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ADMINISTRATEUR DU DIOCESE

Pierre de Lune, retenu prisonnier, comme nous venons de le dire, par les troupes du maréchal de Boucicaut, résolut de tromper la surveillance de ses gardiens et de s'évader pour se relever du discrédit qui gagnait sa cause. Le duc d'Orléans et un gentilhomme du nom de Braquemont s'engagèrent à lui en donner les moyens. A cet effet, ce dernier se ménagea une maison sûre, où le pape put se rendre à l'aide d'un déguisement. Il s'était procuré à l'avance 5oo cavaliers qui l'attendaient dans la campagne pour lui faire escorte, et, le 12 mars 1402, le pape put sortir de la ville et se rendre à Châteaurenard, d'où il voulut écrire lui-même au roi de Francejpour lui annoncer son évasion.

Ce coup d'audace opéra une véritable révolution dans les esprits. La France revint à l'obédience de BenoîtXIII, les cardinaux se rendirent auprès de lui, et Ton put croire un moment que son autorité allait être universellement reconnue.

Il se réserva, dès l'année 1408, Tadministration de l'évêché de Carpentras, favorisa la reconstruction de la cathédrale et nomma pour son vicaire-général Aldebert de Moreriis, licencié aux décrets et doyen de St-Agricol d'Avignon.

Il conserva cette administration jusqu'en 141 1, ce qui indiquerait que Tépiscopat de Paul de Camplon, dont le Gai lia Christiana, Cottier et Barbier ont placé la date en 1406, est au moins très problématique.

Pierre de Lune tint à visiter la ville de Carpentras dès le début de son administration, et y fit son entrée solennelle, parla porte de Pernes, le 5 mai 1403. Il y revint encore le 6 juin suivant et n'en repartit que le 26 par la porte de Monteux. Il avait eu un moment la pensée d'y fixer sa résidence -, mais il y renonça bientôt, malgré les instances d'Antoine de Lune, son parent, qui venait de reprendre l'administration de la Rectorie.

Il aida puissamment aux travaux de la cathédrale, si bien qu'un an après il délégua Artaud, archevêque d'Arles^ pour venir procéder solennellement à la pose de la première pierre. Le 22 février 1404, cette cérémonie eut lieu avec une grande pompe. Déjà la veille, le conseil de ville s'était assemblé à cette occasion, et les syndics, voulant montrer leur reconnaisance à l'archevêque d'Arles, jugèrent à propos de lui otfrir six cierges

de quatre livres^ douze chapons et six boîtes de confiture au sucre.

On voit aujourd'hui encore^ encadrée dans le mur méridional de l'église, la belle inscription gothique destinée à rappeler le souvenir de cette cérémonie et dont le texte est celui-ci :

Anno a Nativitate Domini mcccciv die festi Cathedra Beati Pétri Apostoli, fuit positus primus

LAPIS HUJUS ECCLESIA NOVA ALMF CoNFESSORIS BeATI SiFFREDI EpISCOPI ET PaTRONI PRASENHS CIVITATIS CaR- PENTORACTENSIS, PER REVERfc NDISSIMUM IN ChRISTO PA-

TREM Dnum Artaudum Archiepiscopum Arelatensem,

NOMINE SaNCTISSIMI IN ChRISTO PATRIS ET DoMINI NOSTRI

domini Benedicti divina providentia papa XIII PONTIFI-

CATUS SUI ANNO XI. MaGISTERET ORDINATOR HUJUS ADI-

ficii fuit magister Colinus Thomacii de Dînant in Bretanha.

Mais la belle cathédrale que nous admirons aujourd'hui resta longtemps inachevée. Bâtie dans un siècle de discordes, de guerres et de calamités, il ne fallut pas moins de cent seize ans avant qu'elle pût être livrée aux cérémonies du culte. L'architecte Colinus Thomacii mourut avant Taché vement de son œuvre, et nos évoques eurent à s'imposer des sacrifices énormes pour la mener à bien.

Aldebert de Moreriis, vicaire-général du pape, administra sagement le diocèse pendant la vacance. Le 21 mai 1405 il fit une transaction avec les juifs, et le 29 décembre de l'année suivante, il exigea l'hommage de Jacques du Puy, pour sa co- seigneurie de Villes.

[go SECONDE PARTIE

Toutefois, la vacance du siège ne laissait pas que d'être pour Tadministration régulière du diocèse un sujet de difficultés sans nombre. Pierre de Lune, abandonné de nouveau par ses partisans, se trouvait dans la dure nécessité de traîner sa pénible existence de retraite en retraite^ jusqu'au jour où, fatigué des luttes qu'il avait dû essuyer, il alla mourir à Peniscola, près Tortose en Aragon, dans un âge très avancé.

Bertrand de Sade profita de cette lassitude des esprits pour écrire aux syndics de la ville une lettre qui leur fut remise par Jean de Sade, son fils, et dans laquelle il les priait de demander l'évêché de Carpentras pour Paul de Sade, évêque de Marseille, son parent. Le conseil de ville, assemblé le 23 mars 1407, délibéra de supplier très humblement le pape de leur accorder ce prélat. Mais cette prière resta sans effet, car Benoît XIII avait besoin des revenus de l'évêché et ne voulut pas s'en priver. 11 se démit néanmoins de l'administration vers l'année 141 1.

Armes : Coupé de gueules et d^argent au croissant renversé d'argent sur la partie de gueules qui est en chej.

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