‹ Les événements de SyrieChapitre 1 sur 2 · LES · texte numérisé non relu

LES

La question d'Orient vient de se poser violemment devant l'Europe. Déjà, au oommencemcnt de Tannée, de graves symptômes Tavaient (hit pressentir. La demande d'enquête faite par la Russie sur la situation des chrétiens orientaux, la circulaire du prince GorlshakoiT, du 23 avril, avaient agité lopinion; on avait parlé d'alliances, de guerre, puis tout ce bniit était tombé devant lofire faite par la Turquie de se charger elle-même de l'enquête, et Taltention de l'Europe, attirée par les graves événements de l'Italie, s'était peu à peu détournée de l'Orient. Je ne puis m'empécher, en passant, d'exprimer la tristesse que j'éprouvai en voyant la Russie usurper un rôle qui de tout temps a appartenu à la France. Longtemps avant que la Russie fût sortie de l'obscurité, la France combattait, négociait " pour les chrétiens d'Orient; elle était leur protectrice reconnue, la - sentinelle avancée du christianisme, et cela, sans arrière -pensée, \ sans désir plus ou moins déguisé de conquête oy d'annexion. Pour- =■ tant la Russie, la dernière venue en Orient comme en Europe, tend ^ chaque jour à faire accepter son protectorat officieux, sinon ofQciel, et à se substituer à nous dans cette chevaleresque mission. Je la i verrais avec douleur enlever à la France une de ses plus précieuses ^ prérogatives^ Quoi qu'il en soit, les événements sont venus justifier ^ le cri d'alarme jeté par le cabinet de Saint-Pétersbourg : on a appris '' tout à coup des faits inouïs, des massacres horribles. L'Europe, qui avait habitué les chrétiens orientaux à moins de sollicitude, a étépro-

fondement émue : indifférente il y a deux ans aux tueries qui ont dépeuplé la Bosnie, elle n*a pu supporter sans indignation le spe(;tacle des malheurs de la Syrie ; enlraînés par le mouvement de l'opinion et par la généreuse initiative de la France, les gouvernements ont senti la nécessité d'agir ; une intervention armée a été décidée, les troupes françaises sont en marche, tandis que la sympathie privée se traduit par d'abondantes souscriptions. La première émotion passée, et une première satisfaction donnée à Timpalience publique par ces mesures, on s'est préoccupé d'une situation qui permettait de semblables atrocités et qui les ramenait périodiquement : on a senti qu*il ne suffisait pas d*arracher des infortunés au poignard, de leur envoyer de l'argent et du pain, qu'il fallait assurer leur avenir contre de nouvelles attaques ; on a recherché les causes de leurs malheurs, on s'est demandé quel pouvait en être le remède. J'ai fait comme tout le monde, j'ai relu l'histoire, feuilleté mes notes de voyage, recueilli mes souvenirs, et je vais essayer de répondre en quelques pages, trop rapidement écrites, aux questions qui sont dans toutes les bouches.

Depuis deux ans une sourde fermentation régnait dans le Liban. Aux vexations ordinaires que les Druses, secrètement encouragés par les Turcs, faisaient subir aux Maronites, se joignait une nouvelle cause d'agitation. Un vent démocratique avait souillé sur la montagne : non seulement les scheikhs chrétiens avaient chassé le kaîmakam, Beschir-abou-EUameh, chargé par la Porte de les gouverner, mais les paysans eux-mêmes, soulevés contre leurs scheikhs, refusaient de reconnaître leur autorité, et se livraient à des désordres de lout genre. Des émirs avaient été pillés et chassés de leurs châteaux; un maréchal ferrant, chef de l'insurrection, avait pris le titre de bey; Torganisation, qui, jusque-là, avait fait la force de la montagne, était menacée d'une dissolution complète. On a reproché au clergé maronite d'avoir encouragé cette révolte et excité les paysans contre leurs seigneurs, afin de diminuer à son profit leur autorité. Celte accusation est exagérée, et révénement en a fait justice '. le clergé regardait en laissant faire, se croyant appelé à recueillir l'héritage politique des scheikhs dépossédés. Les excitations partaient de plus haut; il est

bien évideal à présent qu'elles venaient du gouvernement turc, qui préludait au massacre par Tintriguc et divisait les populations afin de les écraser plus facilement. Dieu veuille que les agents anglais aient été étrangers à ces machinations, et que, volontairement ou non, ils n'aient pas servi d'instruments au plus infâme des gouvernements contre la plus noble des causes!

Tandis que les Blaronites, cédant à ces coupables instigations, travaillaient ainsi à leur propre ruine, les Druses, objet des complaisances de l'autorité ottomane, serraient leurs rangs et fortifiaient le lien féodal qui les attache aux anciennes familles de leurs émirs, aux Djemblat, auxNakad, auxHamadé Dans ces circonstances, la guerre éclata : mais, dés le premier jour, son issue était facile à prévoir : d*un côté, des populations braves, mais sans armes, sans chefs, sans organisation; de Tautre, des bandes guerrières parfaitement armées, dirigées par des princes habitués à les commander, poussées par le fanatisme religieux et ouvertement soutenues parles agents de Tau torité supérieure'.

Les hostilités commencèrent à la fin de 1859 et se prolongèrent quelque temps sans avantage marqué ni d'un côté ni de l'autre; cette première lutte ne prit pas de grandes proportions : l'intervention deb consuls la fit cesser; tout se borna h quelques coups de fusil tirés, à quelques maisons brûlées autour de Beit-Méri et dans le Meten. La paix ne devait pas être longue ; les assassinats se multipliaient, des bruits sinistres circulaient, Tattitude des musulmans des villes devenait menaçante ; on voyait chaque jour des bandes de Druses venir h Beyrouth et dans les autres échelles s'approvisionner d'armes, dcï munitions; tout annonçait une explosion imminente, terrible. Les consuls agirent auprès de Kourschid-Pacha, qui fit les plus belles pi*omesses; ils s'adressèrent aussi aux chefs druses qui gouvernent lesi districts mixtes, et particulièrement à Saîd-bey Djemblad,à Bechir-bey Abou-Nakad, au scheikh Hamadé: ceux-ci protestèrent de leurs intentions pacifiques et firent dire aux chrétiens qu'ils n'avaient rien à craindre. Cependant des escarmouches avaient lieu aux environs de Deîr-el*Kammar et dans la plaine de Zahleh ; les Maronites se mettaient sur la défensive; Kourschid-Paclia, sousprétexte de s'interposer entre les combattants, sortit de Beyrouth, le 29 mai, avec un millier

* Tous les faits qui suivent sont puisés aux sources los plus nuthentiqufs : j'ai résumé les correspondances particulières et officielles, et des documents inédits qui m'ont été communiqués par des personnes les plus dignes de foi. Pour plus de détails, voyez les intéressantes lettres de M. F. Lenormant dans VAmi de la Hdigion des 20, 27 et 20 juillet ; les lettres que j*ai insérées et analysées dans ce même journal, mnnérosdesiS, ^8, 29 jnillel, C et 19 août : le rapport publié par VVniofi du 22 juiHet.

« LES ÉVÉNEHEUTS de SYRIE,

d'hommes, et vint camper près de Baabdah, à deux heures de la ville, à l'entrée des défilés. L'usage veut, quand le muschir se met en campagne, que les batteries du château saluent son départ. C'était le signal convenu. Au premier coup de canon le feu éclata à Beit-Méri, et bientôt toute la montagne qui domine Beyrouth se couronna d'une ligne de flammes : tous les villages chrétiens du Meten brûlaient. Pris à rimproviste, leurs habitants se défendirent vigoureusement et repoussèrent les Druses jusque dans le Ras-el-Meten, dont ils brûlé-* rent, par représailles, tous les villages ; mais à ce moment le pacha lança ses bachi-bouzouks, qui tombèrent sur les derrières des chrétiens. A cette attaque inattendue, les infortunés perdirent courage et se débandèrent ; alors le massacre et le pillage commencèrent : Druses et bachi-bouzouks rivalisèrent de cruauté et de barbarie; tout le district fut ravagé, rien ne fut épargné, quelques femmes trouvèrent seules un refuge dans la ville de Beyrouth. Aucun renfort ne put être envoyé par les belliqueuses populations du nord; le pacha avait eu soin d'établir son camp sur la route qui joint le Meten au Kesrouan, de telle sorte que toute jonction fût impossible entre les différente$ forces des chrétiens.

Pendant que ceci se passait dans le district mixte qui sépare le territoire druse, situé au sud, du territoire maronite, situé au nord, les scheikhs druses du sud se levaient et prêchaient la guerre sainte, appelant aux armes tout ce qui n'était pas chrétien, sans distinction de races ni de sectes. Abou-Nakad, à la tète de trois mille hommes, se portait sur Deïr-el-Kammar et l'assiégeait en présence de la garnison turque deBeit-ed-din restée impassible, Saîd-Djemblat se jetait sanspro* vocation sur les populations paisibles du district de Djezzin ; d'autres bandes, parties du Haouran, sous le commandement d'Ismaïl-el- Atrasch, attaquaient Hasbeya etRascheya, villages grecs de l'Anti-Liban, restés jusqu'à présent étrangers à toutes les querelles de la montagne.

Abou-Nakad, vigoureusement reçu par les habitants de Deîr-el- Kammar, fut repoussé avec de grandes pertes et leva le siège le 1" juin.

Le district de Djezzin, surpris par Saïd-Bey, fut entièrement ravagé, les couvents pillés et brûlés, les prêtres massacrés, les populations passées au fil de l'épée; une foule éperdue de femmes et d'enfants descendirent en courant les pentes qui mènent vers la mer, espérant trouver un refuge à Saïda. La garde turque de la ville les reçut aux portes sur ses baïonnettes, et les habitants musulmans massacrèrent dans les jardins la plupart des fuyards ; quelques infortunés, sauvés par le vice-consul de France et par un brave médecin français, le docteur Gaillardot, trouvèrent un abri dans le khan de France.

A Hasbeya et à Rascheya, des scènes non moins horribles eurent lieu. Les habitants se préparaient à la défense quand survinrent des

Iroupes régulières iurques. Les chrétiens implorèrent leur assistance. Les officiers* leur promirent de les préserver de toute attaque s'ils consentaient préalablement à déposer les armes. Pleins de confiance dans la parole des représentants du gouvernement, les dirétiens abandonnèrent leurs fusils : aussitôt les officiers les firent cerner par leurs soldats et par les Druses, et les firent massacrer jusqu'au dernier. Il y eut ainsi 1,200 hommes tuésà Hasbeya, 1,500 à Rascheya; parmi eux se trouvaient vingt-deux princes de la famille Schehflb, qui furent mis à mort, quoique musulmans, à cause de leur dévouement bien connu pour la France. Un major d'infanterie turque commandait à Rascheya ; à Hasbeya c'était un lieutenant-colonel, nommé Osman-Bey.

Uite fois débarrassés des chrétiens dans le sud, les Druses rassemblèrent leurs forces et se portèrent vers le nord, sur Zahleh, grande ville située sur le revers oriental du Liban, à l'entrée de la province chrétienne du Kesrouan. Zahleh est renommée pour sa forte position, pour le courage de ses habitants ; aussi le siège fut-il différé jusqu'au 16 juin, afin de laisser le temps d'arriver aux Méloualis de la Békaa, aux Anezés du désert ; toutes ces hordes, appelées à la curée, vinrent prendre position autour de la malheureuse ville ; on vit même parmi elles des troupes turques accourues de Damas et de Saint-Jean d'Acre par des chemins détournés. Les consuls profitèrent de cet intervalle pour faire une nouvell^démarche auprès de Kourschid ; celui-ci donna les assurances les plus formelles et chargea un officier, Noury-Bey, de marcher au secours de Zahleh avec 200 hommes et du canon. Le consul de France se laissa endormir par ces belles paroles et fit dire à Yousef-Karram, qui arrivait du Kesrouan à la tète d'une troupe d'élite, de suspendre sa marche. Comme on pouvait s'y attendre, Noury-Bey prit ses mesures pour arriver quand tout était fini ; on dit même qu'il prêta son artillerie aux assiégeants. Zahleh succomba après avoir repoussé deux assauts : tous les journaux ont rapporté les horreurs dont elle fut le théâtre, le massacre du P. Billottet, l'insulte faite au drapeau de la France ; je n'ai pas le courage de raconter de nouveau ces horribles détails.

Restait encore Deïr-el-Kamrpar ; pour s'en rendre maître on eut recours à la ruse. Le muschir envoya Taher-Pacha avec 800 hommes et deux obusiers occuper la ville et promettre aide et assistance à ses habitants. Celui-ci, sous prétexte de se charger seul de la défense, désorganisa complètement les chrétiens, les empêcha de se réunir et de se fortifier, et permit aux Druses d'entrer par petites troupes. Quand son œuvre fut achevée, il retourna à Beyrouth, non sans s'être fait donner par les Maronites une forte somme d'argent, comme prix de sa protection Après son départ, les Drusos continuèrent à pénétrer

8 UBS ÊVÉNEIENTS DE SYRIE.

dans la YHIè' îsdément saos^ opposition de la part des troupes turques; puis tout à coup, le i 9 juin, au son de la trompette, tous les soldats rentrèrent dans leur caséine et s'y renfermèrent; les Druses, qui attendaient ce signal, se précipitèrent sur les habitants sans défense et les massacrèrent; les soldaû turcs ne lardèrent pas alors à rouvrir leurs portes et à prendre leur part du pillage.

Tel fut le premier acte de ce drame sanglant. Depuis Saîda jusqu'au Nabr-Beyrouth il ne restait plus un cbrëtien ; les débris de la population de ces provinces étaient entassés à Beyrouth et à Saîda, où ils vivaient des distributions faîtes par nos missionnaires, par nos sœurs de charité, par les ofBciers de notre escadre ; les autres étaient dans les montagnes du Kesrouan, où Yousef Karram, solidement retranché, entouré d'hommes dévoués et approvisionné par les vaisseaux français, pouvait délier toute attaque. Kourschid fit signer une paix dérisoire aux deux kaïmakam, dont Tun, le kaîmakam maronite, n'avait aucun caractère pour traiter, puisque depuis deux ans, ainsi que nous l'avons vu plus haut, il avait été chassé par ses administrés.

Le second acte fut encore plus horrible. A la nouvelle des événements du Liban, et comme à un signal donné, les musulmans se levèrent de toutes parts contre les chrétiens. Dans les villes de la côte, à Jénisalein, la crainte des vaisseaux européens ou le dévouement particulier do quelques fonctionnaires empêcha refTusion du sang. Mais à Damas et dans tout le pays environnant le massacre fut complet : sans le courage d'Abd-el-Kader, la population chrétienne de la ville aurait péri tout entière ; on n'aurait sauvé ni les sœurs ni les consuls. Le gouverneur turc, Achmet J^acha „ suivit l'exemple de Kourschid et de Taher : non-seulement il n'empêcha pas le meurtre et le pillage, mais il laissa ses soldats y prendre part.

De là le mouvement aura sans doute gagné le nord de la Syrie; nous sommes sans nouvelles d'Alep, de Mossoul ; à l'heure où nous écrivons, de grands malheurs sont peut-être déjà arrivés.

Devant ce déchaînement universel du fanatisme musulman, la querelle des Druses et des Maronites perd de son importance première, car elle n'apparatt plus que comme un incident local au milieu de la grande lutte de l'islamisme contre la civilisation chrétienne. Pourtant c'est au Liban qu'il nous faut revenir, car là est le point de départ du mal, et c'est là que le remède devra être appliqué tout d'abord.

Le caractère des derniers événements, tel qu'il résulte du simple exposé des faits, est celui d une vaste conspiration ourdie par les soins des autorités ottomanes. Les Druses n'ont été dans leurs mains qu'un instrument pour arriver à la destruction des chrétiens.

La Porte, il est vrai, appuyée par l'Angleterre, a demandé à se

LBS ÉYiNENBNTS SE STRIE. 9

charger de Ja répression et a aossitôt envoyé en SyricFmd-Paeha, ministre des aflaires étrangères, avec les ordres les plus rigoureux» Son but est facile à saisir : après avoir écrasé les Maronites par les Druses, elle ne sera pas fâchée d*écraser les Druses à leur tour, même en désavouant ses agents. Le calcul est fort simple : se donner le plaisir de massacrer quelques milliers de chrétiens, ruiner du même coup l'indépendance du Liban et mériter les louanges de TEurope, le tout moyennant quelques tètes de pachas qu'on méprise et quelque^ centaines de Druses qu'on déteste 1 Quelle bonne fortune ! On sert ses intérêts, on assouvit ses passions brutales, et on se fait décerner par les badauds de l'Europe un brevet de vertu et de civilisation !

La France, heureusement, n*est plus la dupe de ces infâmes calculs ; elle comprend autrement la répression des crimes du Liban et connaît les nécessités de Tavenir. Elle s est donné une mission qu'elle ne laissera pas détourner de son but ; les fautes du passé sont un précieux enseignement pour le présent; il suffît d'un coup d'œil en arrière pour connaître aujourd'hui la véritable voie.

La question de Syrie est déjà ancienne : quoique pendante depuis plusieurs siècles, elle n'a pas ciiangé de nature et sa physionomie s'est peu modifiée. La conduite de la France n'a jamais varié; sa politique, dans cette question, est nationale, parce qu'elle est traditionncdie, comme toute politique digne d*une grande nation.

Sous tous les gouvernements qui ont dirigé notre pays, l'ancien régime comme la monarchie de 1830, la Convention aussi bien que la Restauration, l'intervention de la France en Syrie et dans le Liban a eu pour but la protection désintéressée des nationalités chrétiennes. C'est le seul rôle conforme aux sentiments chevalci*esques et dirétiens de la nation, à ses intérêts bien compris.

Les Maronites, entre lous les chrétiens d'Asie, ont été l'objet d'une protection spéciale. Une antique tradition les rattache à la France : ils combattirent, pendant les croisades, à côté de ses chevaliers*; ils disent avoir envoyé à saint Louis, un corps de vingt-cinq mille hommes, et avoir reçu , à cette occasion , du roi de France une

* Raymond d'Agiles. — Guillaume de Tyr.

10 LES ÉVÉNËNEIiTS DE SYRIE.

lettre dont le patriarche actuel se dit encore possesseur % et qui contiendrait les passages suivants :

« Louis, roi de France, au prince des Maronites du inont Liban, etc.. — Notre cœur s*est rempli de joie lorsque nous avons vu voire fils Simon, à la tête de vingt-cinq mille hommes, venir nous trouver de votre part poumons apporter Texpression de vos sentiments et nous offrir des dons, outre les beaux chevaux que vous nous avez envoyés... Nous sommes persuadé que cette nation, que nous trouvons établie sous le nom de saint Maroun, est une partie de la nation française, car son amitié pour les Français ressemble à Tamitié queles Français se portent entre eux. En conséquence, il est juste que vous et tous les Maronites jouissiez de la protection dont les Français Jouissent près de nous, et que vous soyez admis dans les emplois, comme ils le sont eux-mêmes...

... « Quant à nous et à tous ceux qui nous succéderont sur le (rône de France, nous promettons de vous donner, à vous et à voire peuple, protection comme aux Français eux-mêmes, et de faire constamment ce qui sera nécessaire pour votre bonheur. — Donné à Saint-Jean d*Acre, le 21* jour de mai 1250, et de notre règne la 24* année. »

Les Maronites prétendent aussi avoir recueilli et s'être assimilé les restes des armées croisées. Il est fort probable, en effet, qu'après la chute de Saint4ean d^Acre et la destruction définitive du royaume de Jérusalem, les montagnes du Liban, habitées par une population catholique et indépendante, offrirent un refuge aux débris de la chrétienté.

Les rois de France, François I" et Henri IV, protégèrent les chrétiens de Syrie et firent mention de leurs privilèges dans les capitulations qu'ils obtinrent de la Porte. Richelieu et Mazarin conservèrent les mêmes traditions. Louis XIY et Louis XV, loin d*abandonner leur droit, l'appuyèrent par de sérieuses négociations. Les Maix)nites possèdent une série de pièces diplomatiques qui établissent les prérogatives de la France, et montrent le soin que nos anciens rois ont mis à les maintenir *.

La première est ainsi conçue; elle est du 28 avril 1649 :

« Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes liront, salut. Savoir faisons que, par Tavis de la reine régente, notre très-honorée dame et mère, ayant pris et mis, comme présentement Nous prenons et mettons par ces présentes, signées de notre main, sous notre protection et spéciale sauvegarde, le révérendissime patriarche, et tous les chrétiens maronites, ecclésiastiques et séculiers, lesquels habi-

• Les Maronites (Taprés le manmcrit du H. P. AxAr, Cambrai, 1852, p. 50.

• Les Maronites, elc. Pièces juslificatives. — La Koque, Voyage au mont Liban. Pièces j ustificalives.

Les EVENEMENTS DE SYRIE. il

teiU parliGulièremeiit le inonl Liban, Nous voulons qu*ils en ressentent [effet en toute occurrence, et, à cette fui, Nous mandons à notre amé et féal le sieur de la Hayerentelay, conseiller en nos conseils et notre ambassadeur dans le Levant, et à tous ceux qui lui succéderont dans celte charge, de les assister, conjointement ou séparément, de leurs soins, offices, instances et protection, tant à la Porte de notre très-cher et parfait ami le Grand Seigneur, que partout ailleurs où besoin sera ; en sorte qu'il ne leur soit fait aucun mauvais traitement, mais au contraire qu'ils puissent librement continuer leurs exercices et fonctions spirituelles. De plus, nous ordonnons à tous les consuls et vice-consuls de la nation française, établis dans les porls et échelles du Levant, ou tous autres arborant la bannière de France, maintenant et à Tavenir, de favoriser par tous les moyens en leur pouvoir ledit sieur patriarche et tous les chrétiens maronites dudit mont Liban, et d'embarquer sur les vaisseaux français ou autres tous jeunes hommes et tous autres Maronites chrétiens qui désireront passer en chrétienté, soit pour leurs études ou pour quelque autre affaire, sans rien prendre ni exiger d*eux que les nolis qu'ils leur pourront donner : les traitant avec toute la bonté et charité possible. Prions et sollicitons les très-illustres et magnifiques seigneurs, hachas et officiers de Sa Hautesse, d'aider et assister le sieur archevêque de Tripoli et tous les prélals maronites et les chrétiens, offrant de notre part de faire le semblable pour tous ceux qui nous seront recommandés de la leur.

f Donné à Saint-Germain-en-Laye, le 28* jour d'avril, en ïbïi de grâce 1 649, et de notre règne le 6\

« Signé : Louis.

ff La reine régente, sa mère, étant présente.

9 Loctissigilli. DeLoménie. »

Deux autres, du 3 juillet 1697, sont relatives à la nomination et à rinslallation d'un émir maronite, de la famille Khazen, comme consul de France à Beyrouth.

Celles du 10 août 1701 nous montrent le roi intervenant auprès de la Porte pour faire cesser les vexations dont le patriarche était l'objet; on y lit ce passage important, adressé à M. de Fériol, ambassadeur de France à Constantinople :

... a Le patriarche Estienne m'a très-humblement supplié de vous donner les ordres nécessaires pour l'aider en tout ce qui dépendra de vous à obtenir du Grand Seigneur un commandement pour rétablir son pays sur le pied où il était autrefois, de ne dépendre que du hacha de Damas, et de dameurer sous ma protection, avec défense au bâcha de Tripoli de se mesler dorénavant du pays des Maronites, ny du revenu du monastère de Canobin. Sur quoi je vous écris cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous écoutiez ce que le sieur Coury Élie, secrétaire de ce patriarche, vous dira ; que vous examiniez avec lui ce qui se pourra faire et que vous le secondiez en toute occasion de vos soins et bons offices pour obtenir do

la Porte totit te. qac vous croirez de juste et de raisonnable dans les demandes €(u*il fera : en sorte que la religion catholique puisse, autant qu'il se pourra, ressentir les eRets de ma protection. — Écrit à llarly, le 10 août

c Signé : Louis.

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