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LE CARDINAL JACQUES II SADOLET

Le XV^ siècle venait de finir. Ses premières années avaient été marquées par les malheurs du grand Schisme, et il vit, sur son déclin, se lever, pour les lettres, les sciences et les arts, une renaissance d'une incomparable fécondité. Tandis que les Universités de Louvain, de Dole, de Poitiers, de Caen, de Nantes et de Bordeaux se fondaient sous l'influence religieuse, les docteurs et les savants ne pouvaient manquer de se multiplier.

Après la mort de Jules IL Léon X montait sur le trône de saint Pierre et inaugurait ce grand siècle des MédiciSj qui devait être pour l'Eglise et pour la France une époque mémorable. C'était au lendemain de Marignan. Léon X avait conquis l'estime de François Y\ son ennemi de la veille, et avait posé à Bologne les bases de

ce concordat célèbre qui déchirait la vieille pragmatique et devait^ trois siècles durant^ régir l'Église de France (i}.

Le XVP siècle commençait, lui aussi, souriant de promesses. L'essor des sciences et des arts était prodigieux, les éléments de progrès et de culture intellectuelle s'épanouissaient d'une manière véritablement admirable^ et chaque branche des connaissances humaines fournissait des hommes illustres. Une des grandes figures de cette grande époque fut, sans contredit, le cardinal Sadolet, qui succéda à Pierre de Valletariis sur le siège épiscopal de Carpentras.

Si, sous de tels guides, l'intelligence humaine eût continué de suivre dans son développement la voie tracée par l'Eglise, la civilisation aurait agrandi le cercle de ses conquêtes pour le bonheur des peuples ; malheureusement la Réforme vint la précipiter sur un chemin bordé d'écueils. Des apostats, Luther, Zwingle, Calvin, poussés par l'orgueil, se déclarèrent contre l'autorité souveraine du pape, et, sous prétexte de controverses religieuses, ils déchaînèrent sur TEurope entière une des plus sanglantes révolutions connues dans l'histoire de l'humanité.

Jacques Sadolet naquit à Modène (Italie), le 12 juillet 1477. Son père, Jean Sadolet, savant jurisconsulte, professait le droit à Pise et à Ferrare, où il jouissait d'un très grand crédit. Sa mère, Madeleine Bembo, était la tante du cardinal Pierre Bembo, une des lumières de cette grande époque, dont le nom se trouve souvent mêlé à rhistoire de notre illustre évoque.

(x) De Berluc-Perussis, François /''' à Avij^non.

Son éducation fut très soignée, et sa précoce intelligence ût dans les lettres des progrès étonnants. Pierre Bembo et lui suivirent les cours de maîtres habiles, ceux entre autres de Nicolas Leoniceno, qui les surpassait tous par retendue de son savoir.

Tous les grands auteurs de l'antiquité lui devinrent familiers, et une de ses joies était de porter avec lui, dans ses voyages ou ses promenades, les œuvres de Virgile et de Démosthène^ sorties récemment des presses de Venise, et qu'il aimait à lire et à méditer, assis au pied d'un arbre, lorsque la route l'avait fatigué (i).

Il avait vingt-deux ans à peine lorsque le cardinal Carraffa, archevêque de Naples, qui habitait Rome une grande partie de Tannée, se l'attacha en qualité de secrétaire. L'illustre cardinal vit tout le parti que l'Église pourrait tirer un jour de l'intelligence de son jeune protégé, et il n'eut pas de peine à diriger ses pas vers l'état ecclésiastique, où sa piété et la maturité de son esprit le portaient naturellement.

Le Cardinal lui obtint rapidement un canonicat du chapitre de Saint- Laurent in 'DamasOy et, sa situation ainsi assurée, il put se livrer à toutes ses études de prédilection. Il se fit bientôt une réputation de science qui le mit en rapport avec tous les savants et les cardinaux de Rome.

La mort du cardinal Carraffa, en 1 5 1 1 , fut pour Sadolet une épreuve dont il eut peine à se remettre. Frédéric Frégosse, évêque de Gubbio, s'empressa de lui otfrir un asile dans son palais. Il y trouva à profusion des manuscrits de tous les âges, les chefs-d'œuvre

(i) Florobelli, Vie de Sadolet, pag. vm, tom. v.

de rimprimerie naissante, des reliques de Tarchéologie antique et un jardin vaste et solitaire où il pouvait se promener et méditer tout à son aise

Les auteurs de l'antiquité ne furent pas, avec ses études théologiques et philosophiques, le' seul objet des études du jeune Sadolet. 11 cultiva aussi la muse avec succès, et il avait seize ans à peine lorsqu'il fit son poëme De Caio Curtio et de Curtio lacu.

La reconnaissance lui dicta son deuxième poëme, Ad Octavimo et Fredericiim Fregosos Genuenses.

Une des pages les plus émouvantes de la jeunesse de Sadolet, qui nous montre Timportance qu'il s'était acquise déjà dans le monde savant, se rattache à une découverte qui fit à Rome une émotion profonde. C'était au mois de janvier i5o6. Des pa3^sans étaient à travailler un champ tout près des Thermes de Titus. Tout à coup ils découvrent un bloc de marbre, qui dormait là depuis des siècles, et qu'ils arrivèrent à dégager complètement, avec des précautions infinies. Un spectateur, saisi d'admiration à la vue du groupe, se hâte d'aller chercher Sadolet. Celui - ci accourt -, il examine le bloc qui vient d'être rendu à la lumière et comme à la vie, et il ne peut contenir son enthousiasme, car il a reconnu le Laocoon, tel que Pline l'avait décrit. Les grands artistes de Rome accourent à leur tour \ le bruit de la précieuse découverte se répand dans la ville, et le groupe merveilleux, orné de fleurs et de verdure, est transporté ^triomphalement au palais du Vatican, au milieu] des acclamations enthousiastes de la foule. Ce spectacle inspira à Sadolet son troisième poème, qui nous a été conservé et qui fut fort admiré par ses savants contemporains.

Cependant Jean de Médicis avait été élu pap le II mars i5i2, et il avait pris le nom à jamais illustre de Léon X. Avant même de sortir du conclave, le nouveau pape choisit Jacques Sadolet et Pierre Bembo, comme secrétaires des brefs, voulant mettre à profit leur brillante intelligence et leur foi solide. Au milieu des splendeurs de la cour pontificale^ Sadolet ne perdit rien de sa simplicité native, de son désintéressement naturel et de sa bienveillance pour tous. N'ayant pour subvenir aux nécessités de la vie que les trois cents écus attachés à la dignité dont il était revêtu, il passa quatre années^, donnant tout son temps aux devoirs de sa charge et consacrant à Tétude les rares heures de liberté dont il pouvait disposer. 11 s'appartenait si peu et il avait un tel dégoût des biens de ce monde, que Pierre Bembo crut un jour devoir demander une soutane pour lui au pape lui-même. Léon X, qui l'affecùonnait beaucoup, profita de la vacance du siège épiscopal de Carpentras, à la mort de Pierre de Valletariis, pour y nommer Jacques Sadolet, son illustre secrétaire, le 19 mai i5ij.

Celui-ci, absent de Rome, se trouvait alors en pèlerinage à N.-D. de Lorette. A la nouvelle de son élévation à Tépiscopat, bien loin de se réjouir, il éprouva une grande peine et fit tous ses efforts pour éloigner de ses épaules une charge aussi lourde. Léon X ne voulut pas néanmoins se priver des services du savant prélat et le dispensa de la résidence.

Il dut se résigner à cette obligation, mais ce fut une nouvelle peine pour lui de ne pouvoir présider luimême aux destinées de son Église de Carpentras. Il pourvut à son administration par le ministère de ses

vicaires-généraux, Barthélémy Rupario, Gaufridy et Barthélémy de Castellane, protonotaire apostolique.

xMais quoique retenu à Rome par les devoirs de sa charge, le nouvel évéque ne perdit point son diocèse de vue. A sa prière, Léon X, par bref du 1 1 novembre iSi", autorisa les syndics de Carpentras à prendre le titre de consuls, avec la faculté d'envoyer des courriers portant des masses d'argent et ayant à leur robe les armes de la ville.

Nous avons parlé souvent de la reconstruction de la cathédrale. Cette œuvre magnifique coûta plus d'un siècle de travail et de sacrifices à nos pères, et souvent même, pendant ce long espace, on dut l'interrompre, faute de ressources suffisantes. Jacques Sadolet, désirant voir le couronnement de cette oeuvre, obtint du pape, le 1 6 mars 1 5 19, un bref accordant une indulgence plénière à tous ceux qui visiteraient cette église et aideraient à son achèvement.

Le 24 octobre i520, Barthélémy de Castellane présida un synode diocésain pour remettre en vigueur parmi le clergé la vieille discipline ecclésiastique, qui avait pu s'altérer pendant les troubles du Schisme.

Mais toutes les éclatantes qualités de Sadolet ne faisaient qu'augmenter les regrets de son clergé de ne pas le posséder. Pour lui témoigner le désir de le voir et d'apprécier plus directement ses mérites, ses prêtres se cotisèrent pour lui faire, en iSig, l'hommage d'une somme de 53i florins, (i)

Le 1*^' décembre i52i le pape Léon X mourut, après un pontificat de neuf ans à peine. Adrien VI, pontife

(1) L'abbé Ricard , Histoire dît cardinal Sadolet^ Avignon, Seguin, 1873.

austère qui lui succéda, ne partageait pas pour les lettres les goûts de son prédécesseur -, et Sadolet, heureux de voir qu'il ne serait pas maintenu dans ses fonctions^ put songer à se rendre, comme il Tavait demandé si souvent, dans sa ville épiscopale. Il quitta donc Rome, où son départ fut un deuil public, et, après trente quatre jours d'un pénible et périlleux voyage, il put arriver à Carpentras dans le courant du mois d'avril i523.

Son arrivée dans son diocèse fut un grand événement pour la ville, où il fut accueilli avec un enthousiasme indescriptible. Malheureusement son séjour devait y être de courte durée.

Adrien VI mourut, moins de deux ans après son élévation à l'épiscopat. Clément Vil fut élu pour lui succéder, le 29 novembre de la même année. Le nouveau pape professait pour Tévèque de Carpentras la même estime dont l'avait honoré Léon X, et il se hâta de le rappeler auprès de lui avec la même charge qu'il avait occupée déjà à la cour pontificale. Sadolet ne put se dispenser d'accepter de nouveau ce poste de confiance, mais il obtint la promesse d'êlre rendu à son diocèse trois ans après. Pendant cette période, il fut associé à toutes les affaires importantes de l'administration pontificale, et le biographe de Clément VII, Fiordibello, ajoute : Plût à Dieu que ce pontife eût toujours suivi les sages conseils de Sadolet, car il eût évité tous les malheurs qui marquèrent son règne.

Sadolet vit arriver avec joie l'époque prochaine de son retour à Carpentras. Il confia à un navire qui allait faire voile pour la France ses riches collections, ses tableaux et sa blibliothèque -, mais à peine le navire est-il en pleine mer, que la peste vint à fondre sur Téqui-

page. Le capitaine et un de ses compagnons survécurent seuls au terrible fléau. Le navire, repoussé à son arrivée en PYance, disparut sans retour. Cette perte irréparable fut pour Sadolet la cause d'un violent chagrin, dont il fut longtemps à se remettre.

Le II mai i526, Sadolet obtint de Clément Vil un nouveau bref dans lequel l'authenticité du Saint-Mors est reconnue une fois encore. Pour lui donner plus d'importance en l'entourant de plus de respect, il restreint au jour de la fête de saint Siffrein la permission d'exposer solennellement la sainte relique ; enfin il accorde, pendant trois ans, une indulgence plénière à tous ceux qui assisteront à Texposition du Saint-Clou ou qui visiteront Téglise de Saint- Siffrein le jour de sa fête. Cet hommage et ces faveurs furent confirmés par un autre bref du même pape, daté de Bologne le 8 novembre 1529. (i)

Le 17 avril 1527, quinze jours avant le sac de Rome par le connétable de Bourbon, Sadolet quitta Rome pour revenir à Carpentras, où il arriva le 3 mai. Un de ses premiers soins fut de faire dresser l'inventaire des reliques insignes renfermées dans le trésor de son église, et de faire terminer les derniers travaux d'ornementation de la cathédrale, qu'il dota de deux superbes chandeliers en argent, de deux mitres magnifiquement brodées et d'un ostensoir enrichi de pierres précieuses.

L'année suivante, l'évêque eut la consolation de procéder à la cérémonie solennelle de la consécration de la cathédrale, au milieu d'une foule considérable de fidèles.

(i) Le Saint-Mors de Carpentras et son reliquaire, page 20.

Enfin il confia au pinceau de Vincent de Marmonde le soin de décorer quelques-unes des chapelles latérales de peintures pieuses (i). M. le curéllly a été assez heureux pour retrouver, sous une couche épaisse de badigeon, quelques-unes de ces peintures, et pour en assurer la conservation par une restauration intelligente .

Ayant trouvé enfin dans le silence de son palais le repos d'esprit après lequel il soupirait depuis si longtemps, Sadolet s'adonna complètement à Tétude et à l'exercice de sa charge pastorale. Après avoir commenté, avec l'autorité qui s'attachait à son talent, les psaumes L et XCIU, il fit un commentaire en latin de l'épître de saint Paul aux Romains, qu'il dédia à François P"", ce roi si populaire, dont le titre le plus glorieux fut celui de Père des lettres.

Mais le travail le plus complet, celuiqui, de nos jours surtout, devait être le plus répandu, c'est son Traité de r éducation [2), où rien n'est oublié des devoirs réciproques des parents et des enfants et où les instituteurs de notre temps devraient apprendre comment ils peuvent former les jeunes âmes qui leur sont confiées pour la science et la vertu. On n'était pas alors sous le régime de Yécole neutre, nom menteur sous lequel l'enseignement officiel abrite de nos jours une audace irréligieuse, qui ne prend même plus la peine de dissimuler, et dont le caractère est l'athéisme et Timpiété.

Sadolet, usé par l'étude, et craignant que son goût pour les travaux de l'esprit ne fût une occasion de négliger les obligations de sa charge, demanda au pape Clément VII de lui donner dans la personne de Paul

(0 Archives municipales, travée 6, regist. 142, rayon (2) Traduit par notre compatriote M. Charpenne.

Sadolet, son neveu, un coadjuteur qui fût un autre lui-même et qui lui permît de présider longtemps encore aux destinées de son diocèse. Le pape, qui déjà appréciait le caractère et les mérites du jeune Sadolet, n'hésita pas à le lui accorder vers la fin de Tannée i533.

Clément VII mourut à Rome, le 25 septembre 1534. L'apostasie de Luther avait déjà jeté dans le monde chrétien un ferment de discorde et de relâchement qui devait le diviser bientôt. Un des premiers soins de Paul III, successeur du pape défunt, fut d appeler à Rome six personnes des plus recommandables par leur science et leur vertu, et de leur demander les réformes les plus urgentes pour le bien et Tintégrité de TEglise, déjà battue en brèche par les erreurs de Luther. Sadolet fut du nombre et se hâta d'obéir à la voix pressante du pape.

Quand il eut terminé le travail qui lui avait été confié Sadolet s'apprêtait à rentrer dans son diocèse, lorsque Paul 111, voulant l'attacher pour toujours à la cour romaine et récompenser ses mérites, le créa cardinal dans le consistoire du 22 décembre i536.

Associé dès lors plus intimement au gouvernement de l'Église, le nom du cardinal Sadolet se trouve mêlé aux négociations les plus importantes de son temps. C'était l'époque où les querelles de François i" et de Charles-Quint menaçaient de troubler la paix de l'Europe. Paul m redoutait pour le bien de l'Église, déjà menacée, les conséquences de la guerre et se fit le négociateur infatigable de la paix. Il obtint que les deux princes viendraient à Nice conférer avec lui et il les y amena à signer, le 18 juin i538, une trêve de dix ans. Le pape fut puissamment aidé dans cette difficile mission par le

23o SECONDE PARTIE

cardinal Sadolet, qui fit entendre aux deux puissants monarques de respectueuses mais énergiques remontrances.

Se trouvant ainsi à proximité de son diocèse, Sadolet demiande au pape la consolation de le visiter. Car, comme le dit un de ses biographes, l'air de Rome n'était pas favorable à sa santé, ni si agréable que celui de Carpentras ; il ne respirait avec joie que l'air de sa ville épiscopale et il n'en sortit jamais qu'à regret et par ordre du pape. Paul 111 ne put lui refuser cette satisfaction et il lui permit même de passer sept ans au milieu de son peuple.

Le cardinal Polus, une des gloires du Sacré-Collège, profita du retour de l'évêque de Carpentras dans son diocèse, pour venir passer avec lui tout Tété de i538.

C'est vers la même époque que se passe une des plus touchantes pages de l'histoire de Sadolet.

François i" guerroyait avec le duc de Savoie, et avait pris à sa solde un corps nombreux de lansquenets, commandé par le comte de Furstemberg, sous les ordres de Tamiral de Brion. Ceux-ci^, traversant le Vénaissin, commirent de si graves désordres dans les environs de Carpentras, que les habitants de la ville s'armèrent, tuèrent quelques-uns d'entre eux et chassèrent les autres. Le Comte furieux rassemble aussitôt ses hommes et marche sus à la ville pour la châtier. Les habitants, saisis de terreur et jugeant une défense inutile, ne savaient quel parti prendre. Mais ils comptaient sans leur évêque, qui sut trouver, au moment du danger, une résolution suprême. Comme autrefois saint Léon allant au devant d'Attila, Sadolet part pour le camp ennemi et demande à parler au comte de Furstemberg.

— Qui êtes-vous^ demande celui-ci ?

— Je suis l'évêque de Carpentras, qui vient demander grâce pour son peuple.

— Laissez-moi, repart le guerrier, je tondrai tellement vos brebis qu'elles n'auront plus la force de crier.

-— Mais alors, M. le Comte, au moins me permettrez-vous de parler à Tamiral ?

— Allez, dit Furstemberg, je vous attendrai.

Le cardinal Sadolet demande à parler à Famiral de Brion, qui lui adresse la même question :

— Qui êtes-vous ?

— L'évêque de Carpentras, répond-il.

A ce nom l'amiral descend de cheval, s'agenouille, baise la main du prélat et signe aussitôt Tordre au comte de Furstemberg de s'arrêter.

— Il était temps, repart celui-ci, car le canon allait jouer.

— Vous m'auriez bien attendu, dit Sadolet ?

— Et pourquoi, Monseigneur ?

— Le premier boulet appartenait au pasteur, répond le prélat -, les brebis ne seraient venues qu'après (i).

Cependant l'hérésie de Luther se propageait au loin et laissait pressentir déjà les ruines qu'elle allait accumuler sur la vieille Europe. Nul ne jugea plus sainement la gravité de la situation, et n'en ressentit plus justement les alarmes que le cardinal Sadolet. Il écrivit le i8 mars i53g aux calvinistes de Genève une lettre fameuse pour les conjurer de ne pas briser l'admirable unité de l'Eglise et pour les rappeler à la concorde des enfants de Dieu.

(i) Gaillard, Histoire de François i".

Le pape, touché de cet acte de courage, lui écrivit le 5 juin suivant et lui donna tous les pouvoirs nécessaires pour informer contre les hérétiques du Comtat. L'hérésie y avait fait déjà de nombreuses victimes, et nous verrons bientôt les malheurs qu'elle attira sur nos populations.

La trêve conclue en i538 entre François i" et Charles Quint ne fut pas de longue durée. Dès l'année 1542 des symptômes alarmants se manifestèrent, et la paix, un moment assurée, se trouva de nouveau en péril. Le pape se hâta de rappeler le cardinal Sadolet, qu'il députa auprès de François i" avec la mission de prévenir les désastres d'une guerre. Sadolet eut des difficultés très grandes à surmonter pour ramener la paix, qui ne fut conclue entre les deux monarques que le 18 septembre 1544.

Le cardinal Sadolet passa les dernières années de sa vie à Rome, où le retenaient les devoirs de la pourpre dont il était honoré et les infirmités précoces de sa constitution, ruinée par un travail incessant. Il s'en était remis des soins du diocèse de Carpentras à Paul Sadolet, son neveu et son coadjuteur.

Au commencement de l'automne de l'année 1547, il fut pris d'une maladie qui mit bien vite ses jours en danger. Au moment de recevoir les derniers sacrements, il voulut se faire soulever sur sa couche, pour adresser publiquemeat à Dieu une prière suprême. Les sanglots étouffèrent sa voix, et il ne put dire que quelques mots. Il recommanda ensuite son cher diocèse à la sollicitude de son neveu et rendit son âme à Dieu, le 18 octobre 1547, âgé de 70 ans trois mois, et six jours. 11 fut provisoirement inhumé dans son église cardinalice de Saint-

Plerre-ès-liens, sans pompe aucune, comme il l'avait demandé. Ses neveux, Paul et Camille Sadolet, lui élevèrent un tombeau avec l'épitaphe suivante :

Jacobo Sadoleto episcopo Carpentoractensi s. R. E. Presb. Gard. Viro mopvm gravitate prvdentia et vitae integritate prafstantissimo doctrina et eloqvlntia cvm iis qvos mipata est antiqvitas comparando.

PavlvsSadoletvs episcopvs Carpentoractis Et Camillvs Sadoletvs fratrvm filii moestissimi

MnlTIS CVM LACRYMIS PATRVO BENEMERENTI

Pro tkmpore posvervnt vlxit annos lxx menses iii dies vi.

Un siècle plus tard, en 1646, le chapitre obtint que les dépouilles de Tillustre cardinal fussent réunies à celles de Paul Sadolet, son successeur (i).

On fit graver sur leur tombe commune l'inscription suivante :

(i) Mgr de Terris, alors curé de St-Siffrein, voulant s'assurer si les restes du cardinal Sadolet reposaient réellement dans la cathédrale, fit ouvrir sa tombe et trouva effectivement les deux corps de l'oncle et du neveu. Le 5 septembre 1873, ces restes précieux furent déposés dans une caisse neuve, en bois de chêne, divisée dans sa longueur par une cloison pour séparer les deux corps, au-dessus de laquelle il fit placer l'inscription suivante :

oss\

JAC. SADOLETI CARD.

RT P, SADOLETI EPISC. CARP.

(Voir le Comiai des 9 et 16 octobre 1873.)

Jacobo Sadoleto episcopo

Carpentoractis s. R. E. presb.

Cardinali.

Viro morvm gravitate prvdentia

Et VlTiE INTEGRITATE PRiESTANTISSIMO.

doctrina et eloqventia

cvm iis, qvos mirata est antiqvitas

conferendo.

Pavlvs Sadoletvs

Episcopvs Carpent.

cvm ne sepvlchro qvidem

ab eo vellet esse sejvnctvs

cvm qvo^ ejvsdem regend^

ecclesi^ officio

Deo AVCTORE CONJVNCTVS FVISSET :

Patrvo de se optime merito

fecit et sibi.

Anno AB ortv Salvatoris

Armes : D'argent à trois bandes bretessées et contrebretessées d'a^ur^ au chef cousu d'or chargé d'un corbeau essorant de sable portant au bec un anneau d'azur»

Le sceau épiscopal du cardinal Sadolet, de 85 mill..

représente au milieu et sous un édicule gothique : Un évêque mitré^ crosse^ bénissant de la main gauche^ une vierge debout tenant F Enfant Jésus dans ses bras ayant à ses côtés Saint Pierre portant une clef. Au-dessous Vécusson aux armes de F évêque surmonté de la mitre et accosté de deux branches d'olivier, avec la légende : Sigillum Rêver. Domi.Jacobi. Sadol.Epi. Carientora, [i pour le p).

Sceau du cardinal Sadolet

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