LABLL'TION DES MAINS
fictifs, et non un culte sincère. Ils croyaient s'être acquittés de leur devoir en faisant les olFrandes et observant les rites autorisés par la coutume, sans être à Dieu par le fond du cœur, ni le servir par la pratique du bien. On lit dans l'hébreu : (( Et le Seigneur a dit : Puisque ce peuple s'approche de bouche, et qu'il m'honore des lèvres, tandis qu'il éloig-ne de moi son cœur, et que le culte qu'il me rend est une prescription humaine qu'on lui a enseig'née : à cause de cela, je continuerai à traiter ce peuple d'une façon tout extraordinaire et merveilleuse, et la sagesse des sages périra, et la prudence des habiles s éclipsera. » La citation a pris du texte prophétique ce qui convient à la circonstance ; elle renferme de plus un mot : « vainement ' », qui provient d'une lecture incorrecte de l'original. Gomme Jésus ne citait pas la Bible en grec, et que la leçon des Septante résulte d'une méprise de l'interprète, non d'une tradition exégétique, ou bien la citation appartient à la rédaction évangélique, ou bien elle aura été influencée après coup par la version alexandrine. La première hypothèse, confirmée par le rapport de la citation avec le contexte, est la plus vraisemblable. Dans les deux Evangiles, le grec des Septante a été légèrement retouché, mais de façon identique -, ce qui s'explique par la dépendance d'un Evangile à l'égard de l'autre.
La parole du prophète se trouve condamner l'hypocrisie des pharisiens, qui abandonnent les préceptes divins pour s'attacher à des traditions humaines. Sans s'inquiéter de la pensée d'Isaïe, l'on suppose que Dieu, par sa bouche, a prédit et réprouvé d'avance la conduite des ennemis de Jésus, L'application de la prophétie se fait, dans Marc, par le reproche d'abandonner les commandements de Dieu pour les règlements des hommes, tandis que, dans Matthieu, le même reproche sert d'exorde à la réponse du Sauveur. Les pharisiens se scandalisent de ce que les disciples négligent une coutume traditionnelle. Jésus leur répond : « Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu pour votre tradition ? » Une accu.sation aussi grave a besoin d'être appuyée sur des faits. I.,e discours s'interrompt dans Marc, pour reprendre aussitôt par la répé-
1. V. 7. [Aârr,v o\ ai[îovTaî <j.î. Mn*, « et (leur culte) est », parait avair été lu inm, « et vanité ».
2. LXX : oi8âay.ovT£; ÈvTaXaaTa âvOp(.i::'.)v zaî O'.oajy.aÀïa;. l'^vangiles : S'.oâazovTcj otoajzaXîa; îvTaÀaara àvOofô-tDV.
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tition du grief qui vient d être indiqué, et par l'allég-ation des préceptes mosaïques concernant les parents, préceptes que le commenfaire soi-disant traditionnel énerve de la manière la plus funeste et eu même temps la plus ridicule. Dans Matthieu, la preuve particulière suit naturellement et sans interruption l'énoncé de l'accusasation générale. Les deux passages de la Loi • sont cités par Marc comme paroles de Moïse, par Matthieu comme paroles de Dieu, sans que la différence des formules implique une différence d'autorité dans la citation. De part et d'autre le précepte divin est ojiposé à la tradition d'école, qui est purement humaine. La mention de Moïse paraît établir une antithèse secondaire entre le grand législateur, interprète des volontés célestes, et ceux qui veulent être ses commentateurs. Mais celte antithèse peut n'être pas voulue autrement ; Marc dit « Moïse », parce qu'il va reproduire deux passages de la Loi; Matthieu a pu écrire « Dieu », en songeant que les préceptes avaient été dictés par Dieu même, et que Jésus les présente comme divins.
Jésus cite d'abord le précepte du décalogue : « Honore ton père et ta mère - », comprenant dans ce précepte du respect tous les devoirs des enfants envers leurs parents ; il le complète par la sanction que la Loi y apporte : « Qui maudit son père ou sa mère sera mis à mort », relevant ainsi l'importance du commandement par la gravité de la peine édictée contre ses violateurs ; après quoi il montre ce que les pharisiens ont fait d'une loi aussi essentielle et aussi redoutable, et comment, par des subtilités d'exégèse, ils sont venus à bout d'exempter les enfants des égards et spécialement de l'assistance qu'ils doivent à leurs parents. Un père ou une mère demanderont quelque chose à leur fils : celui-ci s'est excusé d'avance en vouant l'objet éventuel de leur requête comme offrande au temple ; ce serait un objet consacré, et les parents n'y pourraient rien prétendre ; un procédé si ingénieux, dispense, du moins à ce qu'enseigne la casuistique reçue, de donner quoi que ce soit à de vieux parents. Ainsi le précepte divin est anéanti par une argutie scolastique ; car il s'agit d'une simple opinion d'école, et c'est pourquoi le Sauveur affecte de dire : « votre tradition. »
Le vœu en question ne paraît pas avoir eu un caractère absolu,