OTHON
Peu après la mort de Bérenger Forneri, Othon fut élu pour lui succéder. Nous savons peu de choses de son épiscopal, qui fut cependant marqué par un fait important dans Thistoire de notre ville.
Depuis que les papes étaient devenus souverains du Comté- Venaissin^ l'administration temporelle de notre pays avait été confiée à un Recteur, représentant direct de l'autorité pontificale.
Les recteurs, dès Torigine de leur création, eurent leur demeure dans la ville de Pernes, et n habitèrent pas la capitale du Vénaissin. On avait craint que la présence du premier magistrat dans la ville de Carpentras^ dont i'évêque était le seigneur temporel, ne donnât à celui-ci une situation trop prépondérante, ou ne devint le prétexte de conflits regrettables.
Nous avons vu^ à plusieurs reprises déjà, les évèques se rendre dans le château de Pernes, pour y prêter, entre les mains du Recteur, Thommage qu'ils devaient au St-Siège. Mais cet état de choses ne pouvait durer longtemps, car il était fort étrange que le représentant du gouvernement ne fît pas sa résidence à Carpentras, qui était en même temps la capitale et le centre nécessaire de tout le Vénaissin.
Jean XXII voulut régulariser cette situation. A cet effet, il engagea Tévcque Othon à céder au St-Siège la
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juridiction temporelle qu'il avait sur la ville et de recevoir, en retour, une juste rémunération des droits qu'il abandonnait.
L'évêque se prêta à cet arrangement qui lui était imposé par les circonstances et qui assurait pour l'avenir son indépendance et sa tranquillité dans une ville où ses prédécesseurs avaient eu à souflrir bien des lois des empiétements de Tautorité civile.
Jean XXII nomma à cet effet les cardinaux Bérenger Fredoli, évéque de Tusculum, et Guillaume, évéque de Palestrina, et Othon accepta lui-même leur arbitrage.
Les Cardinaux s'acquittèrent de leur mission à la satisfaction de tous et dressèrent eux-mêmes, le 12 avril i32o, la célèbre bulle de dismembration qui réunissait à perpétuité au domaine pontifical la juridiction temporelle de la ville de Carpentras.
Cette bulle réserve à Tévêque sa juridiction spirituelle, son palais épiscopal, ses domaines et généralement toutes ses possessions dans la ville et sur son territoire. Elle maintient également en sa faveur quelques droits seigneuriaux et notamment la leyde, le sextier, les langues de bœuf, les lombes de cochon, les droits sur les juifs, les boulangers et les tavernes. Elle unit encore à la mense épiscopale la juridiction avec haute, moyenne et basse justice, que le St-Siège avait sur les fiefs de Blauvac et de St-Pierre-de-Vassols, ainsi que tous ses droits et possessions sur les mêmes lieux, la maison des chevaliers de Malte à Pernes avec toutes ses dépendances et enfin un nombre considérable de censés, pensions, redevances en grains, huiles et autres denrées.
Le pape ajouta encore, vers Tannée 1324, à tous les droits que nous venons d'énumérer, le riche prieuré de Mazan.
Othon jouissait évidemment d'une grande considération, puisqu'il fut Tune des cautions du comte et de la comtesse Archambaud de Périgord, pour assurer l'exécution complète des clauses du contrat de mariage d'Agnès, leur fille, avec le prince Jean, fils de Charles 11^ roi de Sicile, du 14 novembre i32i.
Othon fit^ en i322, Tinventaire des reliques de sa catrédrale. Le parchemin original de cet inventaire, acquis en 1873 par la bibliothèque d'Inguimbert de notre ville, mentionne, en premier lieu, celui d'un des très saints Clous dont Notre-Seigneur fut percé au jour de sa Passion, qui a été transformé en mors de cheval (i). Nous retrouvons l'évéque Othon, au concile tenu à St-Ruf près d'Avignon eh 1 326 et auquel prirent part de nombreux évêques du midi.
Il mourut probablement vers Tannée i33i.
(t) Imprimis unum ex sanctissimis clavis seu aculeis cum quibus Dominus noster Jesus-Christus in die S. S. Passionis suas pro salute humani generis in ligno crucis extitit crucifixus et perforatus, sub specie frœni equini reductum. — Le Si-Mors de Carpentras par l'abbé F. de Terris, page 14.
HUGUES DE LESIGNAN
Ce fut Hugues de Lésignan qui succéda à Tévéque Othon sur le siège épiscopal.
Il appartenait à Tune des plus illustres maisons de France, à laquelle une petite ville du Poitou avait donné son nom. Après avoir régné avec le titre de roi de Jérusalem et de Chypre, dans le XIP siècle, cette famille se divisa dans la suite en de nombreux rameaux. C'est à Tun d'eux, celui des comtes d'Angoulème et de la Marche, qu'appartenait le nouvel évoque de Carpentras (i).
Nous trouvons son nom pour la première fois dans un acte du 14 février i332, bien que quelques auteurs,
(i) Le nom primitif était de Lesignem, dont on a fait plus tard Lesi- ;nan et enfin Lusignan ou Luzignan,
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Columbi entre autres, aient voulu faire remonter son épiscopat à Tannée i33o.
Le 5 décembre i333, il rendit une ordonnance par laquelle il accorda à tous les couvents de religieux le droit de sépulture, réservant toutefois le droit de présentation aux églises paroissiales. Ce droit devint malheureusement dans la suite la source de nombreuses difficultés.
Hugues de Lésignan devait à sa fortune et à Téclat de son origine une autorité et un prestige dont le pape Benoît XII voulut user dans une circonstance difficile. La ville de Vienne, en Dauphiné, était à guerroyer avec un grand seigneur de ce pays, Guillaume d'IUins. Le pape dut intervenir comme pacificateur, et ce fut à Tévêque de Carpentras et à celui de Périgueux qu'il confia la mission de ramener la paix.
Le 23 mars i335 il promulgua des statuts diocésains qu'il dressa de concert avec son chapitre, et qui touchaient aux fondations pieuses fort nombreuses à cette époque, aux cérémonies de Toffice divin et à divers points de la discipline ecclésiastique.
Il tint à conserver, à l'exemple de ses prédécesseurs, tous les privilèges de son église. C'est ainsi que la bulle de dismembration lui conférait des droits honorifiques qu'il sut exiger, comme il exigea de tous ses feudataires l'hommage accoutumé.
L'histoire nous parle, mais sans le préciser davantage, d'un voyage que l'évéque Hugues de Lésignan fit à Rome dans le courant de la même année.
Le pape Jean XXII mourut le 4 décembre i334, et le 2 1 du même mois Jacques Fournier fut élevé au souverain pontificat sous le nom de Benoît XU.
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Un des premiers actes du nouveau pape fut de confier la rectorie du Venaissin à Pierre Guilhem, évéque d'Orange. Ce fut un choix heureux, car le nouveau recteur s'occupa des obligations de sa charge avec le plus grand zèle.
Jusque là notre ville avait été administrée par des syndics nommés chaque année par tous les chefs de famille, réunis en parlemejit général dans Téglise cathédrale, pour discuter publiquement les affaires importantes de la ville. Ces réunions étaient souvent orageuses et avaient le tort de n'aboutir quelquefois qu'à des discussions stériles. Pour donner à Tadministration municipale une impulsion plus pratique, le recteur autorisa, le i5 février i336, rétablissement d'un conseil de la communauté, composé de quelques notables seulement^ et qui eut la charge d'administrer désormais les intérêts communs^ en dehors des passions locales.
Il fit également, le i5 mai i33j, quelques règlements en faveur du marché, dont Timportance était déjà considérable, et^ dans les premiers jours de l'année suivante, il convoqua les États du pays, au palais rectorial,. et fit dresser des statuts qui reçurent, le i3 février i338, l'approbation de l'assemblée dans laquelle siégeait Hugues de Lésignan.
Le pape Jean XXII avait cru devoir^ à la suite de plaintes nombreuses, chasser les juifs de ses Etats. Autorisés à y rentrer en i343, plusieurs d'entre eux revinrent à Carpentras, mais dans un tel état d'indigence qu'ils se trouvèrent dans l'impossibilité d'acquitter la redevance annuelle de dix-huit livres qu'ils payaient à l'évéque avant leur expulsion. L'évéque le comprit et réduisit leur redevance annuelle à 4 sols par famille,
LES EVÉQUES DE CARPENTRAS iGl
payables moitié à la Noël et moitié aux fêtes de Pâques. Pierre Laplon, quarante-deux ans plus tard, voyant qu'ils s'étaient enrichis à nouveau ei que le nombre s'accroissait chaque année , rétablit Tancienne redevance.
Le 8 février 1347, Hugues de Lésignan, déjà avancé en âge et sentant ses forces l'abandonner, fit son testament, dans lequel les pauvres de son diocèse eurent une large part. 11 légua une somme considérable qui devait être employée à acquérir des biens fonds et dont les revenus devaient être distribués en aumônes, le mercredi et le vendredi de chaque semaine. Hugues de Lésignan mourut peu après.
Après sa mort, le cardinal d'Albano et Raimond de Lanconia, prélat de la maison du pape Clément VI et secrétaire des bulles, furent chargés d'exécuter les volontés du charitable évéque. Ils acquirent, en conséquence, une grange, l'île de Cadenet sur le Rhône, près de Mornas, et plusieurs biens importants aux terroirs de Villes et de St-Lambert, parmi lesquels la quatrième portion de ce dernier. La distribution des aumônes fut confiée à Févêque et aux syndics de ville. Nous verrons plus tard que des difficultés ne tardèrent pas à s'élever entre ces derniers.
Armes : Burellé d'argent et cfa^ur (i).
(I) Diverses branches ont brisé : l'une de dix merlettes de gueules, une autre de huit merlettes en orle et d'un franc quartier de gueules, une troisième d'un lambel, une quatrième d'un ou plusieurs lions de gueules brochant sur le burelé ; mais comme on ignore à quelle branche appartenait exactement cet évêque, il paraît convenable de lui attribuer les armes pleines de sa maison.
(Opinion de la Société héraldique de France).