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LES DEUX AVEUGLES

Matth. IX, 27-3 L

Mattm. IV, "27. l"'l comme Jésus séloiiinail de là, deux aveugles le suivirent, criant et disant : " Aie pitié dennus,iîls de David. » 28. Et quand il fut entré à la maison, les aveuj,des s'approchèrent de lui, et Jésus leur dit : >' \'ous croyez que je peux faire c-ela ? » Ils lui dirent : « Oui, seigneur '). "29. Alors il toucha leurs yeux, disant : « Qu'il vous soit fait selon votre foi. » 30. Et leurs yeux s'ouvrirent. Et Jésus leur parla sévèrement, disant : « \'oye7. à ce que nul ne (le) sache. » 81. Et étant sortis, ils parlèrent de lui dans tout ce pays.

Si Ion ne considère que ce récit et son contexte immédiat, Jésus, en sortant de la maison du chef de synag-og-ue, aura trouvé sur son chemin deux aveugles qui, sans doute avertis de son passage, l'ont suivi en implorant sa pitié. Le Sauveur, ne voulant pas les guérir en public, ne s'occupe pas d'eux jusqu'à ce qu'il soit arrivé c à la mai-son ». c'est-à-dire la maison de Pierre, à Capharnaûm, qui était en quelque sorte la sienne. Les aveugles y entrent après lui et le rejoig-nent ; après s'être assuré de leur foi, Jésus leur rend la vue en touchant leurs yeux; puis il les congédie en leur recommandant le silence ; les deux hommes, une fois partis, s'empressent d'étendre la renommée de leur bienfaiteur en racontant le miracle.

Mais la place faite à cette anecdote et son rapport avec d'autres histoires semblal)les donnent à penser qu'elle ne représente pas une tradition distincte des deux guérisons d'aveugles qui sont rapportées dans Marc. La formule d'introduction : « Et comme Jésus s'éloignait de là' », est artilicielle. On a vu précédemment que la journée est déjà trop remplie. La guérison des deux aveugles, et

1. \. 27. -/.a', -apâyciv-'. Èx.eïOîv t(o 'Ir,aoî/ r/.o'/j/Jh\'3y.'j ayToi (BD onu'Ueut aÙTfo) oûo ruçXoi. Cf. XX, 29-30. Ss. omet r/.^iOcv ; mais ce peut-être avec intention. Tous les récits de ce chapitre sont étroitement liés entre eux.

celle du sourd-muet, qui vient ensuite, n'ont pas dû avoir lieu le jour même où la iîlle de Jaïr a été ressuscitée. Pourquoi Marc et Luc se tairaient-ils sur le premier de ces miracles, s'il avait appartenu k la tradition apostolique de l'Evangile? N'y aurait-il pas quelque rapport entre ces deux aveugles, censés de Capharnaûm ou des environs, et les deux aveugles que Ion trouvera plus tard k Jéricho ' , au lieu de l'aveugle unique mentionné en cet endroit par Marc et par Luc - ?

Dans cette partie de son livre, où il veut donner une série de miracles choisis, le rédacteur néglige tout k fait l'ordre historique, et il n'a pas craint d'anticiper ^% en la dédoublant, la guérison du démoniaque sourd-muet ^ , afin de parfaire la somme de dix miracles. On devait donc soupçonner que la guérison des deux aveugles avait été introduite dans cette série, comme celle du sourd-muet, par l'anticipation d un miracle qui est raconté plus loin k sa place chronologique, et l'on a supposé, en effet ', que les deux aveugles du présent récit étaient les mêmes que ceux de Jéricho. D'autre part, les deux aveugles de Jéricho font pendant aux deux possédés de Gadara '', puisque, dans une circonstance comme dans l'autre, Matthieu amène deux personnages là où Marc et Luc n'en ont qu'un; et comme il n'y avait en réalité qu'un seul possédé k Gadara (Gérasaj, il n'y avait aussi qu'un seul aveugle k Jéricho.

Bien qu'il ne fût pas très indiqué d'expliquer l'anecdote de Jéricho par celle de Capharnaûm, un savant critique ' a pensé que l'Evangile primitif mentionnait assez brièvement la guérison de deux aveugles, comme exemple de miracle accordé k la foi de ceux qui le demandaient, et que le rédacteur de Matthieu, après avoir raconté ce fait comme spécimen de guérison d'aveugles, rencontrant ensuite dans Marc la guérison de l'aveugle de Jéricho, s'était persuadé k tort qu'il s'agissait du même fait, et avait introduit, pour cette raison, deux aveugles au lieu d'un. Hypothèse violente, et

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