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hérent. Mais cette particularité même pourrait garantir l'historicité du propos. Matthieu laisse tomber tout à fait ce que Luc atténue. Il va sans dire que la légion de démons n'est pas censée contenir juste autant d'esprits mauvais qu'il y avait de soldats dans une lég-ion romaine, c'est-à-dire six mille. Pour entrer dans l'esprit du récit, on doit supposer qu'il y en avait autant que le troupeau de porcs qu ils vont momentanément se soumettre contenait de tètes ; et Marc estime que le nombre des porcs était de deux mille environ. Ce n'est sans doute pas la variété des impressions extravagantes ' qui est en rapport avec un pareil chitTre, mais l'idée fixe du malade qui croyait être en proie à une lég-ion d'esprits.
Et c'est le g-rand nombre de ces démons qui l'ail difficulté à leur expulsion. ()îi iront-ils? telle est la question qui s'agite dans l'esprit du possédé; question troublante, car les démons, à cette heure, c'est encore lui-même, et s'il a retrouvé le raisonnement, il n'a pas recouvré encore la raison. Il demande que les démons ne soient pas chassés du pays, c est-à-dire des endroits peu fréquentés, et des tombeaux où lui-même se plaît. Dans Luc, les esprits demandent eux-mêmes, mais ce ne peut être que par l'organe du possédé -, à n'être pas envoyés « dans l'abîme ■' », ce qui modifie et complète la donnée de Marc, et prépare le dénouement, les démons qui plongent dans la mer étant censés reconduits à une sorte d'enfer. L'internement des diables en enfer était plutôt d ordinaire renvoyé au jugement dernier. Mais l'abîme dont il s'agit peut se confondre plus ou moins avec la mer, et n'être identique ni au schcol. qui n'est pas précisément un abîme, ni à « l'abîme de feu » dont parle l'Apocalypse '. On a pu voir déjà •' que les démons ne se plaisent pas au désert, qui serait, avec le scheol, leur séjour naturel ; il ne leur répugne pas de passer de l'homme ou de la bête qu'ils possèdent, à un autre homme et à une autre bête '•.
Or il y avait non loin de là. sur la montagne, un grand troupeau
[. IIOLTZMANN, 1.34.
2. V. 31. Ici, comme au v. .30, Luc pjiiaît avoir voulu éviter la rencontre du sinf^ulier ; l'homme demandant) et du pluriel (les démons dont il s'agit).
3. ciç T>|V a|3jiJov. (Cf. Job, xxviii, 14 ; IIknoch, xcx, 24.)