‹ Les évêques de CarpentrasChapitre 15 sur 49 · PAVPERIBVS CHRIST! PER TE PR^POSITVS ISTI · texte numérisé non relu

PAVPERIBVS CHRIST! PER TE PR^POSITVS ISTI

DONA LIBENS TRIBVIT PLVRIMA CVM DECVIT,

REDDE SIBI MVNVS ERGO QVI TRINVS ET VNVS

REGNAS IN CELIS, HVNC DEMONIS ERIPE TELIS.

ANNIS MILLFNIS CENTViM BIS OCTVAGENIS

JViNGE DVOS ISTIS, RAPVIT MORS HVNC CITO TRISTIS

CRISPINI FESTO, DEVS ISTI PROXIMVS ESTO.

Le 19 septembre, 1287, l'évèque Raimond, pour se conformer à l'usage, alla prêter hommage entre les mains d'Henri de Giberiis, nouveau recteur du Comtat, dans le château de Pernes.

Le 3o mars suivant, il assista au concile provincial tenu à risle, sous la présidence de Rostaing, archevêque d'Arles.

Le 10 mars, 1289, il se fit à son tour prêter hommage par les habitants de Carpentras, et le 11 octobre de la même année^ il eut la consolation de voir se réunir en concile, sous les voûtes de sa cathédrale, les évêques de la contrée.

Toujours prêt à réprimer les abus, il fit faire vers la même époque des publications à son de trompe dans tous les carrefours de la ville, pour défendre, sous peine d'excommunication, le prêt à usure, dont l'usage commençait à se répandre.

Il tomba malade dans les premiers jours de l'année 1294 et mourut peu après.

Armes ; de gueules à l'aigle au vol abaissé, d'or, couronnée de même, ijiembrée et becquée d'a-ur.

BERENGER FORNERI

Tous les historiens, à Texception de Fornery, s'accordent à dire que le successeur de Raimond de Mazan, sur le siège épiscopal, fut Bérenger de Mazan, son parent. Barjavel partage le sentiment de ce dernier auteur^ le plus sérieux qui ait écrit sur notre histoire, et le rattache à la famille Forneri, qui tenait déjà, dans le XlIP siècle, un rang considérable dans notre ville.

Bérenger Forneri, chanoine de Carpentras, d'après Farel^ était prieur de Mazan lorsqu'il fut élevé à Tépiscopat. C'est cette circonstance, sans doute, qui Va fait confondre avec la famille de son prédécesseur.

11 reçut la consécration épiscopale, le 25 juin 1294, dans la cathédrale, au milieu d'un concours immense de fidèles.

Un des premiers soins du nouveau prélat fut d'assurer pour l'avenir l'entretien des ornements qui servaient à Texercice du culte dans là cathédraley et de jeter les bases d'une bibliothèque que ses successeurs se firent honneur de patronner après lui. Il fit, à cet effets de concert avec Pierre, prévôt de son chapitre, une ordonnance par laquelle tous les revenus attachés aux dignités et bénéfices de la cathédrale seraient désormais réservés, pendant leur v^acance, pour être employés en achats de livres et d'ornements.

Le 4 janvier, 1295, il passa avec Isnard de Mormoiron et Pierre Raybaudi, co-seigneurs du lieu de Villes, une transaction réglant les droits seigneuriaux que les évoques de Carpentras avaient à y prétendre. Parmi les témoins qui intervinrent dans cet acte, on trouve les noms de deux parents de Tévéque, Bertrand Forneri, chevalier, et Hugues Forneri, chanoine de Carpentras, que nous retrouverons tantôt premier archidiacre du chapitre.

Bérenger^ à l'exemple de ses prédécesseurs, exigea de tous les seigneurs feudataires de sa mense Thommage accoutumé. Il prêta lui-même le sien au Pape, le 3 juillet 1295^ entre les mains de Jean de Grillac, recteur du Vénaissin.

Jaloux de conserver fidèlement tous les droits épiscopaux, Bérenger eut à soutenir de grandes difficultés contre le recteur et les autres officiers pontificaux. De part et d'autre la lutte s'envenima, et le recteur en vint jusqu'à séquestrer tous les biens de Tévéché et à mettre en prison, de sa seule autorité, quelques individus attachés au service de l'évêque. Celui-ci protesta avec une indomptable énergie contre cet abus de pouvoir.

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Nous ignorons ce qu'il en advint, mais il est à croire qu'une transaction mit fin aux débats.

Guillaume de Mazan, prévôt du chapitre, avait, à plusieurs reprises^ réclamé auprès de l'évêque et des chanoines sur Tinsuffisance des revenus attachés à sa charge. 11 mourut avant d'avoir obtenu ce qu'il demandait ; mais son successeur, Siffrein Panaïrerii, fut plus heureux que lui. L'évêque et le chapitre réunirent, en i3o4, 1^ prieuré de Serres à la prébende du prévôt, à la condition qu il entretiendrait lui-même un curé pour le service ecclésiastique.

Le nouveau prévôt avait été chanoine-pénitencier de la cathédrale avant de succéder à Guillaume de Mazan. C'est en cetle (qualité qu'il transigea, le 14 des calendes de février 1287, avec Jean Romey, gardien des Frères mineurs de Monteux, au sujet des offrandes qu'il percevait pour les sépultures faites dans son église, et dont il s'obligea de donner le tiers au chapitre de St-Siffrein(i). Ce couvent, qui fut fondé à Monteux du vivant même de saint François d'Assise, fut, dans la suite, transféré à Carpentras, à l'époque des guerres sanglantes du XVI^ siècle, ainsi que nous le verrons plus tard.

Le chapitre de la cathédrale comptait déjà plus de trois siècles d'existence, depuis sa fondation par l'évêque Ayrard. Il appartenait à Bérenger Forneri de lui donner un lustre nouveau. De concert avec les chanoines, il donna à Pierre de Ferrières, archevêque d'Arles, son métropolitain, la mission de créer la dignité d'archidiacre et de lui assigner une prébende sur les

(1) Voir sur l'origine de ce couvent la brochure : N.-D. de P Observance à Carpentras. Carpentras, Tourette, 1880.

biens del'évêché et sur ceux du chapitre. L'Archevêque se rendit, en effet, à Carpentras, pour s'acquitter de la mission qui lui avait été confiée et fonder la nouvelle dignité capitulaire, à laquelle il assigna Téglise et le prieuré de Loriol. L'archidiacre fut chargé d'y établir un vicaire, qui serait nommé par Tévéque sur sa présentation. On dressa une charte pour donner à la nouvelle fondation toutes les garanties désirables, et dans laquelle Tarchevéque d'Arles créa deux nouvelles prébendes en faveur de deux chanoines qui n'en avaient point encore (i).

Le premier titulaire de Tarchidiaconat fut Hugues Forneri, parent de l'évêque, son frère peut-être. -

L'épiscopat de Bérenger fut témoin d'un des plus grands événements de l'histoire de l'Église. Bertrand de Got, natif des environs de Bordeaux, fut élevé à la papauté sous le nom de Clément V, le 5 juin i3o5. L'Italie traversait alors une des époque les plus troublées de son histoire. Elle était en proie aux factions des Guelfes et des Gibelins, tandis que Rome elle-même était livrée sans merci à l'anarchie républicaine. Pour échapper aux difficultés sans nombre qui l'attendaient. Clément V crut prudent de venir transporter à Avignon la cour pontificale, préférant, selon l'expression de Pétrarque, les bords sauvages du Rhône aux rives fortunées du Tibre.

Nous avons vu déjà que le roi Philippe-le-Hardi avait cédé le Comté-Venaissin au pape Grégoire X en 1272.

(i) La charte de cette fondation nous a été conservée par Farel, mns. à la bibliothèque de Carpentras, page 80. En 1306, Bérenger Forneri confirma la nomination faite par l'abbé de St-André de Villeneuve, de Rostaing Alfanti, comme prieur de Sault.

Quoi déplus naturel que le nouveau pape, voulant sauvegarder la liberté de l'Église, soit venu abriter le trône de Saint Pierre dans une ville voisine de ses Etats ? Les auteurs italiens ont bien essayé plus tard d'attaquer la mémoire des papes français d'Avignon, mais il n'en est pas moins vrai qu'ils firent honneur à leur pays et à l'Église et qu'ils ont laissé dans l'impartiale histoire un souvenir glorieux.

Les splendeurs de la cour pontificale ne tardèrent pas à transformer notre pays \ les lettres et les arts s'y donnèrent rendez-vous. Avignon allait devenir le centre du monde civilisé.

L'évêque Bérenger fut, vers le même temps, indignement calomnié dans son honneur épiscopal par Raimond Durand, clerc de son église. Celui-ci n'hésita même pas à l'accuser de plusieurs crimes devant le Souverain Pontife. Cette affaire fit grand bruit, non seulement dans le diocèse, mais encore dans toute l'église de France. Une indignation générale ne tarda pas à s'élever contre ces accusations mensongères. De toutes parts on écrivit au St-Père, pour protester contre la calomnie et pour certifier combien la conduite de l'évêque avait été irréprochable. Les Frères Mineurs prirent à tâche de le réhabiliter, et ils y réussirent en montrant avec quelle sagesse il avait gouverné son église durant son épiscopat, et combien il avait été charitable envers le peuple qui lui était confié et pour lequel il avait volontairement abandonné une somme considérable qui lui était légitimement due. La calomnie tourna donc à l'avantage de l'évêque, puisqu'elle lui valut ce concert de louanges auquel le pape lui- même dut se joindre, pour effacer jusqu'au souvenir de l'épreuve

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terrible à laquelle Bérenger Forneri venait d'être soumis.

L'évêque commençait à se remettre des tracasseries que nous venons de raconter, lorsqu'il se vit obligé de soutenir les droits du siège épiscopal contre les prétentions de Bertrand de Got, vicomte de Lomagne, neveu du pape régnant. Il le fit avec une fermeté et une indépendance qui font honneur à son caractère.

La seigneurie de Monteux^ nous l'avons dit déjà, appartenait à Tévêque de Carpentras pour une partie, et à plusieurs autres co-seigneurs, qui étaient tenus à l'hommage envers l'évèque^ seigneur principal du lieu. Le i3 mars 1245, Guillaume Beroardi exigea Thommage qui lui était dû et fit insérer dans la charte, qui fut dressée à cet effet, la défense pour les co-seigneurs d'aliéner en tout ou en partie cette seigneurie. Néanmoins, Barrai et Bertrand des Baux, seigneurs de Brantes, vendirent, au mépris des droits de l'évéque et de Thommage de 1245, à Bertrand de Got, le château de Monteux avec toute sa juridiction. L'évéque et Raimond de Venasque, seigneurs par indivis d'une huitième portion de ce fief^ s'empressèrent de prolester, le 10 novembre i3i i, devant Raimond Guilhem, seigneur de Budos, recteur du Comté-Vénaissin et neveu lui-même de Clément V^contre la vente faite au préjudice de leurs droits et de la suzeraineté de Tévêque. Toutes ces protestations restèrent sans effet, car le i5 mai i3i3 le vicomte de Lomagne prenait officiellement possession de son nouveau fief.

L'évéque renouvela ses protestations le 9 mars i3i6, après la mort de Clément V, en présence du vicomte, qui revendiqua lui-même la toute propriété sans partage

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de la seigneurie de Monteux. Nous verrons tantôt le rôle fâcheux qu'il joua dans la suite.

Ce fut à cette époque que les Frères Prêcheurs de Tordre de Saint-Dominique vinrent fonder dans notre ville un couvent qui devint prospère et fut Tune de ses gloires les plus pures. Nous aurons l'occasion de le retrouver souvent dans le cours de cette étude.

Au mois de mai i3i3, Clément V, jugeant sans doute qu'il était plus convenable pour lui d'habiter une ville dont il était le souverain (i), transporta sa résidence à Carpentras ainsi que celle de la Cour romaine. Il y séjourna jusqu'au mois d'avril de l'année suivante, de telle sorte que pendant près d'une année notre ville eut l'honneur d'abriter le trône de St Pierre et de voir converger vers elle l'attention et les vœux de tout le monde chrétien.

Ce fut pendant le séjour du Pape à Carpentras que la ville acquit, au prix de 3oo florins d'or, dont la chambre apostolique paya une partie, de Barrai des Baux, seigneur du Barroux, Caromb, Crillon, elc, et, suivant acte reçu le 3o novembre i3i3 par Bernard deGiornio, notaire^ la source des Alps qui alimente nos fontaines (2).

Le 21 mars i3i4, le pape vint tenir un consistoire à Monteux, où il fit promulguer solennellement les décrets du concile général de Vienne, dont il voulait composer un septième livre des Décrétâtes. Ce fut un des der-

(1) Clément VI n'acquit la ville d'Avignon de la reine Jeanne qu'au mois de juin 1348.

(2) Voir le dict. de Barjavel, art. Bert. des Baux ; Pithon-Curt, tom, IV, pag- 347 ; Cottier, notice sur les Recteurs, pag. 48, 99, etc.

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niers vœux de son pontificat, que la mort ne lui permit pas de réaliser (i).

Clément V, se sentant malade et espérant que Tair natal lui serait favorable, se mit en route pour Bordeaux^ quelques jours après la cérémonie du consistoire. Il passa par Châteauneuf-Calcernier, traversa le Rhône, mais, arrivé à Roquemaure, ses forces l'abandonnèrent et il y mourut, le 20 avril i3i4. Son corps fut déposé dans un cercueil en plomb et transporté à Carpentras à la demande de Tévêque et du chapitre, pour y être enseveli dans la cathédrale, avec le consentement des cardinaux.

Cependant, dès que la nouvelle de la mort du pape fut connue à Carpentras^ les cardinaux, au nombre de vingt-trois, se réunirent en conclave pour lui choisir un successeur. Mais ils se trouvèrent divisés en deux camps à peu près égaux, les Italiens d'un côté, qui voulaient que le nouveau pape fut de leur nation -, les Gascons, de l'autre, qui voulaient maintenir la tiare sur la tête d'un cardinal français. De graves désordres éclatèrent alors dans la ville \ les partisans des cardinaux italiens et ceux des cardinaux gascons se livrèrent entre eux aux dernières violences. Un incendie se déclara subitement dans le palais où le conclave se trouvait réuni, et les flammes s'étendirent, dit-on, jusqu'au lieu où reposait le pape défunt. Les cardinaux effrayés firent une brèche par laquelle ils prirent la fuite : ainsi le conclave fut obligé de se séparer le 22 juillet, et la papauté resta vacante jus-

(1) Jean XXII, son successeur, fit publier ces mêmes décrets, en 13 17, sous le nom de Ciémejitines^ lesquelles furent imprimées en 1460 par Faust et Schceffer.

qu'en i3i5^ époque à laquelle un nouveau conclave réuni à Lyon proclama Jean XXII.

Dans l'intervalle, le vicomte de Lomagne pilla une partie du trésor pontifical amassé par Clément V^ son oncle, dans le château de Monteux^ tandis que le seigneur de Budos, non moins avide de s'emparer des richesses de TÉglise, jetait le trouble et le désordre parmi les habitants de Carpentras

Barbier raconte même, d'après plusieurs auteurs anciens, que deux des cardinaux du conclave auraient trouvé la mort^ au milieu d'une émeute, dans le réfectoire du couvent des Dominicains, dont l'établissement à Carpentras datait de trois ans à peine (i).

La ville de Carpentras ne resta pas longtemps dépositaire des dépouilles de Clément V. Les chanoines d'Uzeste, dans le diocèse de Bazas, fondés par le pape défunt, vinrent réclamer son corps, prétextant qu'il avait choisi sa sépulture dans leur église collégiale. 11 y eut entre les deux chapitres un procès qui dura deux ans, mais qui donna raison aux chanoines d'Uzeste.

Deux siècles et demi plus tard, une nouvelle tempête devait se lever sur les cendres de Clément V -, elles avaient été sauvées de Tincendie de i3i4, mais elles ne purent échapper à la fureur des calvinistes de 077 et furent jetées au vent.

Au milieu de toutes les difficultés qui marquèrent

(i) On trouve, en effet, dans un écrit intitulé : Antiquitas et notabilia Ven''-^ Convenliis Sancti Doiiiinici Carpentoract., rapporté par le chanoine Barbier : o In hoc refectorio, ut traditur, fuerunt duo Cardinales pugione confossi, pro ut legitur in libro antiquo intitulato : Joanncs Lamean de Berger, in libro scismorum et de illorum discrimine bis verbis ».

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son épiscopat^ Bérenger Forneri ne négligea pas les devoirs souvent périlleux de sa charge. Nous venons de voir la fermeté avec laquelle il sut s'en acquitter, malgré tous les obstacles qu'il eut à surmonter.

Le 17 mai i3i5 il fit dresser un procès-verbal pour constater officiellement ses droits sur les châteaux de St-Lambert et de Bezaure.

Un des derniers actes de son épiscopat fut rétablissement à Carpentras,en iSiy, de la compagnie des Pénitents noirs de la Miséricorde, dont Jean Thomas Balbis publia les statuts en 1686, et dont M. le marquis Edmond de Seguins-Vassieux a écrit l'histoire avec la critique et l'intelligence qu'on lui connaît (i).

Bérenger Forneri mourut dans le courant de la même année.

Armes : d'aiuraii chevron d' or ^ accompaf^né en pointe d'une croisette de même (2).

(i) Statuts, règlements et privilèges de la confrérie des pénitents de la misiricorde,'C3irx>Qntr2L%, Devillario, 1853.

(2) Pithon-Curt. I, 171.

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