CHAPITRE III
Visite des communautés religieuses, — Visite des paroisses, — Vie de Mgr de
Pontbriand dans son palais épiscopal.
Pour établir une plus grande unilé dans la direction des maisons religieuses de son diocèse, Mgr de Pontbriand se constitua leur unique supérieur, dès les premiers jours de son arrivée, et, après avoir fait la visite de sa cathédrale. il ne tarda pas à faire celle des communautés de sa ville épiscopale.
«Sur la fin de janvier 1742, disent les annales des Ursulines, eut lieu la visite du monastère, telle que prescrite par nos règles...
« La régularité de notre maison ne parait avoir subi aucune altération à cette époque ; mais la diversité des directeurs, le manque d'entente même entre les différents corps du clergé, en 1727, et dans les années suivantes ; l'absence presque continuelle d’un premier pasteur : tout cela devait avoir nui quelque peu à cette union intime et parfaite des esprits et des cœurs... mais quel bon esprit se manifeste dans la communauté à l’arrivée du digne évêque ! comme on accueille avec empressement le moyen d’éclaircir les doutes, et de s'assurer que tout va bien au monastère ! comme on entend avec bonheur cette parole écrite de la mair du premier pasteur : que l’on voit fleurir encore aux Ursulines la ferveur des premières mères !
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« Dès le commencement de cette visite de Mgr de Pontbriand, toutes nos sœurs furent satisfaites de sa manière d’y procéder. Il ne se lassait pas de nous donner des marques d'intérêt et de zèle.»
Pour se faire une idée du travail que lui donnait ces visites des communautés, qu'il faisait presque tous les ans, il suffit d’en lire le détail dans l'histoire de l’'Hôpital-Général : «Le père Imbault, notre chapelain, lui céda son appartement et se retira dans son couvent de Québec. Le vertueux prélat passa ici huit jours, pendant lesquels, après avoir dit la messe, à la salle des femmes, il se rendait au parloir, où il entretenait en particulier un certain nombre de religieuses, et cela avec tant de bonté, de charité, de douceur, que toutes lui ouvrirent leur cœur avec confiance, de sorte qu’il acquit une connaissance parfaite de la communauté... Le dernier jour de la visite, il tint le chapitre, selon le cérémonial de notre institut. Il nous donna tous les avis qu’il jugeait nécessaires à notre position actuelle ; il entrait avec tant d'intérêt dans tout ce qui pouvait contribuer à notre bonheur, que nous croyions voir en lui notre saint fondateur lui-même. »
Inutile de dire que l’évêque ne montra pas moins de zèle pour les communautés de Montréal et des Trois-Rivieres, que pour celles de sa ville épiscopale, et l'on verra avec quelle charité il venait en aide à celles qui étaient dans le besoin. C'est sous son épiscopat que fut fondée à Montréal la communauté des sœurs grises par Madame d’Youville. L'Hôpital- Général commencé dans cette ville par les Frères Gharron ne pouvait plus remplir ses œuvres de charité et d'éducation : les sujets faisaient défaut et les dettes élaient considérables ;
232 NOTICGES BIOGRAPHIQUES
il fallait nécessairement songer à confier à d’autres mains le soin de cette maison, appelée à faire un si grand bien aux pauvres et aux malades. Madame d’Youville eut le saint courage d'accepter cette tâche difficile, et, par ses lettres patentes en date du 3 juin 1753, Le roi ordonna qu’elle et ses compagnes fussent chargées de la direction de l’hospice, et les subrogea aux frères hospitaliers, avec tous les droits et privilèges accordés autrefois à ces derniers. Mgr de Pontbriand visita cette institution naissante, en 1755, en approuva les règles, et permit de porter le costume proposé par la pieuse fondatrice.
Disons de suite que le zélé prélat fit tout en son pouvoir pour augmenter les œuvres des Sœurs de la Congrégation ; il contribua puissamment par une lettre au ministre du roi, au rétablissement de la mission de Louisbourg, après le traité d’Aix-la-chapelle, et fit des démarches pour en établir une au Détroit. |
La visite des paroisses du diocèse succéda à celle des maisons religieuses, et, d’après l’oraison funèbre du prélat par M. Ls Jolivet, ce fut là l’œuvre capitale de sa vie. « Persuadé, dit l’'éloquent panégyriste, que le premier devoir d’un pasteur est de connaître son troupeau et de pourvoir à ses besoins, il entreprend, dès la première année, une visite générale dans son diocèse, dans laquelle il s’appliqua à connaître l’état des paroisses, à instruire et à édifier son peuple, avec un zèle vraiment apostolique......On le voyait le premier à la tête de ses ouvriers évangéliques, travailler lui seul plus qu'aucun autre, lasser les plus forts etles plus robustes, prêcher régulièrement quatre ou cinq fois le jour, et toujours avec force et onction, administrer le sacrement de confir-
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mation à une foule de peuple, faire des conférences publiques, également instructives et édifiantes, écouter avec bonté tous ceux qui s’adressaient à lui, se porter lui-même pour médiateur entre les ennemis, corriger les scandales, réformer les abus, en un mot mettre tout en usage pour la conversion des pécheurs et la sanctification des âmes confiées à ses soins : tels étaient les travaux de notreillustre prélat dans les visites de son diocèse, qui ont fait sa principale occupation pendant les jours de son épiscopat. »
En mai 1752, Mgr de Pontbriand se rendit jusqu'au fort de la Présentation, aujourd’hui Ogdensburg, ville florissante et siège épiscopal. Alors c'était une pauvre mission sauvage, fondée, en 1748, par un prêtre sulpicien, l'abbé François Piquet ; mais cette pauvre mission, dit M. Gilmary Shea, fut un triomphe pour l'Église et une force pour le Canada. Le prélat éprouva, pour s’y rendre, les plus grandes difficultés, et eut à endurer toutes sortes de privations. Malgré la répugnance naturelle qu'il avait pour les voyages par eau, répugnance qu'’augmentaient encore les dangers des rapides qu'il y avail à sauter ; en dépit des efforts que l'on fit pour le détourner de ce voyage, le prélat n'écouta que les conseils de son dévouement, et rappela dans cette visite les travaux des deux premiers évêques de Québec. On le vit marcher au milieu des ronces et des épines, tantôt dans des bourbiers, tantôt sur des pointes de rochers (a) et arriver enfin après des fatigues incroyables, au milieu des pauvres enfants des bois, qui le reçurent avec la joie la plus vive, et qui recon-
(a) Oraison funèbre par M. Jolivet, — Voir aussi L'Histoire des Ursulines du Québec,
nurent en lui un véritable successeur des apôtres. Il séjourna dix jours au milieu d’eux, et baptisa de sa main cent-trentedeux adultes. Le 16 mars 1755, on trouve l’infatigable prélat dans la mission du Détroit, faisant la bénédiction de la nouvelle église, et demeurant ensuite quelques semaines à exercer son fructueux ministère dans cette partie éloignée de son diocèse.
Nous ne pouvons nous empêcher de citer encote un passage de l’oraison funèbre de l’évêque, passage qui nous fait connaître dans toute son étendue son zèle dans les visites épiscopales.
« J’en appelle à votre témoignage, dignes coopérateurs….. qui l’avez suivi dans ses courses apostoliques. Combien de fois l’avez-vous vu dans de longs et pénibles voyages, porter, sans murmurer, le poids et la fatigue du jour, faire bien des lieues à pied dans de très mauvais chemins, dans l’eau quelquefois jusqu'aux genoux, arriver tout en sueur et hors d’haleine ; d’autres fois surpris par les mauvais temps, obligé de se retirer dans de pauvres chaumières, tout transi de froid et couvert de neige, obligé de coucher sur la dure, se contenter d’un peu de pain et d’eau qu’il trouvait chez les pauvres gens i..... En vain les plus vertueux ecclésiastiques et les plus fervents religieux de Québec mettent tout en usage pour le détourner de la dernière visite qu'il fit en bas, dans les dernières paroisses de son diocèse. En vain les médecins lui représentent-ils qu'il ne peut l’entreprendre sans altérer considérablement sa santé. Quelle réponse fait-il à toutes ces représentations et à leurs conseils ? — Point d’autres que les belles paroles de l’apôtre saint Paul, que l'on peut dire avoir été sa devise : que rien n’était capable
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de l'arrêter dans la carrière qu'il avait à fournir ; qu'il n’estimait pas sa vie plus que son devoir, et que quand il en devrait mourir, il ne pouvait point souhailer une mort plus sainte ni plus glorieuse. »
Revenu de ses visites pastorales, Mgr de Pontbriand habitait le palais épiscopal bâti par Mgr de Saint-Vallier. A son arrivée, les religieuses de l’'Hôpital-Général en réclamaient encore la propriété, comme faisant partie des immeubles de ce prélat, dont elles étaient les héritières. Mais un édit royal de 1743 confirma la possession du palais aux évêques de Québec. Mgr de Pontbriand y vivait dans une grande simplicité ; mais il y exerçait l'hospitalité d’une manière noble, généreuse et conforme à son rang.
Il choisissait ses domestiques parmi de jeunes enfants de la campagne, à quiil tenait lieu de père plutôt que de maître ; après leur avoir donné dans sa maison une éducation convenable à leur état, illeur procurait un honnète établissement pour récompenser leurs services. (a)
(«) Oraison funèbre par M. Jolivet.