Cf. Mt. VIII, 26. oXr[6-<.i-oi ; supr. p. 797, n
6. Cf. Mt. XXVIII, 17, ÈotjTx^av. Le mot ne se trouve pas ailleurs dans le Nouveau Testament.
944 LES ÉVANGILES SVNOPTIOUES
libre, et il est oiseux de se représenter le miracle comme une réalité, en mesurant la distance (|ui séparait Jésus du bafeau, le chemin que Pierre a parcouru avant d'enfoncer, et le nombre de pas. qui lui restait à faire pour atteindre le Sauveur. Il est sous-entendu que le disciple de TEvang-ile est en sûreté parmi les plus grands périls, pourvu qu'il ait confiance en la parole de Jésus, qui l'appelle à lui; et le vrai danger ne commence qu'à l'instant où la foi diminue. Il est très remarquable que ce débris de la tradition galiléenne touchant les apparitions du Christ ressuscité soit venu échouer en cet endroit de Matthieu, comme le principal de la pèche miraculeuse est allé se loger au commencement de Luc.
Marc, VI, 51. Et il monta près Matth. \iv, 32. Et quand ils
d'eux dans la barque, el le vent se furent montés dans la barque, le
calma; et ils furent grandement vent se calma. 33. Et ceux qui
étonnés en eux-mêmes; 5"2. car ils étaient dans la barque se prosler-
n'avaient rien compris aux pains, nèrent devant lui, disant : « Tu es
et leur cœur était inintelligent. vraiment Fils de Dieu. »
Selon Marc, Jésus, après avoir rassuré les apôtres, monte avec eux dans la barque; d'après Matthieu, ily monte avec Pierre. « Et au lieu qu'il avait permis, pour l'épreuve de la foi de son disciple,, que la mer fût si violente lorsqu'il y marchait , il la calma an moment qu'il fut entré dans cette barque avec lui; car il voulait lui faire connaître, et que celui que sa main divine soutient n'a rien à craindre au milieu des plus violentes agitations du siècle; et que l'Eglise, figurée par cette barque, devait s'assurer entièrement sur sa présence, et se bien convaincre que ce qu'il lit cette fois, il peut le faire toujours ; car il est tout-puissant pour rendre le calme et k chaque àme en particulier, et à toute l'Eglise en général, quand il lui plaît '. » L'apaisement du vent ' rappelle l'histoire de la tempête, dont ce récit est comme une version plus significative dans les détails.
Jésus s'est éloigné des disciples, et il est allé sur la montagne prier, comme il doit quitter les siens pour monter au ciel, aller à Dieu.^ Les disciples naviguent sans lui fort péniblement, et n'arrivent pas au terme, comme l'Eglise primitive a été en peine de sa destinée, au
i. Sacy, loc. cit.
2. Me. 31. y.al È/.o'-aasv 6 avtjjio:. (]f. iv, 39 ; supr. p. 793.
JÉSUS SLR LA MER 9 i3
milieu des dillicultés qu'elle rencontrait, et dans l'attente du Seig-neur, qui ne venait pas. Les disciples, après la passion et avant qu'ils eussent foi à la résurrection, étaient dans la situation de la •barque immobilisée au milieu des flots ; mais Jésus est venu à eux, et c'était bien lui, quoiqu'ils eussent cru d'abord être dupes de leur imag'ination ou voir un fantôme. Ainsi en est-il pour le grand avènement. Jésus semble avoir oublié ses fidèles, et l'on tlirait qu'il va passer devant la barque de Pierre sans la voir; mais cette indifférence n'est qu'apparente; il viendra, et ce sera la paix; il viendra sur les nuées, comme il marche sur les eaux.
Le second Evangile dit que les apôtres furent grandement surpris du prodige, mais qu'ils se gardèrent d'en rien témoigner, parce qu ils n'y comprenaient rien, comme ils n'avaient rien compris à la multiplication des pains '. La remarque est singulière : si les faits ont été tels qu'on les raconte, le premier venu pouvait comprendre que c'étaient des miracles, et il est inconcevable que les apôtres ne s'en soient pas aperçus. D'autre part, le texte ne se prête nullement à signifier que les apôtres, tout étonnés qu'ils fussent parles miracles, n'en étaient pas venus encore à s'expliquer la puissance de Jésus -. Ce sont les miracles mêmes dont ils ne se rendent pas eompte. Ou bien lévangéliste les suppose inintelligents à un degré qui défie la vraisemblance, ou bien il laisse entendre que l'impression des disciples devant le miracle n'avait pas été celle qu'on pourrait supposer d'après le récit, et que la vérité signifiée par le prodige leur échappait. Cette dernière hypothèse n'exclut pas la première, mais elle la complète. Le narrateur comprend vaguement que les témoins de la vie de Jésus n'ont pas vu comme il le dit ce que lui-même raconte, ou que leur façon d'apprécier ce qu'ils avaient vu s'est modifiée avec le temps; que leur foi, après la résurrection, a eu comme un effet rétroactif en leur faisant voir le passé sous un autre jour.
D'après Matthieu, les gens qui étaient dans la barque \ c"est-à-
1. ^'. o2. à/.À' ï;v ajKov f, /.aooîx -£-'op'oar/yi. « Leur cœur était endurci » : il ■s'agit du cœur en tant que siège de l'intelligence.