurs évangéliques comme un scribe initié au royaume ; il ne l'est pas davantage qu'il parle des prédicateurs du royaume en faisant abstraction de sa personne. Tous les détails du discours se trouvent donc plaider contre son authenticité,
(Test selon l'esprit de Matthieu, non selon celui de Jésus, qu'il faut apprécier ici la distinction du vieux et du neuf. Il faut tenir compte aussi de la façon dont la distinction est amenée. Les apôtres, c'est-à-dire les prédicateurs chrétiens sont comparés à un propriétaire qui tient à sa disposition, et qui emploie selon son gré le vieux et le neuf, parce qu'ils ont l'intelligence des paraboles, parce qu'ils connaissent les secrets du royaume des cieux '. Les paraboles ne peuvent être le vieux, et l'évangéliste n'a
1. Volkmar, PHeideror, a/). .Hii.icHEii, 11, i:U. ■2. B. Weiss, E. 8VI.
H. JiiLicHER, II, i;V2.