‹ Les événements de 1837-38 [microforme]Chapitre 10 sur 15 · LB · texte numérisé non relu

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dent, qu’ils tombaient dans de graves erreurs sur plusieurs points de fait et de droit.

En premier lieu, ils comptaient imprudemment, pour seconder le Bas-Canada dans sa rébellion contre l’Angleterre, sur des secours qui leur seraient envoyés des Etats-Unis, or rien n'était moins vraisemblable que cette intervention de la République voisine dans nos différents avec la métropole. La République Américaine était alors en paix avec l'Angleterre, les deux pays, liés par des intérêts commerciaux d’une immense importance, subissaient à cet époque une crise commerciale qui ébranlait les institutions financières les plus solides et les maisons de commerce les plus puissantes ; aux yeux des moins clairvoyants leurs intérêts communs étaient donc de rester en paix. D'un autre côté, on ne pouvait pas supposer à la République le désir de profiter du mécontentement et de l’état de révolte du Haut et du Bas-Canada, pour déclarer la guerre à l'Angleterre, car il n’est jamais entré sérieusement daas l'esprit des hommes politiques des Etats-Unis de vouloir agrandir leur territoire. Si par deux fois, en 1775 et en 1812, ils ont dirigé leurs troupes en Canada, ce n’a été que comme champ de bataille de la guerre qui existait entr'eux et l'Angleterre, et nullement par le désir de conquérir les colonies anglaises.

Pour confirmer ce que nous venons de dire il suffit de parcourir les journaux américains dù temps de l'insurrection. Voici, par exemple, ce que le Star de New-York, un des journaux les plus importants,

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sinon le plus important, disait à ce sujet : ‘“ Les ‘ hommes sages de ce pays ne peuvent souscrire à “une union possible entre nous et le Canada; ‘“ notre territoire est déjà trop étendu pour l’admi- “ nistration sure de nos affaires et la durée de la “ confédération américaine. Nous devons absolu- “ ment nous renfermer dans nos limites, si nous ‘“ voulons rester unis comme un seul peuple.”

Qu'on se reporte à une époque plus rapprochée de nous, à celle de la guerre civile des Etats-Unis, et l’on se convaincra que de fait leur territoire est __ trop vaste, que cette étendue est un danger continuel de dissolution, à cause des intérêts différents entre les Etats. N’a-t-on pas vu, lors de cette guerre désastreuse, les Etats de l'Ouest menacer de se séparer du reste de la Confédération, quand disait le “ Times de Chicago” nous en aurons fini avec Jefferson Davis et Compagnie. |

Les regrets exprimés par la cinquième résolution d’avoir, dans deux circonstances, combattu contre un peuple qui nous offrait la liberté et des droits égaux, ‘étaient aussi maladroits qu'anti-patriotiques ; c'était vouloir blâmer les canadiens de s'être couverts de gloire et d'honneur pendant les deux guerres américaines qui sont deux des. plus belles pages de notre histoire. ft a

Lorsque l'assemblée dit: “Que la mesure de - “ notre soumission ne devait être désormais que la “ mesure de notre force numérique jointe aux sym- ‘“ pathies que nous trouverions ailleurs,” elle fait en même temps uue déclaration de guerre à l’An-

gleterre, une invitation à nos voisins de franchir da frontière, et un aveu de notre faiblesse et de l’impossibilité de conquérir notre indépendance par les armes.

Nons admettons bien volontiers, avec l'assemblée, que le meilleur moyen d'épuiser le trésor et de forcer l'Angleterre à écouter la représentation du peuple, était de manufacturer nous-mêmes les marchandises nécessaires à notre consommation, et de ne rien acheter de ce qui était sujet à des droits de douane. Nous n’examinerons pas si cette résolution pouvait être efficace, si les manufactures domestiques (il n’y en avait pas d’autres alors) pouvaient suffire à produire assez pour la consommation, de manière à causer une diminution notable dans les revenus, mais la partie honorable et patriotique de cette résolution est singulièrement ternie par les ‘expressions de la fin qui invitent à faire la contrebande, et qui déclarent bien méritant de la patrie ceux qui se livreront à ce trafic, et infâmes les officiers de douane qui, obéissant à leur serment d'office, se porteraient dénonciateurs des contrebandiers.

Quant au tribut Papineau, nous nous contenterons de citer ce qu’en disait feu M. Etienne Parent : ‘“ Quand,” écrivait-il dans le Canadien, “ Mr. Papi- ‘ neau aura réussi à rétablir parmi le peuple cana- “ dien l’unanimité que M. O’Connell a établi parmi ‘“ le peuple irlandais, il vaudra la peine d’en parler.”

En somme, ces résolutions qui devaient avoir du retentissement partout, puisqu'elles étaient le commencement d’une manifestation populaire qui devait

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s'étendre à toute la province, étaient loin d’avoir ce caractère de grandeur d’un peuple opprimé voulant entraîner à sa cause les sympathies générales.

Ce fut bien pis à St. Laurent, près de Montréal où, dans une assemblée tenue le 14 mai, on adopta douze résolutions qui, au fond, n'étaient qu’une nouvelle édition de celles de Richelieu, avec cette différence que leur ton d'exagération était beaucoup plus tranché que celle de St. Ours. Ce qui faisait Ce avec beaucoup de raison au Canadien “ que, “ comme elles devaient passer ici et ailleurs comme “ l'ouvrage des hommes qui ont jusqu’à présent * présidé aux destinées du pays, il eût été à souhaiter, “ comme on paraissait avoir en vue de créer des “ sympathies ailleurs, qu'elles eussent été marquées “au cachet de la dignité et surtout de la morale “ publique. Il est à craindre,” ajoutait-il, “ que ces “ résolutions ne soient regardées que comme l’œuvre “ d’un dépit enfantin, plutôt que comme celle d’une “ virile détermination, de la passion aveugle plutôt “ qu’une noble indignation, d'hommes qui déses- “ pèrent de leur cause et qui, en rendant les armes, “font la grimace aux vainqueurs, plutôt que ‘ d'hommes qui ont encore foi dans leur fortune. ‘ Certes, le parti patriotique n’en était pas encore # rendu là, il pouvait prendre une belle position vis-à- # vis des autorités impériales. Un peuple faible qu’on “ veut opprimer peut trouver dans sa faiblesse même # une force morale capable d'arrêter le bras de l’op- “ pression levé contre lui, mais ce n’est pas comme on “ fait ici en s’acerochant à des expédients qui doivent

‘ ou nous attirer le ridicule et la pitié, ou bien servir “ de prétexte à des mesures plus coercitives encore, “ de la part d’une puissance souveraine à laquelle “ on avoue n'être pas capable de résister. Si on ne ‘“ réussit pas ave® ces mesures (et quelle chance y “ a-t-il ?) on nous expose à la risée de nos ennemis, ‘“ Que si toutefois, par impossible on réussissait, “ l'Angleterre se dira: Voilà un peuple qui veut ‘“ roinpre avec moi ; il se révolte contre ma supré- ‘ matie, il faut le mettre hors d'état de me nuire ‘“ jamais, pendant qu'il est faible écrasons-le, et nous ‘“ serons écrasés.”

Tel était le langage du Canadien et du Populaire de Montréal. Ces deux journaux représentaient l'expression des hommes modérés du parti qui demandaient des réformes, mais qui plus sages que les hommes extrêmes voyaient l'impossibilité où le pays se trouvait de se lever en armes, résultat certain d’une lutte politique prolongée. Il voulait bien qu'il se fit dans tout le pays une immense manifestation populaire, il demandait qu'on fit de nouvelles représentations à l'Angleterre, mais que ces représentations fussent exemptes de ces expressions menaçantes, injurieuses, d'espérance de secours qui viendraient d’ailleurs, ou celle de regrets tardifs pour une loyauté qui avait fait l'honneur du pays. La Minerve, le Vindicator, à Montréal, le Libéral à Québec, agissaient tout différemment ; ils poussaient aux mesures extrêmes, et excitaient sans cesse les esprits par une exaltation de langage fort imprudente dans ces temps d’effervescence populaire.

Cependant, on continua à s’assembler. À Québec, ce furent les Irlandais qui se joignirent les premiers au mouvement ; le 15 mai, ils s’assemblèrent et se déclarèrent en faveur de la cause canadienne. Ils approuvèrent ce qu’O’Connell avax dit de ses compatriotes qui s'étaient ligués au parti anglais, à savoir qu’ils voulaient renouveler en Canada les malheurs de l'Irlande. La minorité anglaise, en Irlande, disait le grand orateur, avait été la peste, le fléau de l'Irlande. Dans les assemblées de Ste. Scholastique, de Longueil, de Chambly, de Ste. Rose, de Terrebonne, de Berthier, etc., on adopta des résolutions de censure contre les mesures coercitives et tyranniques de la métropole. A Ste. Scholastique la démonstration fut particulièrement remarquable, et on ne saurait s’en étonner puisque, avec les paroisses des bords de la Rivière Richelieu, c'était les paroisses du nord de Montréal qui étaient le plus travaillées par l’insurrection. La veille de l'assemblée de Ste. Scholastique, M. Papineau s'était rendu à St. Bénoit, de là une procession d’une centaine de voitures portant insignes et drapeaux se rendit à Ste. Scholastique. A la suite de la voiture de M. Papineau, escortée d’un cavalier portant un drapeau sur lequel on lisait : “ Honneur à l’'O’Connell du Bas- Canada” on remarquait un grand drapeau blanc au centre duquel était une tête de mort entourée de ces mots ‘“ Conseil législatif” On voyait encore un autre drapeau blanc, sur lequel se trouvait l'aigle américain ‘“ Libre comme l'air” ; à côté un aigle canadien portant dans son bec une branche d'érable.

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Ces deux aigles étaient flanqués de deux pavillons dont l’un était parsemé d'étoiles, et l’autre d’une seule étoile avec l'inscription significative de “ Notre avenir.” Voici quelques-unes des autres devises nu’on lisait sur les insignes ; “ Papineau, principe de la liberté.” — “ Fuyez, tyrans, car le peuple se réveille.” — “ Honneur aux Dames Canadiennes patriotes.” — ‘ Plutôt une lutte sanglante que l'oppression d’un pouvoir corrompu.” — “ Liberté, pain du peuple, volonté de Dieu.” —“ L'union du peuple, terreur des grands.” — ‘ À bas le Conseil, plus de mains plongées dans les coffres publics.” —‘“ Honte aux tyrans qui veulent nous rendre esclaves.” etc., etc.

Plusieurs discours furent prononcés dans cette circonstance par MM. Papineau, Dr. O'Callaghan, Girouard, etc., etc.

Des résolutions anologues à celles de St. Ours furent proposées et unanimement adoptées.

Cependant, le District de Québec était resté comparativement tranquille, à part de la manifestation peu importante de la ville quand, le 4 juin, sur le marché St. Paul, se tint une assemblée publique de ceux qui adhéraient aux 92 résolutions et aux de- mandes de justice et de redressement de griefs faites par le pays. M. A. N. Morin expliqua le but de l'assemblée ; il fut suivi par MM. K. $. M. Bouchette, Charles Hunter, Edouard Rousseau, L. J. Besserer, M. P. P., Jean Blanchet, M. P. P., M. Bardy, M. P. P., Charles Drolet, M. P. P., qui adressèrent successivement la parole, après quoi il fut

Proposé par M. Joseph Légaré, secondé M. Ignace Gagnon, et résolu: |

lo. Que depuis un grand nombre d’années les vices des institutions politiques de cette province, et la manière injuste, partiale et impolitique dont le gouvernement y a été administré... ont introduit un système d’abus, oppression, violation des lois, péculats, malversation, irresponsabilité des fonctionnaires coloniaux... dont souffrent les habitants de cette province, sans distinction d’origine. Que la chambre d’assemblée ayant à des époques fréquentes représenté cet état de choses au gouvernement de ja métropole n’en a obtenu aucun changement, que nous espérions que les communes britanniques se montreraient les amis des libertés et des droits du peuple ; mais que nous avons vu avec regret, mêlé d’étonnement par l'adoption des résolutions dernièrement proposées par les ministres que ce dernier rempart de nos droits a fléchi et se porte à un deni de justice et à des mesures de violence.

Proposé par M. McVeigh, secondé par M. N.

F. Belleau, 20. Que notre surprise a été d'autant plus fondée, à la vue de ces projets, que la réalité des griefs dont nous nous sommes plaints, et en particulier l'effet nuisible du conseil législatif, et que cependant les mesures définitives de l'Angleterre refusent le remêde à ces griefs et maintiennent ce corps discrédité...... que nous ne pouvons avoir aucun doute que ces mesures n’ont eu pour but, au lieu d'établir dans le pays même un gouvernement efficace, d’ac-

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croître indéfiniment les pouvoirs des bureaux de Downing street et des administrations coloniales aux dépens de ceux qui appartiennent légitimement à pous et à nos représentants... de même que la violation des pactes les plus solennels, du renversement Ces libertés, franchises, lois, culte, langage, mœurs et institutions des habitants de cette province.

Proposé par Barthélemi Lachance, écr., secondé par M. Larouche,

30. Que parmi les droits qui nous sont communs avec tous les sujets de l'empire, l’un des mieux reconnus est le droit de se taxer soit même, et son corrélatif le droit d’entier contrôle sur le revenu créé par ce moyen, que ces droits ont été garantis au peuple de cette province par son accession à l'empire britannique par l’acte déclaratoire du parlement britannique, passé dans la 18ème année de George III et confirmé et mis en pratique pæ#f l'acte constitutionnel de 1791, et que la seule autorité que nous puissions reconnaître et que nous reconnaissons, soit pour créer un revenu public dans ce pays, soit pour l'appliquer et le contrôler est les communes ou chambre d’assemblée de cette province.

Proposé par R. S. M. Bouchette, écr., secondé par M. J. Teed,

40. Résolu : — Que dans le nombre des résolutions introduites dans la chambre par Lord John Russell, au sujet des affaires au Canada, celle qui doit exciter surtout une universelle et vertueuse indignation, est la huitième qui comporte une inva-

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sion si alarmante de ces droits si essentiels de taxation et de contrôle, que l’aberration du revenu public du Bas-Canada sans un vote de nos représentants est une usurpation qui flétrit à nos yeux le gouvernement de l’Angleterre..…… , Que nos co-sujets de toutes les classes sont intéressés aux suites d’un acte aussi exorbitant du pouvoir, et que nous espérons qu’en particulier ceux qui ont jusqu'ici appuyé les mesures adoptées ou projetées contre les libertés de ce pays repousseront noblement le rôle d’oppresseurs qu’on leur destine... , et se joindront à nous pour se rallier autour de la chambre d’assemblée. |

Proposé par M. P. G. Tourangeau, secondé par M. Quigkley,

5o. Résolu : — Que des actes aussi flagrants n’affecteront pas seulement cette province, mais bien toutes les autres colonies intéressées à un bon gou-

vernement, que nous remercions nos amis des autres colonies qui souffrant des mêmes maux, ont appuyé nos demandes, et en particulier la Nouvelle-Ecosse qui a demandé un conseil législatif électif, le contrôle absolu des deniers et un gouvernement responsable.

Proposé par M. J. Légaré, secondé par M. J.

Picard, |

60. Résolu : — Que ces mesures de coercition proposées avec délibération, et dont les conséquences n’ont pu être perdues de vue sont de la part des : autorités britanniques une renonciation volontaire à

l'affection et à la confiance du peuple comme lien politique entre le Canada et l'empire, que dans ces graves circonstances, c'est un devoir impérieux pour le peuple dans toutes les parties de la province de se réunir en assemblées publiques, de son propre chef, plein gré, et délibération, et ce tant que justice n’aura pas été rendue au pays, pour réclamer ses droits envahis, pour rechercher les moyens de les faire respecter et pour en eipéghet une plus. grande violation.

Par M. Eugène Frs Eds par M. J. D.

Lépine,

7o. Résolu : — Que lors du commencement de la présente administration provinciale, le gouvernement avait ostensiblement donné comme motif d'obtenir un vote de confiance et un octroi de deniers publics, la détermination de rendre justice et de réparer les griefs ; que cependant en s’emparant maintenant de , ces deniers avec la sanction du parlement, la métropole se refuse absolument et formellement aux demandes du peuple, qu’en conséquence ne pouvant , plus se méprendre sur la politique du gouvernement à notre égard, nous lui refusons et nous lui retirons + notre confiance, décidés à ne l’appuyer que tant que justice ne nous sera rendue, et sur la sincérité de notre détermination ainsi que pour le triomphe de libertés dans l’avenir, nous nous en remettons solennellement à la providence, à la persévérance et aux vertus du peuple de toutes les origines, à l'appui de nos sœurs colonies, et en général au plus ou moins de sympathies que nous trouverons en dehors du

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pays pour notre existence sociale et politique, pour nos institutions et nos libertés.

Par le Dr. Rousseau, secondé par M. Tessier, écr.,

80. Que la promulgation des rapports de la commission dite royale, nous offre des preuves abondantes et irrécusables que les résolutions de lord John Russell......doivent leur origine aux recommandations violentes, injustes et préjugées des commissaires qui alors même qu'ils offraient la paix et cherchaient à créer un espoir illusoire de conciliation, sollicitaient auprès des ministres les mesures de coercition qui ont depuis été revélées..…...….

Proposé par M. KR. Malouin, secondé par M.

Michel Patry,

90. Qu’advenant le triomphe de l'oppression il sera du devoir du peuple de s'occuper des moyens d’en diminuer l'effet, et d’y organiser une opposition efficace et que nous regardons la propagation de l'éducation en général, la diffusion des connaissances politiques, la préférence donnée aux produits du pays et aux manufactures domestiques, et l’organisation regulière du peuple par paroisses, townships et comtés, comme au nombre de ces moyens ; que pour les discuter et les régulariser et pour assurer l’unani- . mité et l’entendement entre tous il convient d’approuver le projet d’une convention de délégués des différents comtés de la province, pour se réunir en quelque lieu central aux membres de l'assemblée et du conseil qui désapprouvent les dites mesures de coercition, afin d’aviser à des mesures sages, discrètes, fermes et protectrices..……. qu’il soit formé un comité

de correspondance pour se mettre en rapport avec les autres parties du pays, et pour communiquer avec les citoyens au moyen de la presse, d’assemblées publiques, ou autrement...

Par M. N. F. Belleau, secondé par M. Z. Chabot,

100. Résolu : — Que le peuple de cette province est pénétré d’une reconnaissance vive et affectueuse envers les généreux amis qui ont défendu ses droits et son honneur assaillis par la chambre des com-

Par M. Hunter, secondé par M. Quirouet,

110. Résolu : — Que dans toutes les diverses luttes d'un peuple avec le pouvoir arbitraire, il a été nécessaire de placer une confiance entière dans quelque homme également distingué par son talent et son patriotisme qui soit jugé digne d’être l'organe et le chef d’un peuple, que l'époque ou nous touchons n'offre point d'exception à cette règle, et qu’elle exige de nous une déclaration unanime que la conduite publique de l’Honorable L. J. Papineau, orateur de la Chambre d'Assemblée, dans le cours d’une longue carrière politique... mérite les éloges les plus sincères et l'expression de la reconnaissance de toute âme bonne et généreuse. Qu'en conséquence les remerciements de cette assemblée soient votés à L.J. Papineau, écr., comme à un homme qui, dans les plus grandes épreuves, s’est montré pendant trente ans l’ami de la liberté et des droits du peuple du Canada. |

Il ne faut pas de longs commentaires pour faire voir le contraste entre la teneur de ces résolutions et

celles de St. Ours. Ce qui distingue particulièrement celles de Québec, c’est l'exclusion de toute idée antipatriotique ou attentatoire à la morale publique. On y remarque au contraire la sagesse et la modération qui n’excluent pas une noble indignation provoquée par les résolutions des communes anglaises ; aussi les délibérations de l'assemblée de Québec reçurentelles l'approbation de tous les hommes modérés, et même des admirateurs les plus obstinés du gouvernement anglais.

Pendant ce temps là l’agitation devenait toujours de plus en plus sérieuse dans plusieurs comtés, et notamment dans le District de Montréal. Le gouverneur finit par s’en inquiéter et il lança une proclamation dans laquelle il s’efforçait de mettre le peuple en garde contre les écrits séditieux @es journaux et les discours incendiaires des agitateurs ; il conseillait la modération et d'attendre avant de se prononcer la décision finale du gouvernement anglais.

Malgré tout, M. Papineau, accompagné de MM.

Morin, Lafontaine, Girouard, descendirent jusqu’à Kamouraska. À St. Thomas, la démonstration fut véritablement enthousiaste. Le Dr. Taché (depuis Sir E. P. Taché) avait réussi, à monter la population de cette paroisse et des environs.

MM. Lafontaine et Girouard traversèrent à la Malbaie où leur succès ne fut pas moins grand que celui qu'ils avaient obtenu sur la côte du Sud. A l’assemblée de la Malbaie, M. Lafontaine désavoua cependant d’une manière formelle la résolution de

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St. Ours par laquelle on invitait à faire la contrebande.

Deschambault, l’'Assomption, Lachenaie se montrèrent dans leur assemblée aussi sages qu’à Québec. Il n’en fut pas de même à l’Acadie qui se ressentait de son voisinage des paroisses du Richelieu ; les résolutions adoptées à l'assemblée de l’Acadie furent aussi exagérées que celle de St. Ours, et les inscriptions qu'on lisait sur les insignes portées dans la procession ne le cédaient en rien à celle de Ste. Scholastique. Parmi ces devises et ces inscriptions, celles qui suivent se faisaient surtout remarquer : ‘ A bas le Conseil.”’— ‘“ Point de coercition.”— “ Lord John Russell, il a ‘déshonoté le nom de sa famille.” Sur un pavillon noir portant une tête de mort, avec des os en croix, on lisait : “Craig, Dalhousie, Aylmer, Gosford.” Sur d’autres insignes : ‘“ Exportation, puisse Gosford être la première !”— “Nos enfants et nos autres manufactures domestiques ” (sic / ) — “ D'abord qu’on a droit on marche en avant !”— “ Liberté, pain sacré du peuple.” — “ Peuple du Canada, aide-toi, le Ciel t'aidera.”— “ Waller, Tracey, Duvernay, la presse triomphera sur les chaînes !”— “Je principe électif, voilà ce qu’il nous faut.” ‘L'union fait la force.”—“* Les proclamations ne font pas la loi !”

Et qu'on ne s’imagine pas que les comtés peuplés par les anglais fussent favorables à l'Angleterre, non, au contraire ; les cantons de l'Est peuplés alors presqu'exclusivement d'anglais eurent. aussi leur assemblée à Stanbridge, chef-lieu du comté de

Missisquoi. Cette assemblée donna son adhésion formelle à la cause canadienne, mais en termes modérés et sans expressions déloyales ou exaltées.

Partout enfin on s'agitait pour appuyer les 92 résolutions ou le gouvernement colonial ; les loyaux de Montréal et de Québec s'étaient formés en asso- ciation constitutionnelle, et tout en demandant des réformes, protestaient contre les: démonstrations séditieuses et les résolutions hostiles à l'Angleterre. À l'assemblée des loyaux de Montréal on avait adopté la résolution suivante :

‘ Que cette assemblée ne peut exprimer en termes assez énergiques son horreur pour l'effet immoral et désorganisateur des mesures recommandées et des résolutions adoptées aux assemblées publiques récemment tenues dans diverses parties de cette province, et que cette assemblée les désavoue comme directement opposées au sentiment de Sa Majesté et de dévouement à son gouvernement, entretenu par les loyaux sujets de toute la province.”

L'assemblée loyale de Québec, eut lieu le trenteet-un juillet, sur l’Esplanade, pour protester contre les mesures séditieuses de certaines autres assemblées. Selon la Gazette de Québec, il s'était rendu sur les lieux pas moins de 8,000 personnes, dont 5,000 prirent une part active aux procédés du jour. MM. Woolsey, DeBlois, Pelletier, Lee, DeGuise, Prévost, Duval, etc., furent les principaux orateurs du jour. L'assemblée adapta des résolutions analogues à celles de Montréal Beaucoup de personnes sur lesquelles les patriotes croyaient pouvoir compter s'étaient

Ne

ralliées au parti constitutionnel ; elles comprenaient qu’il y aurait folie à vouloir lutter contre l’Angleterre, attendu que le parti patriotique se trouvait privé de ressources, d'armes, de munitions, enfin de tout ce qui pouvait constituer même un commencement d'armée.

Vers la fin de juillet, arriva à Québec la nouvelle que Lord John Russell avait déclaré aux communes, le 23 juin, que le ministère suspendrait la mise à exécution des résolutions présentées et adoptées par les deux chambres. Il espérait, disait-il, que les canadiens se convaincraient par les réflexions, et dans leurs délibérations régulières, que leurs demandes étaient incompitibles avec leur état colonial. C'était annoncer une nouvelle session des chambres ; en effet, elles furent eonvoquées pour le 18 août. Lorsqu’elles s’assemblèrent, le gouverneur pria les représentants du peuple de faire eux-mêmes l’assignation du montant des revenus nécessaires pour subvenir aux besoins les plus pressants, ce que la métropole ferait sans doute sans eux, s'ils s’obstipaient dans leur première résolution. Cette nouvelle tentative ne pût ébranler la majorité des membres qui, dans son obstination fatale, vota une adresse pour protester contre les recommandations contenues. dans le rapport des commissaires. Cette adresse fut présentée au gouverneur le 26 août; le parlement fut prorogé aussitôt après par une proclamation dont M. Papineau trouva une copie sur son siége, à son retour dans la salle des séances.

Ces faits avaient achevé de convaincre Lord Gos-

ford que les partisans de ce chef populaire voulaient une république, et qu’ils se servaient de l’animosité créée chez les canadiens par les attaques violentes et injustifiables de la minorité anglaise, pour maintenir leur influence. (Garneau, Histoire du Canada, Vol. III.)

La clôture soudaine de la session, huit jours après son ouverture, ne laissa plus d'espérance de pouvoir arriver à un arrangement acceptable par les deux partis ; aussi les assemblées et les discours se succédaient sans interruption dans les villes et dans les campagnes.

Le gouvernement se mit à user de rigueur contre ceux qui prenaient une part marquante à ces démonstrations, et qui, étant presque tous des notables, se trouvaient investis de charges, soit dans la justice de paix, soit dans la milice ; il en destitua un grand nombre, et les remplaça par d’autres sur lesquels il croyait pouvoir compter. Le peuple fêta par des banquets et par d’autres démonstrations les magistrats et les officiers destitués, et, dans plusieurs paroisses, il contraignit à résigner leurs charges ceux qui venaient de recevoir des commissions. On leur faisait Souffrir tant d’avanies que la position n'était pas tenable.

Les animosités, les querelles, les voies de fait entre patriotes et constitutionnels étaient en permanence, surtout dans les paroisses du nord de Montréal. ‘“ Des excès odieux dit le Populaire, “s'y ‘“ commettent sur les personnes et les propriétés des “citoyens qui ne partagent pas l'opinion de nos

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‘“ enragés, et les progrès des désordres ont été tels “ que plusieurs personnes sont venues en ville ‘ porter des plaintes à l'autorité judiciaire et de- ‘“ mander l'assistance de la force publique.”

On coupait les crins des chevaux, on brisait les clôtures, on ouvrait les étables et on chassait les animaux dans les bois, on tirait des coups de fusil dans les portes et les fenêtres ; à St. Benoît, on faillit, de cette manière, tuer un enfant. Plusieurs individus soupçonnés d’être les auteurs de ces excès furent arrêtés par des officiers de justice envoyés de la ville, et Lord Gosford promit une récompense de cent louis à ceux qui ameneraient les coupables à justice et à condamnation.

L'association des fils de la liberté, qui s'était formée à Montréal, publia un manifeste politique rempli de menaces. Quelques jeunes gens de Québec voulurent aussi avoir leur association, mais ils ne purent réussir à avoir beaucoup d’adeptes. Ils reçurent l'avis d’un affilié de Montréal que dans les paroisses du Nord, et dans celles des rives du Richelieu on se préparait à prendre les armes. M. Morin fut nommé chef de l'association de Québec qui faisait peu de progrès. On ne pouvait plus mal choisir, car si M. Morin était excellent pour agir sous la direction de volontés supérieures, il valait bien peu comme chef, c'était un homme doux, poli, dit notre historien, d’un goût simple et studieux, ayant plutôt la suavité de manière d’un ecclésiastique que l’ardeur emportée d'un conspirateur.

Le bruit de nos difficultés et de nos projets de

rebellion contre l'Angleterre était parvenu jusqu’en France, et à l'assemblée de Laprairie, qui eut lieu vers Je 15 septembre, M. de Pontoies, ambassadeur de France aux Etats-Unis, et M. de Saligny, attaché d’ambassade y étaient présents. Ils étaient, paraît-il, venus dans le pays en obéissance à un ordre secret dedeur gouvernement qui leur avait enjoint de se rendre compte par eux-mêmes de la véritable situation du pays. Ils s’en retournèrent après avoir conféré avec quelques-uns des principaux chefs, et après avoir essayé de leur démontrer Ja folie d’entretenir une agitation aussi considérable et qui ne pouvait aboutir qu'à la guerre civile, à laquelle ils n'étaient nullement préparés.

Comme on l’a vu plus haut, les paisibles habitants du comté des Deux-Montagnes, harcelés par les patriotes et en butte à des mauvais traitements continuels, étaient allés demander protection à la justice ; la chose fut rapportée au gouvernement qui crut devoir donner des armes à des hommes dignes de confiance, pour maintenir la paix et le bon ordre. Cette mesure de rigueur n’empêcha pas les partisans extrêmes du mouvement de corvoquer lundi, le 23 octobre, une grande assemblée à St. Charles de Richelieu. A cette assemblée s'étaient rendus en grand nombre des habitants des comtés de Richelieu, de St. Hyacinthe, de Rouville, de Verchères, auxquels vinrent se joindre ceux du comté de l’Acadie ; c’est ce qu’on nomma plus tard les six comtés confédérés, . Il y avait là des membres de la chambre, des mili- * ciens armés commandés par quelques officiers desti-

tués, des hommes appartenant aux professions libérales, etc., etc. On voyait en grand nombre des bannières et des insignes, sur lesquelles on lisait des inscriptions dans le genre de celles que nous avons déjà mentionnées. L'assemblée se composait de plus de 2,000 personres.

Le Dr. Nelson fut appelé à la présidence, MM. Papineau, Nelson, Viger, Lacoste, Câté, Brown, Giraud, prirent successivement la parole. M. Papineau fut comparativement modéré dans son langage ; il recommanda de ne pas prendre les armes, mais de s’en tenir à une résistance toute constitutionnelle et de combattre l’Angleterre en achetant rien d’elle. M. Papineau s'aperçut alors, mais trop tard, qu'il n’était plus en son pouvoir de maintenir le peuple dans les bornes de la légalité. Le Dr. Côté fut d’une violence extrême ; il dit qu’on avait envoyé assez de pétitions et de réclamations au gouvernement, et qu’il était temps de lui envoyer des balles. M. Malhiot, homme considéré, s'était rendu à l’assemblée pour y exposer ses ‘7ues et ses sentiments qui ne s'accordaient guère avec ceux des agitateurs, les auditeurs ne voulurent pas le laisser parler et le chassèrent de la tribune.

Des patriotes avaient arboré un bonnet de la liberté au bout d’une perche, et plusieurs d’entr'eux portaient le bonnet phrygien. Quelques-uns voulaient proclamer l’indépendance sur le champ, mais la majorité s’y opposa. Le Dr. Nelson ::étendit qu’on avait assez temporisé et qu’il était temps d'agir. Si l’on en croit le Dr. O’Callaghan, ni lui, ni M.

Papineau n'avaient alors l’idée que l'agitation finirait par la prise des armes. Voiri ce qu'il écrivait à M. Garneau, en juillet 1852, alcrs que ce dernier mettait la dernière main à la deuxième édition de l'Histoire du Canada: ‘ Si vous êtes pour blâmer le ‘“ mouvement, blâmez alors ceux qui l’ont com- “ ploté et contrôlé, et qui doivent en être tenus “ responsables dans l’histoire. Quand à nous, mon ‘ ami, nous fûmes les victimes et non les conspira- ‘ teurs, et, serais-je sur mon lit de mort, je décla- “ rerais devant Dieu que je n'avais pas plus d'idée “ de mouvement ou de résistance, quand je laissai ‘ Montréal pour me rendre sur les bords de la “ rivière Richelieu, avec M. Papineau, que j'ai main- ‘ tenant celle de devenir évêque de Québec. J’ajoute “ que M. l'apineau et moi, nous nous cachâmes ‘“ dans une maison d’habitant, dans la paroisse de ‘ St. Marc, de crainte que notre présence,ne vint à ‘ alarmer cette localité et ne fut un prétexte à quel- “ qu'acte de témérité. Je voyais aussi clairement “ que je le vois aujourd’hui que le pays n’était pas ‘ préparé.”

Mais pour revenir à l’assemblée de St. Charles, elle &dopta une série de résolution qui servirent de base à un appel au peuple ou manifeste insurrectionnel très-long qui fut imprimé et répandu partout. En même temps que cet écrit séditieux était envoyé dans toutes les directions de la province, Monseigneur Lortigue, évêque-auxiliaire de Monseigneur Signaï, à Montréal, adressait à ses diocésains, en date du 24 octobre, un mandement dans

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lequel il engageait les fidèles à obéir au pouvoir établi; le langage de l’évêque de Montréal était modéré et empreint de cette charité évangélique qui caractérise les autorités ecclésiastiques dans les temps d’agitation populaire.

“ Depuis longtemps, N. T. C. F.,” disait l'évêque, “ nous n’entendons parler que d’agitation, de révolte ‘“ même, dans un pays toujours renommé jusqu’à “ présent pour sa loyauté, son esprit de paix, et son ‘ amour pour la religion de ses pères.

‘ On voit partout les frères s'élever contre leurs “ frères, les amis contre leurs amis, les citoyens ‘“ contre leurs concitoyens, et la discorde d’un bout “ à l’autre de la province, semble avoir brisé les liens “ de la charité qui unissait entr’eux les membres “ d’un même corps, les enfants d’une même église, “ du catholicisme qui est une religion d'unité.

‘“ Encore une fois, nous ne vous donnerons pas ‘“ notre sentiment comme citoyen sur cette question “ purement politique, qui a droit ou tort entre les “ diverses branches du pouvoir souverain. Ce sont “ de ces choses que Dieu a laissé aux disputes des ‘ hommes ; mais la question morale, savoir, quels “ sont les devoirs d’un catholique à l'égard de la “ puissance civile établie et constituée dans chaque ‘ état ; cette question religieuse, dis-je, est de notre “ ressort et de notre compétence...

‘ Ne vous laissez donc pas séduire, si quelqu'un “ voulait vous engager à la rébellion contre le gou- “ vernement établi, sous prétexte que vous faites “ partie du peuple souverain ; la trop fameuse con-

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‘“ vention nationale de France, quoique forcée d’ad- ‘ mettre la souveraineté du peuple, puisqu'elle lui ‘ devait son existence, eut soin de condamner elle- ‘“ même les insurrections populaires, en inséran dans ‘ la déclaration des droits, en tête de la constitution “ de 1795, que la souveraineté réside non dans une “ partie, ni même dens la majorité du peuple, mais “ dans l’universalité des citoyens.

4 Or, qui oserait dire que, dans ce pays, la tota- “ lité des citoyens veut la destruction de son gou- ‘ vernement f...…. “

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