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vérifiait la perception des impôts encaissés par les receveurs et procédait à la clôture de tous les comptes. Il s’intéressait aussi, selon les besoins, aux progrès de Part agricole : « Mgr l’Evêque a dit que les Etats derniers ont délibéré de permettre aux diocèses qui le Jugeraient à propos d'établir des pépinières de müriers pour être distribuées gratuitement aux particuliers... Comme il importe d'aller en avant, il a pris des mesures pour faire louer à Saint-Chinian un grand jardin qui est enclos de murs où on pourra semer la graine. Mgr l'Evêque a ajouté qu'il a choisi le lieu de Saint-Chinian parce que cela sera sous ses veux, qu'il sera en état d’y veiller» (1). L’Evêque était beaucoup aidé par le syndic qui ne faisait rien sans son ordre. Ce fonctionnaire était en quelque sorte le pouvoir exécutif de l’assielte. Cest lui qui en faisait exécuter les délibérations, transmettait à qui de droit les sommes que le receveur en exercice fournissait sur le mandat de l'évéque. Il représentait celui-ci dans différentes affaires d'ordre judiciaire et présentait les requêtes aux tribunaux et au conseil du roi. Il fournissait aux syndics généraux les renseignements nécessaires sur toutes sortes d'objets. L’on peut dire que son activité s'étendait à toutes les branches de lPadministration; 1l la dépensait au nom de l’évêque dont il dépendait. Une foule de libelles qui annoncent la Révolution atlaquaient avec passion l'influence envahissante de ce fonctionnaire épiscopal qu'ils appelaient «l'âme et l'organe » (2) de l’assiette. IIS lui reprochaient de se vouer aveuglément au service de l’évêque, comme le faisaient les syndics généraux à l’égard de l'archevêque de Narbonne, président des Etats, et de pratiquer l'art de la flatterie pour s'assurer son élection,
(1) Arch. dép. Assiettes de Saint-Pons, 1749. (2) De l'Adm. dioc. en Lang. 1789. — Bib. ville Montpellier.
Ce qui est sûr c’est que rien ne se faisait, dans l’administration diocésaine, sans le syndic et que lui-même ne faisait rien en dehors du contrôle de son évêque. Pendant l’année, les affaires s'expédiaient, au nom de l'assiette par un bureau qui se composait de l’évêque, d’un baron, de l’officier de justice, du maire etdes consuls de la ville capitale. Or, il faut noter, que l'assiette, avant de se séparer avait soin de confirmer l’omnipotence de l’évêque par cette formule consacrée : « À été délibéré que s’il arrivait aucune affaire pendant le cours de l'année, Monseigneur est très humblement supplié de nommer telle personne qu'il lui plaira pour en faire les poursuites. » On conçoit bien de quelle force l'évêque disposait dans l'administration générale. Sans doute, il rendait compte chaque année de ses opérations devant l'assemblée qu’il présidait; mais c'était avec l'assurance de n'être point contredit. Et, en effet, l’on ne voit pas dans les procès-verbaux du xvirie siècle qu'il l'ait jamais été.
L’Evêque était le défenseur naturel de ses diocésains soit aux Etats, soit à la Cour. En 1748, la province du Languedoc avait permis au diocèse de Lodève un emprunt de 12000 liv. pour la construction d’un pont, somme insuffisante. « Heureusement, dit le procès-verbal de lassiette », notre président (Mgr de Souillac) toujours attentif au bien « de son diocèse a pris la peine de solliciter vivement les Etats de nous faire accorder quelque chose... Les représentations de ce digne prélat ont opéré ce que le diocèse pouvait désirer de plus favorable » (1).
En 1755, le syndic du même prélal «a représenté que la « rigueur de l'hiver dernier et les gelées ont fait mourir les oliviers, le bléet la vigne... qu'il serait nécessaire de sup-
(1) Arch. dép. Proc. verb. des assiettes de Lodève, 1759,
plier Monseigneur l’Evêque de s'interposer auprès de Monseigneur l’Archevêque de Narbonne et MM. les députés à la Cour pour les prier de nous faire part de leur crédit pour obtenir de la charité du Roi une indemnité dans le cahier des doléances, comme aussi de supplier mondit Seigneur l'Evêque de s'intéresser auprès de M. Trudaine, ministre d'Etat, pour le prier de nous accorder sa protection224% *(E)
Ainsi aux assiettes comme aux Etats, le Clergé du premier ordre se trouvait à la tête du mouvement administratif et entretenait des relations suivies avec le gouvernement ou avec ceux qui le représentaient. Et parce que l’administration en Languedoc se personnifiait dans les deux Assemblées des Etats et de l'assiette il est juste de conclure qu'elle se trouvait toute entière entre ies mains de l’Episcopat. Cette situation souleva, vers 1789, les plus violentes critiques. Les amis et les défenseurs ne manquaient pas, sans doute, aux Evêques du Languedoc, mais les ennemis de leur autorité et de leurs privilèges lancèrent Contre eux les factums les plus passionnés.
A l'ouverture des Etats de cette province qui furent les derniers, un capitoul de Toulouse nommé Senovert (2). déplorait l'impuissance des barons et en particulier celle du Tiers-Etat qu’il représentait «foulé, dédaigné », mais décidé à saisir un pouvoir que ses vertus et ses lumières lui méritaient. L'orateur ne parlait pas de détruire les institutions de la province, mais il réclamait une diminution de la puissance administrative des Evêques au profit des gens du troisième ordre.
(1) Proc. verb. des assiettes de Lodève, 1759. (2) « Discours prononcé par Senovert, capitoul de Toulouse, à l’ouverture des Etats du Languedoc,3 nov 1788.— Biblioth. ville de Montpellier.