LIBRAIRIE HACHETTE ET C
BOVIETARD SAIXT-OEUIIAIK, Tt DroilS de propriétà et de iraduction résci'Vûs«
.^;0R Ll£i;.^,
^/.TW-Yv"."^^' -
LES
ARISTOMÈNE, général des messénicns
> — VERS l'an 6W av. i.-l. —
Aristomène, général des Messénietis, combattant contre les troupes de Lacédéraone, très-supérieures en nombre et commandées par les deux rois de Sparte, reçut en se défendant avec courage plusieurs blessures et, entre autres, un coup de pierre à la tête. Il tomba presque mort. Les Lacédémoniens le prirent avec cinquante ie ses soldats et remmenèrent à Sparte, où on résolut de lesjeter tous dans la Cœada. C'était une profonde crevasse du sol, un gouffre où Ton précipitait les condamnés à mort: Aristomène y fut en effet jeté avec ses compagnons d'annes. Ceux-ci périrent tous dans leur chute. Cette fois comme tant d'autres, Aristomène fut sauvé par un dieu. Ceux qui racontent ses exploits avec le plus d'enthousiasme disent qu'un aigle, volant à lui, soutint son corps sur ses ailes étendues, en sorte qu'il arriva sans aucune blessure au fond du gouffre. Un hasard, je ne sais lequel, lui montra la sortie de celte noire caverne. En effet, quand il fut tombé au fond, il resta étendu, enveloppé de ses vêtements et attendant sa dernière heure, qu'il croyait proche. Déjà trois
2 LES ÉVASIONS CËLËDRES.
jours s'étaient écoulés depuis qu'il gisait dans la Cœada, lorsque, ayant entendu quelque I)ruit, il se découvrit le visage et aperçut dans une demi*obscurité un renard qui s'approchait des cadavres. Comprenant que cet animal ne pouvait avoir pénétré dans le ravin que par une issue quelconque, il attendit que la béte vjnt jusqu'à lui et, quand elle fut à sa5)ortée, il la saisit d'une main, lui présentant de l'autre sa chlanyde à mordre quand elle serer tournait vers lui, la suivant dans sa course et se faisant traîner par elle dans les détours du souterrain. Jl aperçut enfin une ouverture just« assez large pour laisser passer le renard et par où pénétmit un peu de lumière. L'animal, lâché par Aristoméne, s'élança et disparut. Aristoméne élargit avec ses maim l'issue de la caverne, parvint à la franchir et rejoignit ses concitoyens. Celte évasion de la (iœada fut considérée comme une preuve manifeste de la protection des dieux. (Pausanias, Description de la Grèce, liv, IX, chap. xviii.)
HÉGéSISTRATE
— VERS 475 AVAHT JÉSDioCHRIST —
Mardonius avait pour devin, suivant les rites grecs, Hégésistrate, d'Élée. Autrefois cet Komme, fait prison-' nier par les Spartiates, à qui il avait fa\t beaucoup de mal, s'était vu jeter dans les fers et vouer au dernier supplice. Dans cette extrémité, n'ignorant pas qu'il s'agissait pour lui, non pas seulement de perdre la vie, mais de souffrir avant la mort des tourments affreux, il fr une action incroyable. Il était retenu par une entrave dèbois garnie de fer, et, à l'aide d'un morceau de fer qui setrouva, on ne sait comment, dans sa prison, il accomplit Faction la plus courageuse de toutes celles que nous connaissons ; car ayant mesuré la partie de son pied qu'il pourrait faire sortir de l'entrave, il se coupa le tarse. Ensuite, comme la prison était gardée, il fit un trou dans le mur et s'enfuit à Tégée, marchant la nuit et se tenant caché le jotir dans les broussailles. Ce fut ainsi qu'il arriva à Tégée, la troisième nuit, échappant aux recherches des Lacéd^moniens. Ceux-ci furent dans le plus grand étonnement de son audace, quand ils trouvèrent la moitié de son pied dans la prison sans pouvoir le trouver lui-même. Lorsqu'il fut guéri, il se fit faire un pied de bois, et devint l'ennemi déclaré des Lacédémoniens. Excité à la fois par sa haine contre eux et par son amour du gain, il servit de devin et de sacrificateur aux Perses, à la bataille de Platée, gène-
LES ÉVASIONS GÈLÈBRLS.
reusement salarié par M ardonius. Mais sa haine pour les Spartiates ne le mena pas à bonne fin, car il fut pris par eux à Zacynthe, où il faisait le métier de devin, et ils le mirent à morL (Hérodote, livre IX, g xxxvii.)
Au temps d'Hérodote on comprenait sous le nom de tarse non-seulement la partie du pied que désignent ainsi les anatomistes de nos jours, mais aussi celle qui précède im* médiatement* les orteils. Il semble même résulter d'un passage d'Hippocrate que le nom de tarse s'appliquait spécialement à ce qu'on nomme aujourd'hui métatarse et aux os de la seconde rangée du tarse, dont il distingue ceux qui sont en rapport direct avec la jambe. Le texte d'Hérodote indique d'uie manière assez précise qu'Hégésistrate se coupa le pied vers l'union du tarse au métatarse.
Il paraît incroyable, au premier abord, qu'un homme ait eu la force de se mutiler ainsi et surtout qu'il ait pu faire ensuite ce J|ue rapporte l'auteur grec ; mais des faits non moins extraordinaires ont été observés, notamment chez les abongènes de l'Amérique du Nord. Au reste, il est rare que, dans les récits du genre de ceux que nous recueillons, dt même chez les historiens les plus graves^ quelques détails ne soient pas suspects d'exagération. Nous citom l'auteur, le lecteur appréciera.