‹ Les événements de 1837-38 [microforme]Chapitre 12 sur 15 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Suite des événements.— Autres bataïlles — Proclamation d’indépendance.— Incidents divers.

Cependant le comte Gosford s’apercevait depuis ‘

longtemps que la ligne de conduite qu'il avait adoptée n’était pas de nature à ramener la paix dans la province. Dès le 2 septembre 1837, il avait écrit au ministre des colonies : ‘“ Il est évident que la “ faction de Papineau ne sera pas satisfaite tant que ‘“ le gouvernement anglais ne l'aura pas mise dans ‘“ une position qui lui permette de mettre ses projets ‘“ à exécution, savoir : la séparation de ce pays de “ l'Angleterre et l'établissement d’un gouvernement, “ sous la forme républicaine.”

Il suggérait de suspendre la constitution. Par une autre lettre, en date du 14 novembre de la même année, c’est-à-dire quelques jours seulement avant la

bataille de St. Denis, il demandait son rappel. Lord Glenelg acquiesça à sa demande le 23 décembre, et il informa, en même temps, Sir John Colborne que par la retraite du gouverneur-général l'administration tem poraire des affaires de la province lui était confiée.

La nouvelle du rappel de Lord Gosford arriva ici le 13 janvier 1838. Les habitants de la ville et du comté de Québec, ainsi que ceux de ‘plusieurs autres paroisses lui envoyèrent des adresses pour lui exprimer tout le regret qu’ils éprouvaient en conséquence des batailles et de j'effusion du sang qui avaient eu lieu dans le District de Montréal. Il partit le 26 février par le chemin de Kennébec, se rendit jusqu’à Boston, et visita Philadelphie et Washington avant de s’embarquer pour l'Angleterre. Sir John Colborne prit les rênes du gouvernement et continua la loi martialé proclamée le 5 décembre précédent ; mais cependant, comme le pays était tranquille il licencia les volontaires des comtés de Laprairie, Chambly et l'Acadie.

Si la tranquillité semblait régner dans la province, c'est parce que la force avait eu raison des rebelles, et aussi parce qu’un grand nombre d’entr'eux avaient passé la frontière ; en effet 6 à 700 insurgés, principalement de l’Acadie et de Laprairie, sous le commandement de Robert Nelson, frère de celui qui commandait à St. Denis, et du Dr. Côté, de Napierville, s'étaient réunis dans l'Etat de Vermont, et le premier de mars ils firent ue incursion infructueuse sur le territoire du Canada. M. R. Nelson, qui s'intitulait président du gouvernement provisoire de la

république canadienne, avait laucé une proclamsiion d'indépendance.

Selon cette proclamation, le Bus-Canada, était relevé de son allégeance envers l'Angleterre. La république était déclarée, les sauvages devaient jouir de tous les droits civils et politiques ; séparation de l'église et de l’état (textuel), la tenure seigneuriale était abolie, toute personne qui fournirait des armes pour obtenir l'émancipation aurait bien mérité de la patrie.

La proclamation décrétait encore qu'il n’y aurait plus d'emprisonnement pour dettes, l'abolition de la peine de mort, la liberté de la presse, les élections par le scrutin, les terres publiques et celles de la compagnie des terres de l’Amérique Britannique du Nord, devenaient biens nationaux. Enfin, il devait y avoir, aussitôt que possible, une convention des députés nommés par le peuple ou par les comtés, et cette convention formerait le corps législatif qui devait doter le pays d’une constitution Lans sur les principes précédents,

Or voit par cette déclaration que les insurgés étaient imbus des principes de la démocratie la plus avancée.

Une autre proclamation ou appel aux armes, lancée en même temps que la déclaration d'indépendance, et signée “ Robert Nélson,” commandant-en-chef de l'armée patriotique, l’'emportait encore par le ridicule et l’exagération sur la déclaration d'indépendance.

Vers le milieu de mars, on apprit en Canada l& suspension de la constivution ét la nomination du

comte Durham au poste dé gouverneur-général et de haut commissaire royal, pour régler les affaires du Haut et du Bas-Canada. Cétte nouvelle fut resue avec la plus grande satisfaction par toutes les classes de la société. Lord Durham avait une haute réputation d'homme politique et de dipiomate consommé. I] avait représenté l'Angleterre comme ambassadeur à St. Pétersbourg, et c'était un libéral avancé. Lors de sa nomination, il avait déclaré dans la chambre des pairs qu’il rejetterait toute considération de partis français, anglais, canadien ; “ car”, disait-il, “ je ne connais rien de ces partis, et je donnerai à ‘“ tous une égale protection, une égale justice, at- ‘“ tendu que tous sont les sujets de Sa Majesté, et “ qu'ils sont égaux devant Elle et devant la loi. ”

Ce fut, précédé de cette réputation d’habilité et d’impartialité, qu’il fut attendu en Canada. Mais en obéissance à l’acte suspendant la constitution, acte qui avait été sanctionné le 28 février, Sir John Colborne nomma un conseil spécial, composé d’un égal nombre de Canadiens et d’Anglais (*).

La première ordonnance passée par ce conseil qui s’assembla à Montréal fut de suspendre l'habeas corpus. jusqu'au 24 août alors prochain, afin de donner le temps à Lord Durham d'arriver et de prendre

(*) Ce conseil était composé des Honorables C. E. OC. De Léry, James Stuart, John Neilson, Amable Dionre, Charles Casgrain, M. P. de Sales Laterrière, Toussaint Pothier, P. McGill, P. de Rocheblave, Samuel Gerrard, Jules Quesnel, W. P, Christie, Turton Penn, James Cuth= bert, B. Joliette, Joseph E, Faribeault, P. H. Knowiton 8, Smith, Joseph Dionne et Etienne Mayrand. me

les mesures qui lui paraîtraient convenables envers les insurgés, selon les instructions qu’il pourrait avoir reçues avant son départ. En même temps, comme le pays paraissait tranquille, Sir John Colborne licencia tous les volontaires qui avaient été appelés sous les armes, et le 3 mai il proclama la fin de la loi martiale.

Cependant, malgré cette apparente tranquillité, il n’en était pas moins vrai qu'il existait un malaise général parmi les habitants des paroisses situées au Sud de la ville de Montréal, et qu’en conséquence, de la sympathie que les réfugiés politiques rencontraient sur les frontières des Etats-Unis, un autre soulèvement était imminent. Et puis, la prison de Montréal était encombrée de prisonniers ; les uns étaient détenus comme suspects, d’autres, et c'était le plus grand nombre, avait été pris les armes à la main. Beaucoup d’entr'eux avaient été relâchés durant l'hiver, et cependant il n’y avait pas eu de procès, ni devant les cours civiles, ni devant la cour martiale ; le gouvernement anglais, par une dépêche du mois de mai, avait conseillé à Sir John Colbourne @= retarder les procédures jusqu’à l’arrivée de Lord Durham.

Ce dernier arriva à Québec le 27 de mai. Il fut reçu par toutes les troupes en garnison, les officiers civils et un immense concours de citoyens. Dix vaisseaux de guerre arrivèrent peu de temps après le gouverneur, portant des régiments entiers et des détachements des bataillons qui étaient déjà en Canada.

Lord Durham publia immédiatement une proclaation rédigée en termes qui sentaient le maître et le despote, et non le commissaire venu pour s’enquérir des difficultés et suggérer les moyens d’y remédier. Ensuite il renvoya le conseil spécial de Sir John Colborne et il nomma un conseil exécutif composé de sept personnes dont une seulement, le secrétaire-provincial Daly, était du Canada. Il donna pour raison de ce choix que, pendant la suspension temporaire de la constitution, l'administration des affaires devait être complètement indépendante et n'avoir aueun rapport avec les résidants de la province.

Malgré ces mesures impolitiques cela n’empêcha pas cependant les citoyens de Québec et de Montréal de lui présenter des adresses pour lui souhaiter la bienvenue.

Cependant rien n'était décidé relativement aux prisonniers politiques qui, comme nous l'avons dit, étaient en très-grand nombre. Lord Durham était dans un embarras très-grave à ce sujet. Faire leurs procès était impossible, d’abord parce que les procès politiques sont toujours vus d’un mauvais œil par le peuple, ensuite parce que les fins de la justice ne seraient pas atteintes. En "e : mment obtenir un juré impartial? Choisir les juréS Parmi les canadiens, c'était assurer d'avance l'impunité aux accusés ; d’un autre côté les loyaux ne manqueraient pas de les condamner, et si les jurés étaient pris dans les deux partis, ils ne pourraient jamais s'entendre.

On s'attendait donc à une amnistie, sinon générale

du moins partielle, mais il fallait choisir, et loru Durham voulait que les prisonniers les plus compromis en fissent la demande ; en conséquence, un confident, M. Simpson leur fut envoyé, et il en emporta une lettre signée par huit des principaux détenus (*) qui se déclaraient coupables et s'en remettaient pour leur sort à la discrétion et à la clémence du gouverneur.

Quand il fut en possession de cette lettre, il fit passer par son conseil spécial une ordonnance pour pourvoir à lasécurité du pays. Par cette ordonnance, il condamnait à la déportation aux Bermudes (f) les huit signataires de la lettre, et déclarait hors la loi, et bannis de leur patrie, quatorze autres chefs rebelles qui avaient cherché refuge aux Etats-Unis, parmi lesquels se trouvaient M. Papineau, le Révérend M. Chartier, M. George-Etienne Cartier, et M. Duverpay, propriétaire de la Minerve.

Par cette même ordonnance, il proclamait une amnistie générale pour tous les autres prisonniers, à l'exception de ceux qui'étaient accusés d’avoir tué

(*) MM. R. S. M. Bouchette, Wilfred Nelson, N. Des- Rivières, L. H. Masson, H. A. Gauvin, S. Marcheuseau, J, H. Goddu et B. Viger….

(D) Les Bermudes#®# ent pas une colonie pénale mais seulement un simple lieu de détention. Les huit condamnés à la déportation y furent transportés dans le steamer Vestale,

Par les soins du gouverneur, ils furent pourvus de toutes les délicatesses de la table, et arrivés aux Bermudes, ‘ils furent laissés libres, après avoir donné leur parole d'honneur au commandant militaire qu’ils ne laisseraient

pas la place sans un ordre spécial.

le lieutenant Weir, de ceux qui avaient favorisé l'évasion de la prison de Montréal de Louis Lussier, et enfin des prisonniers accusés d’avoir tué un nommé Chartrand à l’Acadie, au commencement des troubles.

Certainement cette ordonnance était sage et humaine ; mais malheureusement elle violait les lois gardiennes des libertés et protectrices de l'accusé, en condamnant à la déportatign des sujets anglais, et en mettant quatorze autres rs la loi, sans aucune forme de procès. Aussi, si l’amnistie fut bien accueillie en Canada, elle fut vivement blâmée en Angleterre, parce que, comme le disait Lord Brougham, le comte Durham s'était arrogé un pouvoir que la Souveraine même n'oserait pas s’arroger.

En conséquence de cet édit, la prison de Montréal fut presque complètement vidée, et les huit condamnés à la déportation furent conduits à Québec, d’où ils s’embarquèrent pour les Bermudes sur le steamer Vestale.

Pendant ce temps-là, la conduite de Lord Durham continuait à être vivement critiquée par la presse

“anglaise. Outre l’amnistie, on lui reprochait encore son entourage, et particulièrement la nomination de M. Turton et celle de M. Wakefñield, comme attachés à la commission royale ; la femme du premier avait obtenu contre lui un jugement de divorce pour adultère, et le second avait été condamné. pour séduction. Mais ce n'était rien comparativement à son ordonnance où, comme l’appelait un membre de la chambre des communes, son ukase russe bannissait au fond de la Sibérie quelques malheureux

qui avaient déplu à leur maître. Cette ordonnance fut désavouée par les deux chambres.

Lorsque lord Durham apprit ce désaveu il était en conférence avec les gouverneurs et des députés des provinces maritimes ; de suite il se hâta de ma- .… hifester la honte qu’il en ressentait en disant qu'il allait laisser les rênes du gouvernement, et partir aussitôt que possible fur aller défendre sa cause en Angleterre.

Parmi les événements qui attirèrent l'attention du public, on doit mentionner le procès de Nicolas Danais et des deux frères Pinsonnault qui eut lieu à Montréal aux assises criminelles de septembre 1838. Ils étaient accusés du meurtre de Chartrand, tué le 27 novembre 1837, parce qu'il n'avait pas voulu déclarer où se trouvaient quelques animaux dont les patriotes voulaient s'emparer pour s’en faire des approvisionnements. Les accusés furent acquittés ; il en fut de même du capitaine Jalbert et de deux autres qui avaient été mis en accusation pour avoir tué le lieutenant Weir. |

Lord Durham partit pour l’Angleterre le 13 novembre, et laissa le gouvernement à Sir John Colborne. La population de Québec lui donna des marques non équivoques du profond regret qu’elle éprouvait de son départ.

Il était évident, comme nous l'avons dit, d’après l'activité déployée par les patriotes réfugiés aux Etats-Unis, et d’après leurs rapports constants avec ceux du District de Montréal, qu'un autre mouvement d’insurrection allait avoir lieu. Le long de la

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frontière américaine, depuis le lac Champlain jusqu'au Détroit, les canadiens réfugiés, aidés des Américains qui sympathisaient avec eux, se préparaient à envahir les deux provinces. Le départ de lord Durham sembla être le signal convenu pour le commencement des hostilités.

Les troupes insurgées étaient sous la conduite de Robert Nelson qui, comme nous l'avons dit, avait pris le titre de président de la république canadienne imaginaire, et de général en chef de l’armée patriotique.

Le commencement de l’action eut lieu le 3 novembre, sur le canal Beauharnois ; les rebelles attaquèrent le steamer Henri Brougham, ils étaient environ 400: Ils firent les passagers prisonniers, brisèrent l'engin du vaisseau, de manière à le rendre impropre à la navigation. Ensuite, ils cernèrent la maison seigneuriale de Beauharnois, firent prisonniers M. Ellice et les autres membres de sa famille, s'emparèrent de quelques armes, puis pillèrent la maison.

Le soulèvement devint général dans cette partie du pays. Un anglais nommé Walker, résidant près de Laprairie, fut saisi durant la nuit du 3 au 4 novembre et fut tué, sa famille ne dut son salut qu'en se dérobant aux recherches, et en s'enfuyant à Montréal.

Ensuite, les insurgés brisérent une partie du chemin de fer de Laprairie à St. Jean, pour interrompre la communication par les chars, et arrêtèrent le courrier de la malle de Québec au Bout de l'Isle.

On voyait en même temps un grand nombre d’hommes désarmés se rendant à St. Denis, à St. Charles, à St. Ours où on leur avait dit qu’ils trouveraient des armes et des munitions. En arrivant dans ces paroisses, ils ne trouvèrent ni armes, ni munitions ; en conséquence, désappointés, le plus grand nombre d’entr'eux s’en retourna aux Etats-Unis, d’autres se rendirent à Napierville, pour rejoindre M. Robert Nelson qui avait établi là ses quartiers-généraux, tout près des frontières américaines dont il n'était séparé que par les établissements de la rivière Lacole.

Le dimanche, 4 novembre, une sauvagesse de Caughnawaga qui était à la recherche de sa vache, dans un bois, près du village, aperçut un nombre considérable d'hommes armés cachés dans ce bois, et se disposant à surprendre les sauvages durant la messe. Immédiatement, sans éveiller l’attention des hommes embusqués, elle s’en retourna au village et annonça sa découverte aux sauvages rassemblés dans l’église pour le service divin. Aussitôt ils sortirent de l’église, saisirent les armes qui leur tombèrent sous la main, des mousquets, des haches, des tomahawks, des barres de fer, eic., etc., et poussant leur cri de guerre, ils firent une charge si prompte et si furieuse sur la bande d’hommes armés qu’ils les mirent en fuite ; la confusion fut telle qu'ils firent 64 prisonniers qu’ils amenèrent triomphalement à Montréal dans l'après-midi.

Ce parti de rebelles venait de Chateauguay d'où | il avait été NT par ordre des chefs, afin de CL 'em-

parer des armes, des munitions et des approvisionnements des sauvages ; ces derniers mirent d'autant plus d’ardeur dans l'attaque qu'ils avaient à se venger de l’affront que leur avait fait, l’année précédente, le suisse Girod, en s’emparant de leurs fusils et d’un canon,

Le lendemain, 5 novembre, Sir John Colborne proclama ce nouveau la loi martiale, et convoqua le même conseil spécial qu'il avait nommé avant l’arrivée de lord Durham. Il y eut un nombre considérable d’arrestations, et la prison de Montréal se trouva de nouveau remplie. Parmi les personnes arrêtées se trouvaient MM. D. B. et L. M. Viger, Charles Mondelet, L. H. Lafontaine, Pierre De Boucherville, etc., ete. Les volontaires furent mis sous les armes et le conseil spécial suspendit l’habeas corpus.

Robert Nelson qui se trouvait à Laprairie vit son noyau d'armée grossi d'environ 2,000 petriotes ; il leur promit qu'ils allaient s'emparer des forts St, Jean et Chambly, et il lança une proclamation ou déclaration d'indépendance semblable à celle dont nous avons déjà parlée.

Sir John Colborne envoya des troupes à Napierville, et traversa lui-même à Laprairie le 6 novembre avec une armée composée de plusieurs régiments, de 400 sauvages, et de 500 volontaires, formant en tout à peu près 7,000 hommes, avec huit pièces de campagne.

La sodiiin de Nelson était précaire ;. ses derrières étaient: oceupés par l2 milice, sa retraite interceptée, .»

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et Sir John Colborne s’avança sur lui. Il résolut de retourner à Odelltown, et il entra dans cette place le 9 novembre, à la tête de 800 hommes armés ; mais le lieutenaut-colonel Taylor arriva en même temps que lui et prit le commandement des troupes qui étaient à proximité; il s’ensuivit un combat meurtrier dans lequel les insurgés furent défaits et Nelson gagna la frontière avec ceux qui purent le suivre dans sa fuite. Les troupes anglaises firent plusieurs prisonniers, entr’autres Nicolas, un des meurtriers de Chartrand, et un jeune français nommé . Hendenlang, arrivé récemment dans le pays, et qui avait pris du service dans les rangs des rebelles.

En même temps que disparaissaient de Napierville les patriotes de Nelson, ceux qui étaient en possession de Beauharnois étaient aussi délogés de leur position, et mis e1: déroute par les troupes régulières. Les prisonniers que les insurgés avaient faits à bord du steamer Henry Brougham, et qui avaient reçu une généreuse hospitalité du Révérend M. Quintal, curé de Beauharnois, furent rendus à la liberté. :

Restait un dernier camp de rebelles, sous le commandement de M. Malhiot qui s'était emparé du manoir et des moulins de M. Bruneau, à Montarville, à mi-chemin entre Boucherville et Chambly ; ces rebelles s'étaient zetranchés dans ces édifices. avec l'intention d'opposer aux troupes une résistance . formidable. Mais à l'approche de deux compagnies de réguliers envoyés contre eux, ils abandonnèrent leur poste en laissant trois canons, une quantité.

considérable d'armes et de munitions, et les quelques prisonniers qu’ils avaient faits.

Cette dernière défaite des rebelles mit fin à l’insurrection. Sir John Colborne rentra à Montréal en triomphateur, après avoir promené la torche incendiaire sur son chemin. Il ne fit aucune distinction et brûla sans pitié les propriétés des innocents et des coupables. Il faut dire aussi qu’il fut puissamment secondé, dans cette œuvre de destruction, par les volontaires et par beaucoup d’autres personnes qui, depuis longtemps, étaient en butte aux violences des patriotes, et ne demandaient pas mieux que de s'en venger.

C’est maintenant l’occasion de placer un épisode des plus émouvants et des plus intéressants qui eut lieu en octobre 1838; pour bien le comprendre, quelques explications sont nécessaires :

Dans le même temps où une partie du Bas-Canada était en révolte avec l'autorité anglaise, une partie beaucoup plus considérable du Haut-Canada était aussi en insurrection contre cette même autorité. L'ors'énisation des rebelles haut-canadiens commandés par M. McKinzie, était plus parfaite. Ils s'étaient : déclarés en guerre ouverte contre l'Angleterre, proclamant, eux aussi, la république comme leur gouvernement provisoire. Ils soutinrent plusieurs combats où bien souvent la victoire leur resta, "tant sur terre que sur les lacs.

Les troupes anglaises, plus souvent victorieuses, avaient fait un grand nombre de prisonnier. Parmi

eux se trouvaient deux américains qui, pris d’un

bel enthousiasme pour la cause de la liberté, s'étaient enrôlés dans l’armée républicaine du Haut-Canada, l’un avait nom Dodge et l’autre Theller. Le pre-' mier avait passé promptement au rang de colonel, et l’autre à celui de brig:dier-général. Tous deux avaient été faits prisonniers, après une résistance courageuse, à bord de la goëlette canonnière Ann, sur le lac Ontario ; ils avaient été blessés durant la lutte et transportés à la prison de Toronto.

Accusés de haute-trahison, avec un grand nombre d’autres, une cour martiale les avait condamnés à mort. Après une requête adressée à Sa Majesté, un sursis fut accordé à l'exécution du jugement. Ensuite ils furent trausportés de la prison de Toronto à celles de Kingston et de Montréal, et finalement incarcérés dans la citadelle de Québec.

C’est là qu’ils méditèrent et mûrirent un audacieux plan d'évasion que, avec le concours de quelques amis qu’ils avaient dans la ville, ils réussirent à mettre à exécution, en s'échappant de cette forteresse.

Pour cette narration, nous laissons la parole à Theller lui-même qui a écrit un récit émouvant et piquant de la manière dort fut accompli cette évasion presqu’aussi incroyable qu’elle était dangereuse, et qui, à cette époque, eut un immense retentissement dans le p.ys.

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