‹ Les évasions célèbresChapitre 27 sur 49 · LE CARDINAL DE RETZ · texte numérisé non relu

LE CARDINAL DE RETZ

monsieur, à quoi vous servirait cette parole ? car tout homme que Ton garde en est quitte. »

« Le premier président jouait à jeu sûr, car il savait que la reine avait fait promettre au maréchal qu'il me ferait toujours garder à vue. Il regarda M. de Bellièvre et il lui dit : « Vous savez si je puis faire ce que vous me proposez ; allons, continua-t-il, en se tournant vers moi, il faut donc que je vous garde ; mais ce sera d*une manière de laquelle vous ne vous plaindrez pas.

c Je demeurai purement à la garde de M. le maréchal de la Meilleraye qui me tint parole, car Ton ne pouvait rien ajouter à la civilité avec laquelle il me garda. Tout le monde me vovait ; on me cherchait même tous les divertissements possibles ; j'avais presque tous les soirs la comédie. Toutes les dames s y trouvaient, ellesy soupaient souvent. L'exactitude de la garde fut égale à Thonnêteté. On ne me perdait jamais de vue, que quand j étais retiré dans ma chambre, et Tunique porte qui était à cette chambre était gardée par six gardes, jour et nuit. 11 y avait une fenêtre très-haute qui répondait de plus dans la cour dans laquelle il y avait toujours un grand corps de ^arde, et celui qui m'accompagnait toutes les fois que je sortais, composé de ces six hommes dont j'ai parlé cidessus, se postait sur la terrasse d une tour d'où il me regardait quand je me promenais tlans un petit jardin qui est sur une manière de bastion ou de ravelin qui répond sur Teau..^

f Je me résolus de penser tout de bon à me sauver. M. le premier président m'en pressait et Montresor me fit donner un petit billet, par le moyen d'une dame de Nantes, où il y avait : « Vous devez être conduit à Brest dans la fin « du mois si vous ne vous sauvez. » La chose était très-diflicile. Le préalable fut d'amuser le maréchal. Je connus en cette circonstance que les gens les plus défiants sont irès-souvent les plus dupes. Je m'ouvris ensuite à M. de

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Brissac qui Taisait de temps en temps des voyages à Nantes et qui me promitde me servir. Comme il étnit en fort grand équipage, il marchait avec beaucoup de mulets, dette qunnlitê de coffres me donna la pensée qu'il ne serait pas impossible que je me fourrasse dans l'un de ces bahuts. On le fit faire exprès un peu plus grand qu*à l'ordinaire. L'on fit un trou par le dessous, afin que je pusse respirer ; je l'essayai môme et il me parut que ce moyen était praticable el d'autant plus aisé qu'il était simple et qu'il n*était pas même nécessaire de le communiquer à beaucoup de gens.

<( M. de Brissac l'avait entièrement approuvé. Il (It un voyage à Machecoul qui le changea complètement. Il revint donc à Nantes convaincu, à ce qu'il disait, que j'étoufferais dans ce bahut... et il medonnasa parole qu'il me servirait pour ma liberté en tout ce qui ne regarderait pas le dedans du château : nous primes toutes nos mesures sur un plan que je me fis à moi-même, aussitôt que le premier m'eût manqué.

(( J'ai déjàditquejem'allaisquelquefois promener sur une manière de ravelin qui répond sur la rivière de Loire ; el j'avais observé que, comme nous étions au mois d'août, elle ne battait pas contre la muraille et laissait un petit espace de terre jusqu'au bastion. J'avais aussi remarqué qu'entre le jardin qui était sur ce bastion et la terrasse sur laquelle mes gardes démoliraient quand je me promenais, il y avait une porte que Glialucet y avait fait mettre, pour empêcher les soldats d'y aller manger son raisin. Je formai sur ces observations mon dessein, qui fut de tirer, 8an^ faire semblant de rien, cette porte après moi, qui étant ft jour par des treillis n'empêchait pas les gardes de me voir, mais qui les empêcherait au moins de venir à moi ; de me faire descendre par une corde que mon médecin et l'abbé Rousseau, frère de mon intendant, me tiendraient, et de faire trouver des chevaux au bas du ravelin, et pour moi

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