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Les événements de 1837-38 [microforme]

On se demandera probablement quelle est la raison qui m'a engagé à écrire l’histoire de la Rebellion de 1837-38, et pourquoi, dans mes heures de loisir, j'ai échangé la plume de tabellion pour celle de l'historien.

Cette raison, la voici :

Né au milieu de la révolution, j'ai été bercé dès mon enfance par les récits des événements qui ont marqué cette époque douloureuse de notre histoire, ses péripéties émouvantes, ses pages sanglantes, l'exil d'un grand nombre de révoltés, le supplice d’une mort infamante que douze d’entr'eux eurent à subir, tout cela avait vivement frappé ma jeune imagination, sans qu’il me fut possible de pouvoir alors connaître les: causes de cette insurrection, ni apprécier

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les motifs qui animaient ceux qui crurent devoir lever l’étendard de la révolte, pour revendiquer des droits politiques incontestables mais méconnus par l'Angleterre, et par le gouvernement qui représentait l'autorité souveraine dans cette colonie.

De tous les incidents de la rebellion, celui qui m'avait le plus frappé était, sans contredit, l'évasion des prisonniers politiques Dodge et Theller de la citadelle de Québec, et leur fuite aux Etats-Unis.

La raison en est bien naturelle,

L'évasion avait été préparée par des patriotes dévoués de la ville de Québec, et elle avait été heureusement menée à bonne fin; mais la fuite des prisonniers fut préparée et protégée par mon père qui, seul, sans secours et sans aide, réussit à les conduire sains ev saufs à la frontière de la république voisine.

: Dans cette circonstance, mon père, ne consultant que son patriotisme, et mu par un sentiment d’humanité qui le portait à arracher deux condamnés à l’échafaud, endura les plus grandes misères, et courut les plus grands dangers ; ajoutez à cela qu'il fit des sacrifices pécuniaires assez considérables, et qu’il perdit la santé dans cette périlleuse excursion.

Plus tard, quand j'étudiai l’histoire de mon pays et que j'arrivai à l'épisode de 1837-38, j'éprouvai, je l'avoue, un amer chagrin en constatant que nos historiens, que je taxais alors d’ingratitude et de légèreté, n'avaient pas même consacré quelques lignes à la part importante que mon père avait prise à cet incident, sinon sanglant au moins des plus dangereux. En effet, en protégeant cette fuite audacieuse

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de deux condamnés, il jouait sa vie, puisque quelque temps après sa tête fut mise à prix.

Après réflexion, je n’eus point de peine à reconnaître que le jugement que j'avais porté sur nos historiens était erroné, car il n'existe pas d'ouvrage spécial qui traite de la révolution, et l'historien qui esquisse à grands traits les faits généraux d’une époque, ne peut entrer dans des détails secondaires, qui n’ont réellement leur place que dans des œuvres spécialement consacrées à décrire telle époque de l'existence d’un peuple, détachée de son histoire générale.

Dès lors, je pris la détermination de réunir autant de matériaux qu’il me serait possible, et de raconter d’une manière restreinte, il est vrai, les événements de la rebellion ; mon but, en entreprenant ce travail, était, je ne saurais le nier, de publier sous une forme moins éphémère que celle des feuilles toujours égarées d’un journal périodique, (*) le recit des incidents de toutes sortes qui eurent lieu, lors de l’évasion des prisonniers que mon père réussit, par beaucoup de prudence et de sang-froid, à mener à bonne fin.

Le lecteur ne sera donc pas étonné si je consacre de nombreuses pages à cette narration qui, si elle m'est bien chère, ne saurait non plus manquer d’intérésser ceux qui aiment à connaître, (et ils sont nombreux), ces détails oubliés de notre histoire.

(*) Le voyage de mon père, à la frontière des Etats- Unis, lorsqu'il y conduisit Dodge et Theller, a été écrit par

le Dr, Chs. DeGuise, un ce nos élégants écrivains, et il parut dans le Journal de Québec, en 1352.

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Et puisque j'ai avoué, avec franchise, quel était mon but principal en écrivant cette histoire, il me sera bien permis d'ajouter, avec la même franchise, que, une fois décidé à la rendre publique, je n’ai rien épargné pour la faire aussi complète et aussi intéressante que possible. J’ai dû alors consulter les journaux du temps, ainsi que. les documents qui se rapportent à l'insurrection. J'ai fait plus, je me suis transporté sur les lieux, témoins des batailles entre les insurgés et les troupes anglaises, pour me rendre compte par moi-même des situations de ces champs de carnage, des positions et des retranchements des troupes. J’ai aussi interrogé sur la place les vieillards, témoins de ces évènements, ou qui y avaient pris part, en sorte que sans avoir la prétention d’avoir fait une œuvre parfaite, je puis dire en toute sincérité que j'ai fait une œuvre consciencieuse.

Mon excellent père est descendu depuis dix ans dans le tombeau ; c’est donc à sa mémoire que je dédie ce modeste travail, que je ne livre pas sans hésitation à la publicité. Mais cependant j'ose espérer que le lecteur, plein d’indulgence pour une plume novice et inexpérimentée, accueillera avec faveur mon petit ouvrage, dans lequel il trouvera, sinon l'expérience de l’auteur iwersé dans l'art d’écrire, et les charmes d’un style élégant, du moins le bon vouloir et le fruit d’un travail pénible mais cher à mon cœur.

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