LE POSSÉDÉ DE GÉRASA
Les démons aussitôt sortent de riionime. entrent dans les porcs, et voilà que le troupeau tout entier, saisi d'une fureur subite, court se précipiter du haut de 1 escarpement ' dans la mer. Deux mille pourceaux environ furent ainsi noyés. Ce chiffre de Marc est approximatif et pourrait n'être pas exempt d'exag-ération ; il est à peine besoin de supposer que les disciples ont pu le connaître après coup par les g^ardiens ^ ; les disciples qui ont vu le troupeau ont pu faire l'évaluation que donne Marc. Toujours est-il que, dans la pensée des évang-élistes, le troupeau s'est perdu parce que les démons, en quittant l'homme, sont entrés dans les porcs : non que les démons eussent prévu un tel résultat, et qu'ils l'aient causé volontairement, mais parce (juils ont été dupes de leur propre demande • les porcs, ag-ités par les esprits qui les possédaient, sont, eux aussi, devenus fous, et se sont jetés à la mer ; ainsi les démons se sont trouvés dans la situation qui leur faisait horreur, chassés du pays qu'ils ne voulaient pas quitter, envoyés à l'abîme où ils ne voulaient pas aller. Les évangélistes n'alFirment pas que 1 accident soit arrivé par la volonté de Jésus; ils ont dû le penser.
On a supposé que la guérison du possédé n'apparut, comme il arrivait ordinairement, qu'après une crise violente durant laquelle, par ses hurlements et ses mouvements désordonnés, il aurait épouvanté le troupeau; et les porcs, prenant la fuite au hasard, seraient tombés du haut d'une falaise dans le lac -K Le fait en soi n'est pas impossible. Le silence de nos textes ne prouve pas que cette crise dernière n'ait pas eu lieu, car elle peut être sig-nitiée dans la «( sortie » des démons '. Si la crise s'est produite, elle a été en relation immédiate avec l'accident des porcs. Et il est assez vraisemblable, si le possédé a demandé l'envoi de ses démons dans les porcs, que, dans sa crise finale, il se sera porté vers ces animaux. Est-il nécessaire d'observer que personne n'a vu les démons sortir de l'homme ni entrer dans les porcs, et qu'on a pu voir seulement une convulsion de l'homme, interprétée comme le départ des démons, et l'agitation du troupeau fuyant, interprétée comme l'entrée des démons dans les
1. /.aTa -ryj Koriavoi. P'oniuilc identique dans les tiois Evangiles ; ne se lenconlre qu'ici.