FRÉDÉRIC DE SALUCES
Frédéric de Saluces^ doyen de Téglise de Saluces, abbé de Sainte-Marie-de-Stapharde, en Piémont, conseiller du duc de Savoie et recteur du Comté Venaissin, fut nommé par le pape pour succéder au cardinal de la Rovère- Il était fils du marquis Louis de Saluées et d'Elisabeth Paléologue de Montferrat et petit-neveu du pape Clément VII.
Cette famille. Tune des plus illustres de la Savoie, n'était pas inconnue dans notre Midi, et, en particulier, à Carpentras, lorsque le pape éleva Frédéric de Saluées à l'épiscopat.
Amédée de Saluées, créé cardinal par Clément VII, en i383, joua un rôle important dans les affaires du grand schisme. 11 posséda un bénéfice à Bollène, légua
LES ÉVÊQUES DE CARPENTRAS 2l5
par testament sa bibliothèque à l'Université d'Avignon, et fonda un anniversaire dans la cathédrale de Carpentras.
Vers la même époque, Pierre de Saluces occupait avec distinction le siège épiscopal de Mende.
Un rameau de cette famille dut même se transplanter pendant quelques années dans le pays, car un de ses membres habita Malaucène, et Jacques de Saluces fut élu syndic de Carpentras en 1479.
Frédéric de Saluces, voulant se consacrer entièrement à Tadministration de son diocèse, se démit bientôt de ses fonctions de recteur. 11 administra avec sagesse, soit par lui-même, soit par Jean de Montebello, son vicairegénéral, et mourut en 1483.
Armes : Éqiiipolé de cinq points d'argent à quatre d'aïur (i).
\i) Ughelli dit qu'il portait : D'argent à la croix de Piémont d'azur^ ou bien encore : D'or au chef d'azur.
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PIERRE V DE VALLETARIIS
Pierre de Valletàriis n'avait que 22 ans lorsque le pape Sixte IV, son oncle, par bulles du 24 septembre 1483, le nomma au siège épiscopal de Carpentras. Il appartenait à une ancienne maison de Savone, transplantée plus tard à Gènes, où il naquit, et à laquelle appartenait Antoine de Valletàriis, évêque de Brugnato (i).
Avant que la nouvelle de sa nomination fût parvenue à Carpentras^ les chanoines de la cathédrale, croyant pouvoir user du droit de nomination que les papes
(i) Ughelli, tom IV, pag. 6S7. Un membre de cette famille dut faire souche dans le pays, car je trouve un Pierre de Valletàriis, recteur de la chapellenic de Sainte-Catherine dans l'église de Modène, en 1550. (Voir aux archives départementales de Vaucluse, Nomina et loca beneficiorum diœc. Carp., pag. 36.)
avaient autrefois délégué aux chapitres dans les temps difficiles, avaient élu, pour succéder à l'évêque défunt, Jacques Alberti, chanoine de la cathédrale. Ils s'empressèrent de notifier cette élection au pape, en le suppliant très humblement de la confirmer. Mais le pape, fort mécontent de cet acte d'indépendance, adressa, le 16 octobre, un bref aux syndics et au peuple de la ville, pour se plaindre qu'une ville immédiatement soumise à Tautorité pontificale eût osé procéder à cette élection et se prévaloir ainsi d'un droit qui ne lui appartenait pas.
Jacques Alberti ne voulut pas d'ailleurs persister dans ses prétentions^ il se soumit bien au contraire et fit donner sa démission par procureur entre les mains du pape lui-même. Mais ces difficultés retardèrent néanmoins la prise de possession de notre nouvel évêque, qui ne reçut la consécration épiscopale qu'en i486.
Vers la même époque, le chapitre fut accusé auprès de Constanfin Heruli, évêque de Spolète^ recteur du Comté-Venaissin, de dire le même office que celui des Templiers, condamnés par l'Église. Raimond Bruni, licencié aux droits, chanoine de l'Église d'Apt, prieur de Villes et bénéficier de la cathédrale de Carpentras, voulut défendre lui-même le chapitre et prouva que, dès l'origine de l'Église^ on n'avait cessé de réciter à Venasque et plus tard à Carpentras l'office divinement institué par saint Trophime, archevêque d'Arles, et dont saint Siffrein avait expressément approuvé l'usage (i).
(i) Raimond Bruni intima sa démarche, le 2? novembre i486, aux membres du chapitre : Jean Xobleti, docteur ès-décrels, archidiacre ; Guillaume de Casabona, sacristain ; Tristan de Valleguerio, précenteur ; Bertrand de Wariponte, André de .\(Tiis, chanoines, etc. (Mns. de Curel à la bibliothèque d'Avignon, n° 59).
2l8 SECONDE PARTIE
Le 24 février i5oo, l'église du couvent des Dominicains, fondé en i3i2, fut consacrée, au milieu d'une grande pompe, par Arnaud de Calvero, évêque d' Ancône (i).
Dans le courant de la même année, Pierre de Valletariis fit construire^ sur la cime la plus élevée du mont Ventoux, la chapelle de la Sainte-Croix, qu'il enrichit d'un reliquaire et qui devint bientôt, malgré les difficultés et les longueurs de la route, un lieu de pèlerinage où vinrent tour à tour les pénitents de Carpentras, d'Avignon, du Dauphiné, de la Provence et du Languedoc (2j.
Le pape Jules II delà Rovère eut l'évêque de Carpentras en grande estime et lui en donna constamment des preuves éclatantes. Par sa bulle de i Soy, il l'exempta, lui, ses clercs, les officiers des châteaux de sa mense et de ses prieurés, de la juridiction du Recteur^ du juge de la Cour suprême et du légat. Peu après, il le nomma prélat de sa maison.
Pierre de Valletariis, donna son approbation, en i5o8, aux règlements nouveaux des chanoines et des bénéficiers de la cathédrale -, et^ en i5i i, il plaça sous le vocable des cinq plaies de Notre-Seigneur l'œuvre des pénitents noirs de la Miséricorde, établie par Bérenger Fornéry, en iSij.
Après la mort du pape Jules II, Léon X, son successeur, continua de témoigner à l'évêque de Carpentras toute l'estime dont l'avait honoré son prédécesseur. Le
(i) Archives municipales, G. G., n" 59, carton relatif au collège de la ville confié aux Dominicains.
(2) Barbier, page 158.
16 décembre i5i3, il confia à Pierre de Valletariis la double charge de vice-légat et de recteur du Comté-Vénaissin. Celui-ci quitta toutefois la rectorie dans le courant de l'année suivante et ne conserva que la charge de vicelégat, qu'il exerça fort sagement tant qu'il vécut.
Son épiscopat fut troublé par des pertes considérables qu'il eut à subir, et dont la cause ne nous est pas connue. Son palais, ses châteaux, ses campagnes furent mdignement dévastés et ses meubles, son argent, ses bijoux et ses papiers eux-mêmes furent pillés^sans qu'on ait pu mettre la main sur les coupables.
Léon X adressa, à cette occasion, au sacristain du Chapitre, le 1 5 juillet i5 13, en le chargeant de le publier, un monitoire ordonnant à tous les détenteurs des biens de l'évèque, de les lui restituer sans retard.
Pierre de Valletariis mourut à Rome au commencement de l'année iSiy.
Armes : d'or au lion de gueules lampassé et couronné de même {\).
(i) Ughelli, tom. IV, page 987.