‹ Les évasions célèbresChapitre 20 sur 49 · CHARLES DE GUISE · texte numérisé non relu

CHARLES DE GUISE

suivant le cours du fleuve. Les gardes du duc furent dans une grande consternation. Rouvray, gouverneur de Tours, envoya de tous côtés pour répandre la nouvelle de la fuite de ce duc, afin qu'on prît les armes et qu'on se mît sur ses traces. Il fit rompre la porte de la tour ; ceux qu'il employa à la briser, n'ayant trouvé personne, se joignirent à leurs compagnons qui couraient dans la ville. 11 se passa beaucoup de temps jusqu'à ce qu'on apportât les clefs pour ouvrir la porte du pont et les autres portes. Ignorant de quel côté il s'était dirigé, on envoya de toutes parts, mais inutilement. »

« Dès qu'il fut descendu, dit Davila, il prit le chemin de la campagne, le long de la Loire, où il ne manqua pas de trouver deux hommes qui lui tenaient un cheval prêt. S' étant mis alors à galoper à toute bride, il s'en alla joindre le fils du seigneur de la Chastre, le baron de Maison. Celui-ci l'attendait au delà du Cher, avec trois cents chevaux, qui l'accompagnèrent jusqu'à Bourges, où il fut reçu avec de grandes démonstrations d'allégresse. » (Ludovic Lalanne, Curiosités biographiques,)

MARIE DE AlÉDIClS

Marie de Hédicis, après l'assassinat de son favori Con cini, se voyant écartée des affaires par les intrigues de Luynes, demanda et obtint la permission de se retirer à Blois (mai 1617) où elle ne tarda pas à être prisonnière. Luynes l'entoura d'espions, et logea des compagnies de cavalerie dans les villages voisins pour surveiller ses moin* dres mouvements. Mais le duc d'Épernon et d'autres seigneurs mécontents, s'étant retirés de la cour, cherchèrent, pour donner plus d'importance à leur parti, à délivrer la reine-mère, afin de la placer à leur tête.

« Celui qui disposa M. d'Épernon à cette entreprise, dit Fontgiay-Mareuil, fut M. de Ruccellai, lequel ne pensait qu'à rendre service à la reine-mère, et particulièrement pour sa libert<^ qu'il désirait assionnément. Et comme il ne jugeait personne plus propre pour y contribuer que M. de Bouillon, tant pour la réputation où il était, et sa place de Sedan où il lui pourrait donner retraite, que pour le crédit qu'il avait parmi les Huguenots, dont on pourrait être obligé de se servir, en un voyage qu'il fît à Blois, inconnu, le proposa-t-il à la Reine, et eut d'elle la permission de lui en parler, et de lui promettre tout ce qui serait à propos pour cela. Ce qu'ayant fait, quoique avec beau, coup de peine, parce qu'il fallut y aller de nuit et tout seul de peur d'être découvert, M. de Bouillon s'en excusa.

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disant qu'étant vieux, malsain, et assez bien avec le Roy, il voulait jouir de la grâce qu'il lui avait faite après la mort du maréchal d'Ancre et achever ses jours en repos, mais qu'il y avait M. d'Ëpernon, nouvellement venu à Metz, fort mal satisfait de IM. de Luynes, lequel ayant beaucoup de santé, et de grands établissements dans le rovaume, y serait bien plus propre que lui. )>

Ruccellai en écrivit à la reine-mère, et, ayant obtenu son consentement à cet égard, (it faire des propositions à d' Épemon, qui les accueillit d'abord avec assez de méfiance , puis se laissa persuader, et, ayant fait venir chez lui Ruccellai, • l'y tint quelques jours enfermé pour parler à loisir de tout ce qu'il faudrait faire ; et puis le renvoya à la Reine pour lui dire et l'assurer que, pourvu qu'elle pût sortir du château de Blois et passer seulement le pont qui est sur la rivière de Loire, qu'il se trouverait de Tautre côté avec telle compagnie, que, malgré les chevau-légers (car ils y étaient encore alors), et tout ce qui s'y pourrait opposer, il la mènerait à Ângoulême, et partout où il lui serait nécessaire d'aller. » La Reine fit savoir à Ruccellai que c'était chose facile, et celui-ci pressa d'Ëpernon de hâter l'exécution de leur projet, mais d'Ëpernon voulut absolument remettre l'entreprise au mois de février do l'année suivante.

De Luynes, toujours soupçonneux et désirant pénétrer les sentiments de la Reine, lui dépêcha un homme dont il était sûr pour lui dire que le Roi irait à Blois au premier jour et la ramènerait avec lui ; l'envoyé devait aussi faire de la part de Luynes des protestations de service fort expresses, assurer la Reine qu'elle serait traitée à l'avenir comme elle pourrait désirer, et particulièrement « bien observer tant ses paroles que son visage, et de tous ceux qui l'approcheraient, pour voir s'il n'y aurait rien de changé. Mais pas un des gens de la Reine ne savait encore rien de ses desseins; et pour elle, comme elle avait déjà

juré sans scrupule, aussi joua-t-elle encore cette fois-là si bien, que l'agent de Luynes revint persuadé qu'elle attendait impatiemment le Hoi, et ne demandait pour être bien avec M. de Luynes qu'à oublier toutes choses. »

D'Ëpernon, ayant pris toutes ses mesiures, se rendit à Confolens, où Tarchevêque de Toulouse l'attendait avec plus de deux cents de ses amis, mais il n'y trouva pas de nouvelles de la reine-mère, comme il s'y attendait. Cependant (( il était trop engagé pour s'en dédire : c'est pourquoi il ne laissa pas d'aller à Loches, et d'envoyer au même temps M. du Plessis à la reine-mère pour l'avertir de son arrivée et savoir ce qu'elle voulait faire ; pendant quoi elle n'était pas sans inquiétude de n'avoir point de lettres, et de ne savoir rien de ce qui se passait. Mais enfm M. du Plessis étant arrivé, et lui ayant dit comme M. d'Êpernon était à Loches, et tout si bien disposé qu'elle pourrait s'en aller quand, il \u\f)hirTi^, elle se résolut de le faire dès la nuit mèrrie.^ '^ *

• <( Ce fut alors seulement qu'elle s'en découvrit au comte de Brennes, son premier écuyer, à La Masure et Merçay, exempt de ses gardes, et à la signora (!at rine, sa première femme de chambre, auxquels seuls elle se confia, commandant au comte de Brennes de sp trouver devant cinq heures du matin à la porte de sa chambre, et que son carrosse, avec six chevaux, fût en même temps au delà du pont ; et pour les autres elle les retint auprès d'elle pour faire ses paquets et serrer ses pierreries.

« Avec ces trois hommes donc et une seule femme de chambre, le ^2 février, à six heures du matin, sortant par la fenêtre d'une salle qui répond sur la terrasse, de laquelle, parce qu'il y avait un endroit de la muraille qui était tombé, on pouvait facilement descendre en bas, et aller au pont sans passer par la porte du château ni par la ville. Ce qu'elle fit en s'asseyant et se laissant glisser sur la terre, qui était éboulée ; après quoi, elle fut sur le

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pont, OÙ elle rencontra deux hommes qui passaient déjà, dont Tun, à ce qu'elle-môme disait, la voyant menée par deux autres à une heure si indue, en fit un fort mauvais jugement ; mais Tautre, plus spirituel, la reconnut, et, jugeant bien qu'elle se sauvait, lui souhaita bon voyage.

« Au bout du pont elle trouva son carrosse, et, y montant avec ceux qui l'accompagnaient, alla à Monirichard où M. de Toulouse, ne se croyant pas obligé d'aller plus en avant, s'était arrêté pour s'assurer du passage de la rivière du (Iher. M. d'Épernon fut au-devant d'elle jusqu'à une lieue de Loches, et elle y séjourna deux jours pour se reposer et écrire au roi. De là elle se rendit à Angoulême. »

Après de longs pourparlers et des intrigues nombreuses, où de Luynes et Richelieu, alors évêque de Luçon, déployèrent toute leur habileté, ayant \u ses partisans se brouiller entre eux et Tabandonner pour la plupart, Marie de Méiiicis partit d'Angoulême pour aller trouver à Tours liOuis XIII et Anne d'Autriche qui l'y attendaient.

c Le Roi et la Reine la furent recevoir à deux lieues de Tours, où ils se firent de grandes caresses... La reinemère, après avoir été huit à dix jours avec le Roi, s'en alla à Chinon attendre que l'entrée qu'on lui préparait à Angers fû! prête ; et le Roi alla à Compiègne, parce que la peste était à Paris. » (Mémoires de Fontenay-Mareuil, collection Michaud Poujoulat.)

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