‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 782 sur 829 · HOLTZMANN · texte numérisé non relu

HOLTZMANN

l'aiîlition des mains 951

atteindie le maître, qui n'était pas plus scrupuleux. Matthieu parle vaguement de pharisiens et de scribes venus de Jérusalem. L'indication de Marc est plus précise : il s'agit de pharisiens galilée'ns, parmi lesquels se trouvaient quelques scribes venus de Jérusalem ', pour s'informer au sujet du nouveau prophète, le surveiller, et le combattre à l'occasion.

Marc donne sur l'objet de la dispute certaines explications qui ne sont pas dans Matthieu, soit que le rédacteur du premier Evangile ait jugé superflu de les reproduire, soit qu'elles aient été ajoutées dans le second, où elles ont l'apparence de gloses. Retenant la formule juive : « manger avec des mains communes », qui doit être primitive, Marc observe, avant de reproduire la question des pharisiens, que cela signifie des « mains non lavées ~ », et impures par le fait. Cette ablution des mains n'était pas regardée comme un soin de propreté, mais elle avait une signification religieuse. Les Juifs étaient exposés, dans l'usage de la vie, à toucher, souvent sans le savoir, des personnes et des objets affectés d'impureté selon la Loi ; l'impureté communiquée à leurs mains pouvait passer à leurs aliments; c'est pourquoi ils se lavaient les mains avant le repas, afin de les purifier autant que besoin était. Tous les Israélites, observe l'évangéliste, et non seulement les pharisiens, tiennent à cette coutume, qui est une tradition de leurs ancêtres. Elle faisait partie du commentaire pratique donné par les docteurs, depuis le temps d'Esdras, avix prescriptions concernant les impuretés légales. Les pharisiens attachaient beaucoup d importance à cette tradition, et se lavaient les mains avec le plus grand soin '^ ; ils allaient même jusqu'à prendre un bain '' en revenant du marché, par crainte

1. Cf. Me. III, 22, supr. p. 698, et noter l'analogie delà mise en scène. Il ne s'ag-it pas de scribes galiléens qui seraient revenus de Jérusalem. Ss. omet T'.viç dans Me. vu, 1, et rtvdt; dans v. 2.

2. V. 2. zo'.vat; yspjôv, tout' È'aTiv àvi~Toi;. -/.or/ôç devient synonyme de àxâGapro;. Cf. JïiLieHEn, II, 63.

3. V, 3. Èàv lAT] T.-j-(i^xff (ABDL; X, Vg. -j/.vâ; Ss. om.) viiwvTai Ta; /^îp*; oùz ÈaOioyj'.v. -j/ivâ est invraisemblable, lévangéliste n'ayant pas voulu dire que les Juifs se soient lavé plusieurs fois les mains avant le même repas, mais qu'ils se les lavaient, avant chaque repas, très soigneusement, ce que signifie ^uytJL^ : à poing fermé, en se frottant vigoureusement.

4. V. 4. y.a.'. à-' àyopà'; liv u.y) [JanTtJwvTat (.\D etc.; xB, cavTi'aojvTa'.) oùz IcjOîojuiv. Il serait peu naturel de sous-entendrc les choses à manger comme sujet de 'îir.-hio'^TOi'..

d'avoir été souillés dans la foule par un contact impur, et ils soumettaient k un scrupuleux nettoyag-e tous les ustensiles de table '. On ne parle ici que des vases de bois ou de cviivre, parce que la vaisselle de terre, supposé qu'elle eût été souillée par le contact d'ufte personne ou d'une chose impures, devait être mise en pièces '*. Le glossateur semble citer une série de cas analogues k l'ablution dea mains, pour insinuer que les chrétiens sont exempts des scrupules, juifs en matière de nourriture, de repas et de relations civiles.

Les pharisiens et les scribes demandent compte k Jésus d'une négligence dont ils lui imputent la responsabilité. Jésus ne prend pas la peine de justifier ses disciples, il attaque directement les pharisiens, dont la religion hypocrite substitue le respect méticuleux de traditions humaines k l'observation sincère de la loi divine, et il leur applique un passage d'Isaïe-^ qui caractérise leur fausse religion. Dans Marc, la citation précède le reproche formel adressé aux pharisiens; dans Matthieu, elle ne vient qu'en second lieu. On peut trouver que la réponse de Jésus acquiert ainsi, dans le second Evangile, une tournure plus vive ; mais elle a, dans le premier, un développement plus régulier et plus satisfaisant. La véhémente apostrophe du Sauveur a besoin d'une explication qui vient après coup dans Marc, et non sans embarras, tandis que, dans Matthieu, le Sauveur commence par rétorquer habilement, et sans violence, le blâme dirigé contre ses disciples, fournit la preuve du grief beaucoup plus important qu'il soulève contre les pharisiens, et flétrit enfin leur hypocrisie désormais évidente, en les reconnaissant dans le texte d'isaïe. La vraie réponse est celle que Matthieu présente en premier lieu ; la citation prophétique a pu venir après, coup, d'abord mal ajustée dans Marc, puis transposée habilement par Matthieu k la fin du discours.

Il va de soi que l'invective d'isaïe visait les contemporains du prophète, accusés par lui de ne rendre k Dieu que des honneurs

1. nBL ne mentionnent que les trois sortes de vases (Ss. n'en a ([ue deux) ; AD etc. ajoutent /.a!. xXivwv. Mais le lavage des lits, c'est-à-dire des divans sur lesquels on s'étendait pour le repas, ne pouvait pas être aussi fréquent que celui des écuelles. Plusieurs témoins reproduisent une partie du v. 4, en guise d'explication, soit avant (D. mss. lat.), soit après (A, Vg.) le v. 8.

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