‹ Les évasions célèbresChapitre 21 sur 49 · II0TIU · texte numérisé non relu

II0TIU

Enveloppé dans la ruine de Barneveld, dont il était l'admirateur et ie ferme partisan, Grotius fut condamné à la confiscation de ses biens et à une prison perpétuelle. On l'enferma dans le château de Louvenstein prés de Gorcum. C'était en 1619, et Grotius avait alors trente-six ans. Étroitement gardé, il n'avait d'autre consolation que Tétude et la compagnie de sa femme, Marie de Reygesberg, qui avait demandé la permission de le visiter. On lui accorda l'autorisation d entrer dans la prison de son m»ri, mais en lui signifiant que, si elle en sortait, on ne l'y laisserait plus rentrer. Plus tard cependant on lui permît dt* sortir deux fois par semaine.

Cette captivité durait déjà depuis dix-huit mois lorsque Muys van Holi, un des ennemisdéclarés de Grotius et qui avait été son juge, avertit les étals-généraux qu'il avait reçu do honne part l'avis que leur prisonnier cherchait les moyens de se sauver. On envoya un agent à Louvenstein pour examiner ce qui s'y passait, mais il ne trouva rien qui pût faire croire que l'avis fût motivé. Il était vrai cependant que Marie de Heygesberg n'était occupée que d'un seul projet, celui de procurer la liberté à son mari. On avait permi> à Grotius d'emprunter des livres à ses amis. Lorsqu'il le> avait lus, il les renvoyait dans un coffre, où l'on mettait aussi son linge que l'on envoyait blanchir à Gorcum.

GROTIUS. 8r

La première année, les gardes de la prison visilaienf exactement le coffre lorsqu'il était emporté de Louvenstein ; mais, accoutumés à n'y trouver que des livres et du linge, ils se lassèrent de l'examiner et ne prirent pas même la peine de l'ouvrir. La femme de Grotius remarqua cette négligence, et conçut la pensée de la mettre à profit. Elle confia son dessein à son mari, et lui persuada de tenter sa délivrance en se mettant dans le coffre. Auparavant, et afin de ne pas l'exposer à être privé d'air, elle pratiqua des trous étroits et difficiles à apercevoir du dehors, vers l'une des extrémités du coffre, et elle obtint de lui de s'y renfermer plusieurs fois, en y restant autant de temps qu'il en fallait pour aller de Louvenstein à Gorcum : elle se tenait assise sur le coffre pour éprouver pendant combien de temps il pourrait supporter cette posture gênée. Quand il en eut pris ime habitude suffisante, elle ne songea plus qu'à profiter d'une occasion favorable.

Cette occasion se présenta bientôt. Le commandant de la forteresse s'absenta pour affaires de service. La femme de Grotius alla rendre visite à la commandante, et dans la conversation elle lui dit qu'elle voudrait renvoyer un coffre plein de livres ; que son mari était si faible qu'elle le voyait avec peine travailler avec tant d'application. Après avoir ainsi prévenu la commandante, elle retourna dans la chambre de son mari et l'enferma dans le coffre. Un valet et une servante étaient dans la confidence, et la femme de Grotius fit courir le bruit que son mari ne se portait pas bien, afin qu'on ne fut pas surpris de ne pas Le voir. Deux soldats emportèrent le coffre, et l'un d'eux, le trouvant plus pesant qu'à l'ordinaire, dit : <• 11 faut qu'il y ^it quelque arminien là-dedans, » faisant allusion à une secte de cette é{ oque, à laquelle appartenait Grotius et dont le nom était proverbial. La femme de Grotius répondit froidement: rt Kn effet, il y a des livres arminiens. » On fît descendre le coffre par une échelle avec beaucoup de

8A LES ÉVASIONS GÉLÈDRES.

peine. Le in^^ino soldat insista pour qu'on ouvrit le cofTre, afln de voir ce qu'il contenait ; il alla môme chez la femme du commandant, et lui dit que la pesanteur du coffre lui faisait penHor que quelque chose de suspect y était enîorml*. et qu'il serait à propos de l'ouvrir. La commandante ne le voulut pas, soit que son intention fût de fermer complaisomment les yeux, soit par négligence. Elle répondit qu'il n'y avait que des livres dansce coffre, d'après ce que lui avait assuré la femme de Grotius; et qu'on pouvait le porter au bateau. La femme d'un autre soldat, qui se trouvait sur le passage, dit tout haut qu'il y avait plus d'un exemple de prisonniers qui s'étaient sauvés dans dos coffres. Toutefois, on porta le coffre au bateau. La servante de (irotius avait ordre de l'accompagner jusqu'à Gorcuni et de le déposer dans une maison qu'on lui indiqua. Quand le coffre fut A Gorcum, on voulut le charger sur un traîneau ; mais la servante dit au maître du l)ateau qu'il s'y trouvait dt^s objets fragiles et le pria de le faire porter avec attention. Il fui donc mis sur un brancard et porté chez David Daxelaér, un des amis de Grolius et parent de sa femme. Quand la servante se vit seule, elle ouvrit le coffre, et (Irotius en sortit , sans y avoir beaucoup souffert, quoi(|ue resserré si longtemps dans uu espace de trois pieds et demi de longueur. Il prit un habit de maçon, une règle et une truelle ù la main, et, par ime porte de derrière de la maison, il se dirigea sur la place de Gorcum, qu'il traversa pour gagner la ])orte de la ville donnant »ur la rivière. Lé, il entra dans un bateau qui le conduisit à Valvic en Urabant. Il s'y fitcotmattre à quelques arminiens et loua une voiture pour Anvers. H prit les précaulion^ nécessaires |)our n'être pns reconnu sur la route, et arriva heureusement à Anvers.

Cependant on croyait à Louvenstein qu'il était malade, et sa femme, pour lui donner le temps de se sauver, assurait que sa maladie était dangereuse ; mais, dés qu'elle oui

Elle enferma cfia mari dan> le cottre. !

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