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La noblesse de Toulouse, à son tour, dans un mémoire (1) publié en 1789, reprenait pour son propre compte les attaques passionnées du capitoul Senovert. Elle se plaignait que le Clergé du premier ordre entrât seul aux Assemblées à l'exclusion des simples prêtres, qu'il y accaparât toute l’administration et que s’entourant de mysières, dans les commissions, il eût toujours veillé à la laisser complètement ignorer du peuple : « Ge sont des évêques, disait-elle, qui « règlent, à leur gré, les charges publiques dont ils ne por- « tent pas le fardeau » — « Ce chemin, écrivait un auteur « anonyme (2), ce pont ordonné par un Evêque dans son « diocèse, construit, réparé à des frais excessifs, n'est-il « pas plus souvent battu par l'équipage et le fracas des six « chevaux du prélat qu'il n’est frayé par le misérable attelage du paysan agriculteur ? » Un autre, plus violent sinon plus injuste encore, lançait la diatribe suivante : « Vous « ne cesserez point de trembler prosterné devant vos évé- « ques, devant des hommes que la nature vous à donnés « pour frères, que la religion vous a consacrés pour vos « pères et qui n'ont abandonné ces droits vraiment divins « que pour usurper un insupportable empire ! Vous serez « non des hommes, non des citoyens, mais les esclaves « d’un Archevêque de Narbonne ! Des Evêques vous comp- « teront par diocèses comme de vils troupeaux qui lui « appartiennent; et dans votre indigence et votre abjection, « ces hommes, les maîtres absolus du profane et du sacré, « abusant de tous deux nous offriront pour vous insulter le « spectacle de leurs vices. — Verra-t-on longtemps encore
(1) Mémoire de la noblesse des diocèses de Toulouse sur le droit qu’on les trois ordres de former les Etats du Languedoc,1789. — Biblioth. ville Montpellier.
(2) Réflexions sur l’administration des Etats du Languedoc, 1788. — Biblioth. ville Montpeilier.
A « le Tiers-Etat n’apporter dans son Assemblée Nationale que « le lâche silence de la servitude »°?
Ces critiques extrêmement violentes, bien proches de l'injustice, sont certainement erronées à plusieurs points de vue; mais elles confirment la vérité de notre observation : L'administration générale, eu Languedoe, résidait entre les mains du Clergé du premier ordre. Fut-elle bienfaisante ou plutôt nuisible ? Ce serait un autre sujet fort intéressant. Nous croyons q'''elle à été plutôt bienfaisante que nuisible, et que, gràce à Pintelligence et à la vigueur de l'Episcopat, notre province a subi moins d'oppressions de la part du Pouvoir Central que les autres pays d'Etats de la France.— Toutefois, ce qui est certain, c’est que l'Ancien Régime avait fait son temps, à la fin du xvrie siécle. Il était devenu insupportable et même odieux, et comme l'Evèque v prenait une place prépondérante c'était lui surtout, — non pas le prêtre, mais l'homme féodal, — qui subissait le complet discrédit qui atteignait les anciennes institutions de notre pays. La religion, malgré tant d'attaques, n’était point destinée à la ruine, dans l'esprit des pamphlétaires ; ils n'en voulaient qu'à ses représentants dont le Caractère laïque avait rabaissé, disaient-ils, le caractère religieux. Ceux que la pression n’'aveuglait pas avouaient qu’autrefois l'Episco: pat avait mérité de posséder la direction des affaires, puisqu'il formait le corps le plus éclairé, et que, le mot de Clergé étant devenu synonyme de celui de science, il était juste et naturel que la science jugeàt l'ignorance. Il leur paraissait que l'influence des Evôêques dans les choses civiles et politiques avait été un grand bonheur pour l'humanité, comme l'ont remarqué plusieurs savants historiens. Mais ils observaient que la diffusion des lumières, accomplie par l'Eghse elle-même, avait établi d'abord unéquilibre entre le monde laïque etle monde ecclésiastique ; puis, avec le temps, avait