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RAIMOND III DE MAZAN

A la mort de Pierre de Rostagni, Raimond de Mazan réunit sur sa tête la presque unanimité des suffrages, le 10 février 1280 (i). Il était alors simple chanoine de la cathédrale de St-Sifirein, et prieur de Caromb, mais il avait déjà rempli dans T Eglise des fonctions qui peuvent nous donner, à six siècles de distance, une juste idée de sa valeur et de ses mérites. Le pape Clément IV, non content de le nommer son chapelain, voulut Thonorer encore d'une marque plus particulière de sa bienveillance et de son estime. Il lui confia une mission fort délicate auprès du roi de Castillc, avec le titre de nonce apostolique. Sa mission terminée, il vint reprendre sa place

(i) Ponlij. Carpent. — Gallia Chrisliana.

dans le chapitre, pour monter bientôt sur le siège épiscopal.

Néanmoins, malgré la distinction de sa famille, qui occupait un rang considérable dans le pays^ malgré la haute réputation de sainteté qui déjà s'attachait à sa personne^ son élection fut très vivement combattue par un de ses confrères. Nous avons hâte de dire que Tarchevêque d'Arles, Bernard de Languisel, en sa qualité de métropolitain, s'empressa de la confirmer dans les termes les plus élogieux. Il voulut le sacrer lui-même dans Téglise de Salon, le 28 février 1280, entouré des évoques de Marseille, de Toulon et d'Orange.

Un des premiers devoirs du nouveau prélat fut de prêter hommage au pape pour les droits seigneuriaux qu'il avait sur la ville de Carpentras et les autres fiefs de la mense épiscopale. Il crut bien devoir soulever quelques difficultés à ce sujet à Guillaume de Villaret, tant il était jaloux de conserver à ses successeurs les droits dont il n'était que le dépositaire; mais il se soumit bien vite, à l'exemple de ses prédécesseurs, et prêta hommage le 17 septembre 1280, dans l'église de l'hôpital de St-Jean, à Cavaillon, devant le représentant du St-Siège.

Un grand événement religieux, l'invention des reliques de sainte Madeleine à St-Maximin. vint marquer l'année 1279. Depuis de longs siècles, déjà, l'illustre pénitente de la Ste-Baume dormait ignorée dans une crypte souterraine, où nos pères avaient caché ses précieuses reliques, pour les soustraire aux terribles invasions des Sarrazins, qui ont tant de fois bouleversé la Provence. De grandes fêtes religieuses eurent lieu Tannée suivante à l'occasion de la translation solennelle des précieuses reliques, et des foules immenses accoururent de tous les

poinis du pays pour y prendre part. Charles d'Anjou, prince de Salernes, fils de Charles \", roi de Sicile et comte Provence^ convoqua de nombreux prélats pour en rehausser l'éclat. Au milieu de ce noble cortège, nous aimons à retrouver Raimond de Mazan, le nouveau pasteur du diocèse de Carpentras (i).

L'éclat de ces fêtes, le renouveau de ferveur qu'elles amenèrent dans nos populations croyantes, inspirèrent à l'évéque Raimond la pensée de rajeunir le culte, tant de fois séculaire, de saint Siflfrein, dont nous avons déjà raconté la vie et dont le souvenir est resté si populaire parmi nous. Il fit commencer aussitôt une magnifique châsse en argent, où il déposa solennellement ses reliques, le 28 octobre i285, et fixa désormais au troisième dimanche après Pâques la fête de la translation célébrée jusque-là au mois de juillet de chaque année.

On dressa procès- verbal de cette nouvelle translafion, et on déposa dans la châsse les deux vers suivants pour attester l'identité du précieux dépôt qu'elle renfermait :

Hîc sunt translata sancti nunc ossa beata Siffredi ; vere verbis bis firmiter heere.

L'année 1282 fut une année de troubles pour notre ville.

Nous avons vu déjà comment, sous l'impulsion de nos évêques, nos communes purent s'affranchir de la tutelle des seigneurs féodaux. Tous les chefs de famille, à des époques fixes, se réunissaient dans la cathédrale-, ils y traitaient des affaires publiques et choisissaient

(i) Paillon. Monuments sur l'apostolat de Sainte Marie Madeleine en Pro'^ vence-, tom. I; pag. 906.

des délégués qui^ sous le nom de syndics ou de consuls, étaient chargés de veiller aux intérêts communs. Rien d'étonnant qu'à Torigine, nos ancêtres, surpris par la pratique toujours périlleuse de la liberté, ne soient tombés dans des excès regrettables, alors que, de nos jours encore, c'est au nom de liberté que s'établissent toutes les tyrannies.

Les syndics de la ville s'arrogèrent donc le droit, en dehors de la sanction souveraine du seigneur temporel, de lever de nouvelles tailles sur les habitants L'évêque se hâta de protester^ et les syndics se retirèrent dans la chapelle de St-Georges, à Aubignan, en dehors du diocèse de Carpentras, pour y délibérer plus librement. L'évêque se vit dans l'obligation de sévir et lança contre eux l'excommunication. Les syndics en appelèrent à l'archevêque d'Arles et au Souverain-Pontife lui-même de la sentence de l'évêque. Le pape commit alors Bérenger Cavalleri^ docteur-ès-droits^ pour régler amiablement cette importante affaire. Celui-ci^ après de longues et minutieuses informations, confirma la sentence épiscopale. Les syndics se soumirent et la paix ne tarda pas à renaître dans la ville.

Au milieu de toutes les difficultés qu'il eut à surmonter^ Raimond de Mazan ne perdit pas de vue le projet séculaire de ses prédécesseurs, et fut assez heureux pour réunir à son tour au domaine épiscopal de nouvelles portions du fief de Venasque. Nous savons déjà la prédilection toute particulière de nos évêques pour cette seigneurie, si modeste en apparence^ mais à laquelle l'église de Carpentras tenait par des liens si étroits.

Raimond de Mazan perdit en mars 1282 le prévôt de son chapitre. Il fut inhumé dans le cloître, et on

plaça sur sa tombe l'inscription suivante, qui nous a été conservée par le chanoine Farel^ mais dont les doctes auteurs de la Monographie ont dû rétablir le texte primitif :

QVI JACET HAC TVMBA, SIMPLEX VELVT IPSA COLVMBA,

NOMINE RAIMVNDVS, FVIT OMNI CRIMINE MVNDVS ;

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