LE POSSÉDÉ DE GÉKASA
au démon de cet infortuné avec l'autorité qui avait déjà rendu le calme à tant desprits troublés. Le démoniaque subit l'impression de cette parole dominatrice et bienveillante : un travail se fait dans son esprit tourmenté ; l'idée de sa délivrance s'y heurte avec l'obsession qui fait sa maladie. Les évan^^élistes pensent que le démon de rh(mime connaissait Jésus ; mais il parait bien que c'est Jésus d'abord qui s'est fait connaître à l'homme ; celui-ci s'est prosterné pour demander g-ràce, quand le Sauveur a commandé avi démon de s en aller.
Si le discours qu'on attribue au possédé n'a pas été influencé par l'idée qu'on se faisait de la science des démons, le cas serait le même que celui du démoniaque de Capharnaûm, le possédé de Gérasa ayant appris le nom de Jésus, soit du Sauveur lui-même commandant au démon, soit des disciples, qui ont pu le prononcer entre eux ou même en parlant au démoniaque. En tout cas, le possédé associe dans son esprit l'idée de Messie libérateur à la personne de Jésus menaçant le démon qui est en lui : il ne semble pas que cet homme eût jamais rencontré le Sauveur, ni qu'il eût pu entendre parler de lui; mais son lang-age, avant et après sa g-uérison, donne à penser qu'il était juif, bien que les païens fussent assez nombreux dans la contrée.
« (,)u*y a-t-il entre moi et toi, Jésus, fils du Dieu très haut ' ? » dit le démoniaque dans Marc et dans Luc. « Qvi'y a-t-il entre nous et toi '' »? clament les deux possédés de Matthieu, qui, par un concert difficile à imaginer, surtout chez des malades de cette sorte, sont toujours censés dire et faire les mêmes choses en même temps. Dans Marc, le démoniaque ajoute : « Je t'adjure par Dieu de ne pas me tourmenter ^- ! » Luc aura probalilement trouvé une telle sommation choquante dans la bouche du démon, et il se contente d'une prière : « Je t'en prie, ne me tourmente pas ^ ! » Matthieu substitue à la demande une espèce de réclamation contre l'intervention tle Jésus; c( Tu es venu ici nous tourmenter avant le temps •'. » Dans ce discours, ce sont les démons qui parlent, pro-
1. Me. 7 (Le. 28,1. -•. ï'xo': y.y.'. noi, 'Iri^oj •j'.ï to2 Oeoj to2 Cci/fjTOj ; 1) omet 'lr^'30■J et -'jj 0:où dans Le. 28.