DÉMÉTRIUS SOTER
— 162 AV. j.-c. —
Démétinus avait été envoyé â Rome comme otage par son père Séleucus Philopator. Antiôchus ayant assassiné Séleucus'et s*étant fait roi de Syrie, Démétrius demanda au sénat de lui rendre à la fois la liberté et le trône de son père; mais, dit Polybe, les sénateurs, quoiqu'ils fussent touchés des paroles de Démétrius, jugèrent utile à la république de retenir ce prince à Rome H de reconnaître le fils d'Antiochus comme héritier du trôrie de Syrie.
Quelque temps après, Démétrius, voulan\ faire une nouvelle démarche prés du sénat, consulta Polybj, qui lui dit : « N'allez pas vous heurter une seconde fois à la même pierre, n'espérez qu'en vous-même et, par votr?, hardiesse, montrez-vous digne du trône. »
Le jeune homme espérait sans doute unconsefxd'accord avec ses intentions, aussi ne suivit-il pas celui de Polybe. Mais, ayant vu sa demande repoussée une seconde %is, et reconnaissant que Polybe avait raison, il s'occupa de tout préparer pour sa fuite. Diodore, qui l'avait élevé, arrivait justement de Syrie et l'assura que s'il se présentait à soïi peuple en ce moment, n'eût-il qu'un serviteur à sa suite, il serait aussitôt proclamé roi.
Polybe, Diodore et quelques autres amis du jeune prince se dévouèrent à le servir. Un^ navire carthaginois était à l'embouchure du Tibre, onlenolisa pour le compte
de Démétrius. 11 ne parait pas du reste que la surveillance de Tautorité fût bien rigoureuse, car le marché fut conclu sans mystère, et Ion ne se cachait pas pour s^entretenir avec Téquipage et fixer le jour du départ. Ce jour venu, Démélrius réunit ses amis dans une taverne; quelques-uns d'enlre eux seulement étaient du secret et devaient, à un moment donné, se rendre au vaisseau avec leurs esclaves; Polybe, retenu au lit par la maladie, craignit que le jeune homme ne s'abandonnât aux séductions de la table, et que le vin, pour lequel il avail un faible, ne lui fitoubiier l'heure du départ. 11 Ui envoya donc, à la chute du jour, un esclave chargé di se présenter à lui, comme pour affaire importante, el de lui remettre un billet qui le rappelait à son devoir Après avoir lu ce billet, Démétrius . prétexta le malaise par lequel se terminaient dès cette époque les festins ie Home ; il sortit avec ses affidés et, revenu à sa demeure, il envoya ses serviteurs à Anagnia, leur ordonnant ce venir au-devant de lui le surlendemain, avec des filets 3t des chiens de chasse, jusqu'au mont Gircée, où il diassait habituellement le sanglier, et* qui lui avait fourii l'occasion de se lier avec Polybe. Ses amis, de leur côté, donnèrent à leurs gens les mêmes ordres et les envoyèi^nt au même rendez-vous, puis revinrent le trouver en habits de voyage, et tous se rendirent ensemble à Ostie. Oi avait annoncé au patron du navire que Démétrius refait à Rome, mais qu'il envoyait à son frère des jeunes gens chargés de lui porter ses instructions. Le patrm, qui n'en devait pas moins toucher le prix convenu, sUvquiéta peu du reste, et vers la fin de la nuit Démétrius e^' ses compagnons s'embarquèrent. Au point du jour, le patron fil lever les ancres et prit la mer. (Polybe, livre XXXI, frag. xir tlsuiv.).