Cf. Me. VIII, 6; infr. p
les poissons n'entrent pas en compte. Pains et poissons formaient le menu commun des repas dans cette rég-ion ; tels furent les repas de Jésus avec ses disciples, et ceux de la petite communauté qui se reforma d'abord en Galilée après la passion ^.
Selon plusieurs critiques, il y aurait, à l'origine de cette histoire, un fait naturel dont les témoins ne se seraient pas rendu compte : Jésus aurait partag-é les provisions des disciples, pour engaji^er ceux qui avaient des vivres avec eux à faire de même ; l'exemple aurait été suivi, et, sans qu'on s'y attendît, on aurait trouvé de quoi nourrir toute la foule '-. Mais était-il si facile aux témoins de se faire illusion ? Aucun trait de la description ne favorise cette hypothèse, qui s'appuie sur deux postulats contradictoires : l'impossibilité du fait, et sa réalité. Or, si le texte présente évidemment le fait comme possible, il ne le présente pas nettement comme réel. Les évangélistes eux-mêmes y perçoivent une signification symbolique. C est de ce côté qu'il faut chercher l'explication du récit et de la tradition qui le supporte. L'idée d'un récit fictif, simplement imité de l'Ancien Testament, n'est pas plus satisfaisante que l'interprétation naturaliste ; car ni l'histoire de la manne et des cailles •^, ni celle d'Elie chez la veuve de Sarepta ', ni les miracles d'Elisée ^ ne peuvent être considérés comme le type qui aurait suggéré la narration évangélique. Ces histoires '' ont pu influencer la rédaction, elles n'en ont pas fourni le sens général.
Ce sens est celui que développe le quatrième Evangile ^, où la muL tiplication des pains n'est pas précédée d'un discours de Jésus, mais en tient la place, et où ce miracle néanmoins ne figure pas seulement l'alimentation des âmes par la parole, mais aussi le mystère chrétien de l'eucharistie. Les deux idées sont associées dans le symbole du pain de vie. Chez les Synoptiques, le miracle vient comme