‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 71 sur 829 · Z)a.s iilteste Evangelium · texte numérisé non relu

Z)a.s iilteste Evangelium

sources que Matthieu et Luc ont pu connaître et suivre dans les cas où ils semblent primitifs relativement à Marc.

L'opinion de R.-A. Hoirmann ' , qui suppose une double rédaction araméenne de Marc dont la première, p'us courte, aurait été connue de Matthieu, ne semble pas devoir trouver plus de crédit que celle de Resch touchant le protévangile hébreu.

Elle ne laisse pas néanmoins de se retrouver en partie, et sous le couvert dun nom autorisé, dans les récents travaux de J. Wellhausen ^'. L'Lvanj:;^ile de Marc tiendrait de si près à la tradition de la communauté primitive, dont la langue était un dialecte araméen, que, selon toute vraisemblance, la rédaction originale de notre second Evangile était aussi araméenne. Cette rédaction aurait été glosée dans une certaine mesure, qui ne se laisse pas déterminer; mais le livre grec qui nous est parvenu est celui qui a servi 4& source à Matthieu et à Luc; toutefois, ceux-ci ont pu connaître aussi la rédaction primitive. Bien qu'il ne représente pas les souvenirs de Pierre, Marc serait la source la plus autorisée, on pourrait presque dire l'unique source à consulter sur la vie et l'enseignement de Jésus. Sans doute Matthieu et Luc dépendent aussi d'une autre source qui contenait surtout des discours attribués au Christ ; mais cette source, également d'origine hiérosolymitaine et rédigée en araméen avant l'an 70 aurait été secondaire à l'égard de Marc, dont elle dépendrait, et les enseignements qu'elle met dans la bouche du Christ auraient été conçus pour les besoins de la communauté. Matthieu et Luc auraient écrit après l'an 70, le premier dans le milieu hiérosolymitain, le second en Syrie. La succession des documents évangéliques aurait ainsi quelque analogie avec celle des documents de l'Hexateuque, Marc correspondant aux anciennes sources iahviste et élohiste, les Loçjia au Deutéronome, Matthieu et Luc au Code sacerdotal ^. Cette construction particulière est en rapport avec une vue très spéciale sur le rôle historique du Sauveur. Jésus aurait été un docteur qui ne se proposait pas autre chose que d'instruire Israël dans la voie de Dieu ; lui-même aurait défini sa mission dans la parabole du Semeur ; l'idée du règne de Dieu aurait tenu peu de place dans sa prédication ; celle du royaume déjà acquis lui aurait été étrangère, et les préoccupations eschatologiques de l'Evangile seraient imputables à la (radition chrétienne; Jésus n'aurait même pas songé à la parousie. Ce

1. Das Marcusevangelium und seine Quellen (1904). E. Wendling, Ur-Marciis ( I90:i; partage Marc entre trois écrivains : proto-Marc, rédacteur, évangéliste. Les résultats de son analyse paraissent fort incertains.

2. Das Evangeliuin Marci (1903). Das Evangelium Matthaei [i90i). Bas Evan- (/eliiini Lucae (1904). Einleitung in die drei ersten Evangelien (1905).

■i. Remarque de Jûlicher, Theolog. Lileraturzeitung, H nov. 1905, p. 619.

fut la foi à sa résurrection qui lit de lui le Messie pour ses fidèles ; à proprement parler, l'Evangile est postérieur à Jésus ; le nom même et ridée sont chrétiennes, ainsi que l'apostolat des Douze ; sans sa mort tragique, Jésus ne serait pas entré dans l'histoire, et l'impression produite par sa carrière résulte de ce qu'elle a été violemment interrompue lorsqu'elle venait à peine de commencer.

Peut-être l'auteur de ce système s'est-il trop aisément persuadé que la critique des Évangiles avait besoin d'être renouvelée, et quelle pouvait l'être de la même façon que celle de l'Hexateuque, il y a quelque trente ans. Ce que son œuvre a de plus louable et de plus consistant est l'effort qu'il a tenté, non sans succès, pour rattacher nos évangiles au fond araméen, tradition ou rédactions, qui les supporte. Mais sa critique de Marc, après ^^'rede et J. Weiss, paraît insuffisante. Son opinion sur le rapport de Marc et des Logia, fondée sur des raisonnements ou sur des indices contestables, parait bien être le contraire de la vérité '. Et l'on peut craindre qu'une idée préconçue du caractère et de l'œuvre du Christ n'ait influencé une exégèse qui dispose un peu trop souverainement des matériaux évangéliques, et qui, si elle éclaircit maint détail, ne contribue certainement pas à rendre plus intelligibles ni la vie ni la mort de Jésus.

Il semble donc que la plus grande confusion règne encore sur le problème fondamental de la critique néotestamentaire et conséquemment des origines chrétiennes. Une apologétique superficielle pourrait se prévaloir de cette incertitude, conclure à l'inanité du travail critique, et en tirer argument en faveur de ce qu'on appelle la tradition. Mais on a pu voir que la tradition elle-même est tout ce qu'il y a de plus incertain, et que c'est son insuffisance palpable qui rend nécessaire le travail critique. Ce travail a eu ses tâtonnements inévitables; il ne fera jamais la pleine lumière sur tous les détails d'un sujet qui se dérobe en grande partie à l'expérience directe de l'historien. Il n'en a pas moins acquis un certain nombre de résultats importants, et l'on aurait tort de penser qu'il n'en obtiendra pas d'autres dans l'avenir. Que, pour satisfaire à une consigne dogmatique, un grand nombre d'exégètes, catholiques ou protestants, tiennent encore à l'authenticité rigoureuse, à l'historicité absolue des trois premiers Évangiles, la critique scientifique, nonobstant les écarts et les partis pris dont ses représentants n'ont pas toujours été et ne sont pas encore tous exempts maintenant, ne laisse pas d'avoir fait un chemin considérable ; elle a précisé de plus en plus exactement la position du problème synoptique; elle s'est rapprochée du but quelle poursuit plus ou moins consciemment depuis un siècle : déterminer l'origine, les conditions et la valeur du témoignage évangélique, reconstituer par le moyen

t. Voir W. BoiJSSET, Theoloy. liundsc/iau, ']an. 1906, t-t4.

des Évangiles l'histoire de Jésus et du mouvement chrétien, expliquer par ce mouvement, dont ils sont l'expression partielle, la composition des évangiles mêmes et le développement de la littérature évangélique, partie essentielle et principale de l'ancienne littérature chrétienne.

En ce qui concerne l'origine des Synoptiques, il parait certain que pas un d'eux ne repose directement et complètement sur la tradition orale, qu'aucun d'eux n'est l'expression immédiate de souvenirs gardés par un témoin. L'hypothèse de la tradition ne suffît pas à résoudre le problème. L'attribution du premier Evangile à l'apôtre Matthieu n'est pas soulenable ; celle du second Évangile à un disciple de Pierre soulève de très sérieuses objections ; et si le troisième Evangile a été écrit par un disciple de Paul, on doit reconnaître que cette circonstance ne jette pas beaucoup de lumière sur sa composition, ses tendances et son objet.

L'hypothèse d'une source unique où les trois Synoptiques auraient puisé directement, et qui aurait contenu l'ensemble des récits et des discours évangéliques, est gratuite en elle-même, elle ne rend pas compte du rapport des Evangiles ni de leur origine. Il n'y a pas eu de protévangile contenant toute la substance de Matthieu, de Marc et de Luc.

L'hypothèse de l'utilisation, quel que soit l'ordre qu'on assigne aux Evangiles, n'est pas plus satisfaisante que les précédentes, si l'on veut s'y tenir exclusivement. La composition de Marc ne s'explique point par sa dépendance à l'égard de Matthieu seul, ou de Matthieu et de Luc, ni celle de Luc par sa dépendance à l'égard de Matthieu seul, ou de Matthieu et de Marc, ni celle de Matthieu par sa dépendance à l'égard de Marc seul, ou de Marc et de Luc.

Il a existé des sources antérieures à nos évangiles canoniques, même à Marc. Ce sont ces sources qui procèdent de la tradition orale et qui tiennent à l'égard des Synoptiques la place que certains critiques assignaient au protévangile. Aucun évangile ne représente une seule source primitive, sans mélange d'éléments pris ailleurs. Marc est antérieur aux deux autres Synoptiques et leur a servi de source ; mais il n'est pas lui-même un simple écho de la prédication de Pierre. Bien que l'hypothèse d'un proto-Marc, antérieur à Matthieu et à Luc, et d'un deutéro- Marc qui leur serait postérieur, ait encoi^e de notables partisans, elle ne semble pas très probable. Les rédacteurs des deux autres Synoptiques ont dû connaître Marc dans sa forme actuelle. Mais Thypothèse de sources que Matthieu et Luc auraient connues, comme ils ont connu Marc, semble recevable pour Marc lui-même.

Les discours qui sont communs à Matthieu et à Luc, et qui ne sont pas dans Marc, viennent très vraisemblablement d'une source spéciale ; mais il est probable que cette source existait en des recensions différentes, et que Matthieu et Luc n'ont pas exploité la même recension. Il n'est

A. LoisY. — Les Évançfiles synoptiques. 6

pas tout à fait certain que le document primitif ait été rédigé en araméen. La dépendance de Marc à Téyard de ce document paraît incontestable, bien qu'elle n'ait été admise jusqu'à présent que par un petit nombre de critiques. Il paraît douteux que cette source ait contenu d'abord une esquisse de la carrière de Jésus, et peut-être ne contenait-elle en fait de récits que certaines notices réclamées pour l'introduction de telle ou telle sentence. Bien que beaucoup regardent comme primitifs les récits de Marc, le second Évangile semble présenter, comme les deux autres Synoptiques, des traces indiscutables de travail rédactionnel. L'évangéliste a dû connaître une sorte d'histoire abrégée du ministère du Christ, laquelle n'encadrait pas l'objet de la prédication évangélique, et peut être considérée comme primitivement distincte du recueil de discours.

Le second Evangile remonte probablement aux environs de l'an 70 ; le premier et le troisième ne peuvent pas être de beaucoup antérieurs à la tin du i*"" siècle, et encore est-il possible que des additions etxles retouches y aient été pratiquées dans la première moitié du second siècle. Ces livres étaient la propriété des communautés chrétiennes, non celles d'auteurs déterminés dont on se serait cru obligé de respecter le droit. 11 est possible que la première rédaction des discours du Seigneur soit de l'apôtre Matthieu; que le récit qui est à la base du second Evangile soit d'un Marc disciple de Pierre ; que le troisième Evangile ait été attribué à Luc, parce que ce disciple de Paul était l'auteur du journal de voyage qui a été incorporé au livre des Actes.

Nonobstant la place assez large qu'il convient de faire au travail de la pensée traditionnelle et de la rédaction évangélique, les trois premiers Evangiles représentent fidèlement la substance de l'enseignement donné par Jésus.

Plus délicate est l'appréciation des récits. La plupart des critiques admettent l'historicité des récits communs aux trois Synoptiques, sauf à rationaliser plus ou moins certains miracles, par exemple la résurrection de la fille de Jair. Tout dépend ici du caractère et de la valeur qu'on doit reconnaître aux données de Marc. Comme l'analyse critique du second Evangile en est encore aux débuts, on ne peut s'arrêter avec certitude ni à l'opinion reçue, qui regarde comme historique l'ensemble des récits \ ni à des hypothèses comme celle de W rede, qui leur enlève à peu près toute valeur traditionnelle. On peut croire que la critique s'arrêtera, pour tinir, à quelque opinion moyenne, plus ou moins conforme à celle de J. \\ eiss, qui fera une assez grande part aux tendances doctrinales, aux

I. dette opinion est encore défendue par F. C. Burkitt, The Gospel Hislory and ils frunsmission (1906). Marc n'aurait eu de source écrite que pour le c. xni.

préoccupations apologétiques de l'évangéliste, à son symbolisme plus ou moins conscient, tout en admettant derrière Marc une chaîne de souvenirs proprement traditionnels. Mais il ne semble pas que tous les suppléments insérés dans ce cadre, et les modifications qu'on lui a fait subir importent plus à l'histoire de Jésus que les additions narratives et les particularités d'arrangement qui se rencontrent dans Matthieu et dans Luc.

La discussion des récits de la résurrection n'a pas produit de résultats nettement décisifs *. La finale deutéro canonique de Marc n'est certainement pas primitive. A-t-il existé une autre finale, qui aurait été supprimée? La tradition hiérosolymitaine des apparitions, représentée par Luc et par Jean, est-elle parallèle à la tradition galiléenne, attestée plutôt que représentée par Marc et par Matthieu, ou bien n'en serait-elle qu'une transposition ? Si Marc s'est terminé d'abord à la découverte du tombeau vide, il n'en suppose pas moins une tradition, orale ou déjà écrite, sur les apparitions galiléennes, et cette tradition paraît antérieure à la tradition hiérosolymitaine, au moins dans la forme exclusive que celle-ci a prise chez Luc et chez Jean. Sur ce point, la critique ne peut qu'entrevoir un travail de la pensée et de l'apologétique chrétiennes, aussi considérable en lui-même et dans ses conséquences que difficile à suivre et à reconstituer par l'analyse.

Quant aux récits de l'enfance, la plupart des critiques leur contestent toute valeur historique et y voient un produit delà tradition. Ceux de Matthieu ont pris leur forme actuelle sous la plume de l'évang'éliste. Ceux de Luc ont dû exister par écrit avant d'entrer dans le troisième Evang^ile. Les deux séries s'excluent mutuellement. Mais, si leur origine n'est pas à chercher dans les souvenirs de la g-énération apostolique, elle n'en soulève pas moins un assez grand nombre de problèmes dont la solution définitive n'est pas encore trouvée.

1. On lira cependant avec profit et intérêt A. Meyer, Die Auferslehunf/ Christ i (190;)).

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