‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 101 sur 132 · ETES · texte numérisé non relu

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Pendant son <éjour dans la ville éternelle, Mgr Baillargeon ne manqua pas de conjurer de nouveau le Saint-Père, d'accepter sa résignation ; mais Pie IX lui répondit :

« Moi aussi, je suis vieux ; comme vous, j'ai des infirmités, et plus que vous je suis afligé, et cependant je mourrai sur ie champ de bataille, les armes à la main : mourez donc aussi sur ie champ de bataille.» Touché de l’état de faiblesse extrême où il voyait l'archevêque de Québec, il lui permit de quitter Rome avant la fin du concile, et le combla des marques les plus touchantes de sa singulière affection.

ee fut un grand sacrifice pour Mgr Baillargeon, de se séparer du Souverain Pontife et des pères du concile,

Le 26 mars 1870, il écrit à M. Cazeau : « Il faut que la grande question de l’infaillibilité soit définie et passe à l’état de dogme de la foi catholique ; elle le sera certainement et sans trouble, presque tous les évêques étant pour cette définition. Oh ! que je regrette de ne pouvoir rester jusqu’au jour où cette vérité sera proclamée, afin d'y Conner mon grand placet ! » Il eut du moins la consolation de voir ce dogme défini, avant de mourir, et il trouvait dans cette définition un terme à bien des difficultés.

De retour à Québec, au commencement du mois de mai, Mgr Baillargeon se rappela les paroles de lie IX, et, quoique malade et souffrant, il se mit de suite à l’ouvrage, décidé de travailler jusqu’à la fin. Bien des chagrins vinrent assombrir ses derniers jours et en diminuer le nombre, Son âme se brisa de douleur en apprenant les désastres épouvantables causés par l'incendie du Saguenay. Il se hâta d'écrire une circulaire pour demander des secours.

« Quand la présente vous parviendra, disait-il à ses curés, vous aurez lu dans les journaux les détails navrants de l'in. cendie qui vient de réduire en cendres un si grand nombre des établissements du Saguenay. Ce désastre, joint à celui du même genre, qui a de nouveau plongé dans l’afiliction la pauvre ville de Québec, (a) vous aura sans doute causé, comme à nous, la plus profonde douleur, Ce qui le fait déplorer encore davantage, c’est qu’il s’est apesanti sur ces hommes laborieux et pleins de courage qui ont ouvert le Saguenay à la colonisation, au prix de tant de sueurs et de fatigues, et qui déjà commençaient à recueillir, dans une modeste aisance, le fruit de leurs durs et pénibles travaux.

«Je ne viens pas en ce moment recourir à votre charité en faveur des incendiés de Québec, qui ne doivent compter en ce moment que sur les sympathies de leurs concitoyens ; mais je viens la réclamer avec confiance pour ce grand nombre de malheureux du Saguenay qui, dans. l’espace de six heures, sur un parcours de trente-cinq lieues, ont vu détruire par le feu tout ce qu’ils possédaient au monde. Cinq cent-neuf familles ont tout perdu dans l'incendie : maisons, granges, meubles de ménage, hardes, instruments d’agriculiure, animaux, provisions, etc., tout est devenu la proie des flammes, qui n’ont pas même épargné le grain semé dans la terre. Ceni quarante-six autres familles, sans avoir été ruinées aussi complètement, sont toutefois réduite à un état de dénûment qui demande égaiement un prompt secours. Ce sont donc six cent cinquante-cinq familles, for-

(a) L’incendie dont parle Mgr Baillargeon, détruisit une cinquantaine de maisons à Saint-Roch de Québec.

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MGR BAILLARGEON 641 mant quatre mille cinq cent quatre-vingt-cinq âmes, qui se

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souffrent de la sorte, et, dans leur infortune, c’est, après Dieu, vers nous qu’ils tournent leurs regards, dans l’espérance que nous aurons pitié de leur misère. »

Dans le même temps, les Féniens menaçaient d’envahir le Canada ; à l'exemple de ses prédécesseurs, Mgr Baillargeon ne manqua pas de rappeler aux milices canadiennes que leur devoir était de marcher à la défense de leur pays, et aux parents «qu’ils se rendraient coupables devant Dieu et devant les hommes, si, dans leur tendresse pour leurs enfants appelés sous les armes, ils allaient les détourner d’obéir à ce que leur commandent le devoir et l'honneur. »

Malgré l’état déplorable de sa santé, affaiblie encore par les inquiétudes et le chagrin, Mgr Baillargeon commença, le 21 juin 1870, à visiter les paroisses de son diocèse ; mais le 7 juillet, il était à bout de forces et il s’en revint presque mourant dans sa ville épiscopale. «Je meurs, je Le sens, disaitil, mais je meurs les armes à la main.» «Toutefois, dit M. l'abbé Pâquet, la présence de son cher clergé, réuni, quelques semaines après, pour la retraite ecclésiastique, ranima sa vie à demi éteinte, et, le jour anniversaire de son élévation au siège archiépiscopal, il put recevoir les hommages de ses prêtres.

« Ah! quelle entrevue touchante, et en même temps quels adieux déchirants ! Il fit ses dernières recommandations à ses enfants,—nous l’avions appelé notre père ; à ses compagnons d’armes,—nous l’avions appelé notre chef, Sa voix, qui n'avait plus rien de terrestre et qui semblait venir d’outre - tombe, nous élestrisa ; queiles larmes coulèrent

lorsqu'il prononça ces paroles: mon successeur possèdera plus de science, plus de qualités, plus de vertus que moi ; mais, vous aimer davantage, c’est impossible ! »

Mgr Baillargeon vécut encore quelques semaines, qu’il passa dans la souffrance et aussi dans la plus parfaite soumission à la volonté de Dieu. C’est le 13 octobre, à cinq heures du soir, qu’il rendit son âme à Dieu, à l’âge de 72 ans. Les funérailles eurent lieu dans la cathédrale et furent extrèêmement solennelles. Mgr Bourget célébra le service funèbre, auquel assistaient quatre autres évêques, quatorze vicaires généraux et cent quarante prêtres. M. l’abbé Louis Pâquet prononça l'éloge de lillustre défunt. Nous n’oublierons jamais l'émotion profonde qui s’empara visiblement de l’auditoire et surtout des vétérans du sacerdoce, quand le jeune orateur, après avoir rappelé les vertus du vénérable archevêque, s’écria dans une éloquente péroraison :

«Il est mort. Jainais plus nous ne contemplerons cette belle et grande figure, ces traits si nobles, cette physionomie si bonne, qui inspiraient à la fois le respect.et l'amour. Jamais plus nous n’entendrons cette voix en même temps forte et suave, sympathique et vibrante, qui résonnait si majestueusement sous les voûtes de cette cathédrale, qui. du haut de cette chaire, annonça tant de fois, avec un éclat si

doux, les vérités de notre sainte religion. Ilest mort. Pen-

dant près de quarante années, il a vécu avec nous comme un chef au milieu de ses soldats, comme un pasteur au milieu de son troupeau, comme un père au milieu de ses enfants. Et maintenant il nous laisse, Nous avons entendu son dernier adieu, nous avons reçu sa dernière bénédiction ; nous nous sommes fait un devoir d'aller baiser une dernière fois ses mains glacées par la mort.

possèdera que moi ;

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« Il nous laisse. Dans quelques instants nous n’aurons même plus devant les yeux cette relique mortelle qui, depuis cinq jours, a été l’objet de la vénération la plus universelle et la plus profonde. Il nous laisse. Mais sa mémoire, nous l’affirmons ici en toute confiance, certain que nous sommes d’être l’écho fidèle des sentiments de tous les cœurs généreux, sa mémoire demeurera avec nous comme un dépôt précieux, et grandira, grandira toujours avec les années. »

Mgr Baillargeon avait ordonné cent quatre-vingt-dix prêtres et consacré cinq évêques : les seigneurs Laflèche, Chs Larocque, Langevin, Horan et Walsh.

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