‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 38 sur 132 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Suppression de quelques fêtes.—Maladie et famine à Québec.—Conférences et retraites ecclésiastiques.—Jubilé de l’année Sàinte.—Incendie du monastère des Ursulines des Trois-Rivières. — Incendie de l’Hôtel-Dieu de Québec.—Dévouement 4e l’évêque au milieu des malheurs publics.

M. de Maurepas avait représenté à l’évêque de Québec, que le nombre des fêtes d'obligation était trop élevé dans le diocèse, —il n’y en avait pas moins de trente-cinq dans l’année, —et que les habitants se plaignaient avec raison de n’avoir pas le temps de vaquer aux travaux indispensables pour la cul. ture de la terre. Mgr de Pontbriand reconnut dans ses visites pastorales la justesse de cette observation, et il crut devoir se rendre au désir du ministre, qui demandait la suppression d’un certain nombre de ces fêtes. La difficulté des communications, rendue encore plus grande par les événements de la guerre l’empêcha de recourir à Rome avant de prendre une décision ; etil pensa que les besoins de la colonie étaient assez urgents pour l’autoriser à assumer un droit qui appartenait qu’au Saint-Siège. Il abolit donc, par son mandement du 24 novembre 1744, dix-neuf de ces fêtes, eten renvoya la solennité au dimanche. Plus tard ces changements furent approuvés par le Souverain Pontife comme favorables à un pays où le climat rigoureux ne laisse que peu de temps pour les travaux de l’ag:iculture. (a) Cette mesure épiscopale

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MGR DE PONTBRIAND 237 était du reste pleinement jusufiée par la misère épouvantable qui régnait dans tout le pays, par suite des mauvaises récoltes de plusieurs années consécutives. A cela vinrent bientôt se joindre les maladies et les inquiétudes de la guerre. La Mère Duplessis de Sainte-Hélène écrivait, le 30 octobre de cette même année 1744 : » Nous avons réssenti en Canada les trois plus sensibles fléaux : la maladie ne nous a point quittées depuis l’an passé, elle a enlevé bien du monde, dix-neuf de nos religieuses ont été réduites à l’éxtrémité..…… La famine a régné dans tout le pays, on a vu des misères que cette colonie n’avait jamais éprouvées, et, sans le bon ordre que Mgr notre évêque a mis dans ia viile pour les charités, les pauvres auraient bien pâti. Mais il avait une liste de tous les indigents, et avait marqué à chaque com. munauté ceux qu’elle devait nourir à proportion de leurs facultés ; lui-même faisait distribuer quatre-vingts pains par semaine ; par ce moyen ils ont tous été secourus...….....La guerre nous a aussi fort inquiétées, les Anglais ont menacé tout l'été de venir assiéger Québec... »

Les années suivantes furent loin de ramener l’abondance et le bonheur dans la colonie : une maladie pestilentielle vint décimer les habitants de Québec, en 1746 ; les salles de l'Hôtel-Dieu ne suffisaient plus pour recevoir les malades, et l'Hôpital-Général fut obligé d'ouvrir ses portes à cinquante marins, atteints par le terrible fléau. Plusieurs religieuses et plusieurs prêtres furent du nombre des victimes, entre autres, M. Vallier, l’un des prêtres les plus distingués du pays. Il était alors à la cure de Québec ; son corps repose dans le chœur de la cathédrale.

L’évêque ne s’épargnait pas dans ces malheurs publics: il était le premier à se dévouer pour les malades comme pour les pauvres, et sa charité ne connaissait pas de bornes.

Son zèle n’était pas moins grand, quand il s'agissait de la formation et de la direction de son clergé. L'abbé Plessis dans l’oraison funèbre de Mgr Briand, dit que Mgr de Pontbriand se distinguait «par une connaissance profonde de la théologie et des lois de l’Église, et par une régularité de vie et de conduite qui le rendaient infiniment cher à ses diocésains.» Avec sa science el sa vertu, ce prélat était donc éminemment propre à servir de modèle à ses prêtres, et rien d'étonnant si l’on vit apparaître sous son administration l’admirable institution des retraites et des conférences ecclésiastiques. Il consulta d’abord tous les curés sur l’opportunité et les moyens de les établir, et, après avoir reçu leur avis, il se hâta de mettre à exécution le plan détaillé qu'il leur avait soumis. C’est dans les conférences ecclésiastiques, qu’il savait inspirer à ses prêtres le goût des études sérieuses, et qu'il savait les remplir d’une partie de cette science théologique qu’il possédait à fond. Les séminaristes avaient souvent la bonne fortune de recevoir eux-mêmes ses leçons ; il mettait son plaisir à disputer et à conférer avec eux, à les instruire et à les former de sa main. (a) Lui-même, au milieu de ses occupations multiples, avait soin de se ménager régulièrement quatre à cinq heures par jour pour l'étude, tant il était persuadé que les lèvres de l’évêque, plus encore que celles du prêtre, doivent être les dépositaires de la science.

(a) Pendant son épiscopat, Mgr de Pontbriand ordonna quatre-vingt-dix-sept prêtres,

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Pour les retraites ecclésiastiques, le clergé se réunissait au Séminaire de Québec, et c'était le prélat lui-même qui en payait les frais. Il y travaillait efficacement à l'union de tous les prêtres entre eux et avec leur évêque ; et son panégyriste: dit que « par sa douceur et sa sagesse il sut se concilier les esprits et se gagner les cœurs de ceux mêmes qui étaient les plus éloignés de ses vues et les plus intéressés à s’y opposer.» Il ajoute qu’il réussit à « maintenir la concorde et l'union non seulement entre les membres d’un même corps... mais aussi parmi les différents ouvriers évangéliques qu’il envoyait travailler de toutes parts à la vigne du Seigneur.» On voit par là que les difficultés et les procès dont nous avons parlé, créaient moins de malaise et de divisions qu’on serait porté à se l’imaginer, et qu'ils faisaient plus de ravages dans les cours que dans les esprits.

Tout en s’occupant de la sanctification de son clergé, Mgr de Pontbriand n’oubliait pas le peuple également confié à sa sollicitude pastorale. Ce fut surtout pendant le jubilé de l’année sainte, accordé par Benoît XIV, en 1750, et célébré en 1752 dans le diocèse de Québec, que le prélat montra jusqu'où pouvait aller son zèle et son amour pour les âmes. Après avoir donné, dans des mandements remplis de doctrine et d’onction, Jes avis les plus importants et les exhortations les plus éloquentes au clergé et aux fidèles, il se mit lui-même à la tête des prédicateurs et des confesseurs, et donna à tous l'exemple du plus grand dévouement. Citons ce qu'écrivait à ce sujet une sœur des Ursulines de Québec aux demoiselles de Pontbriand, sœurs du digne évêque, et religieuses visitandines en France : « Il a commencé, avant que le jubilé fût publié à la cathédrale, par donner lui seul cinq jours de retraite aux trois communautés de cette ville,

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Il parlait trois fois par jours en public, dans des froids excessifs, vivant très frugalement. Le reste de la journée était employé à parler en particulier aux religieuses. Il à fait aussi plusieurs exhortations aux prêtres, aux ecclésiastiques et aux élèves du Séminaire.

« Le jubilé étant ouvert en janvier, on donna pendant huit jours trois exercices par jour à la cathédrale, et Sa Grandeur parlait tous les jours de la manière la plus forte, la plus touchante et la plus pathétique. Cela ne fut pas aussitôt achevé que, sans se reposer, il monta à Montréal, qui est à soixante lieues de Québec, où il fit la même chose, tant pour le public que pour les deux communautés de religeuses qui y sont. »

Ce fut pendant la célébration du jubilé dans sa ville épiscopale que Mgr de Pontbriand eut le bonheur de convertir le marquis de la Jonquière, gouverneur de la Nouvelle- France, et de le réconcilier avec Dieu. Ge brillant officier français avait terni sa réputation par une avarice sordide, et on l’accusait de s'être emparé injustement du commerce autour des lacs, et de faire tyranniser les marchands par son secrétaire, auquel il avait livré le trafic de l’eau-de-vie. « Quoique riche de plusieurs millions, dit Garneau, il se refusa, pour ainsi dire, le nécessaire jusqu'à sa mort.» L'évèque, qui lui administra les sacrements de l’Église, exigea qu’il demandât pardon à son entourage, des scandales qu'il avait donnés, et se fit autoriser par le malade à publier son repentir dans la chaire de la cathédrale. (a)

(a) Nous avons la preuve de ce fait dans des mémoires écrits en 1758 et en la possession de M. l’abbé H. R. Casgrain. Voici ce que nous y lisons dans une page écrite le 14 mai 1758 :

‘ L'abbé de la Vallinière, prêtre de Saint-Sulpice, a prêché à la paroisse, avec plus de vérité que d’éloquence, contre le crime de voler le roi et l’obligation

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Mgr de Pontbriand donna aussi des retraites dans les bourgs voisins de Montréal, et alla porter la bonne nouvelle du jubilé jusqu'aux pauvres Sauvages qui demeuraient à l'extrémité de son diocèse.

En revenant de cette lointaine mission, il voulait s'arrêter aux Trois-Rivières, pour y travailler et prêcher comme il avait fait. à Québec et à Montréal ; mais deux incendies venaient de détruire presque toutes les maisons de la ville, et, pour comble de malheur, le monastère des Ursulines était lui aussi devenu la proie des flammes.

L’évèque, le cœur navré de douleur, s’'empressa de donner ses consolations aux malheureuses victimes du fléau et installa les religieuses dans la maison des Récollets, qui se choisirent temporairement une autre demeure. Le prélat ne put séjourner que quelques heures dans la ville aflligée, car, apprenant que le marquis de la Jonquière était à l’extrémité, il se hâta de descendre à Québec pour assister à ses dernier moments. (était le 17 mai 1752. Il y avait cinq mois que Mgr de Pontbriand était absent de sa ville épiscopale et qu’il se livrait à tous les travaux d’un véritable apôtre.

Le gouverneur mourut, ce jour-là même, à l’âge de soixante-sept ans, et fut enterré dans l’église des Récollets.

L'année suivante le prélat retourna à Trois-Rivières, pour aider aux Ursulines à rebâtir leur couvent, qui servait en

de la restitution. Cette opinion que de voler ie roi est licite est dans la tête de tous les Canadiens, depuis que MM. de la Jonquière et Bigot sont en place, et en donnent l’exemple pour eux et leurs créatures. M. de la Jonquière, au lit de mort, en fit une espèce d'amende honorable devant l’évêque qui lui portait le Saint-Sacrement, et l’évêque monta le lendemain en chaire pour en faire part au publie. *

même temps d'hôpital. Son inépuisable charité lui fit trouver le moyen de les remettre en état de remplir leurs fonctions d’institutrices et de servantes des pauvres. Il passa six mois à Trois-Rivières, surveillant lui-même les ouvriers qui travaillaient à la bâtisse du monastère, et les payant de sa propre bourse. Il ne dédaignait pas même de travailler avec les maçons et les menuisiers, et, pendant tout ce temps, il n’eut pour palais épiscopal que l'habitation des domestiques du monastère, seul bâtiment épargné par le feu. « Monseigneur, disent les annaies des Ursulines de Quéhec, est revenu parmi nous, pauvre et épuisé de forces par l’assiduité continuelle au travail depuis trois heures du matin jusqu’à sept heures du soir... La postérité devra regarder Mgr de Pontbriand comme le second fondateur des Ursulines des Trois-Rivières. » (a)

A peine avait-il relevé cette maison religieuse de ses ruines, qu’un nouveau désastre, arrivé cette fois dans sa ville épi-

(a) Voici ce qu'écrivait Mgr de Pontbriand lui-même à M. le comte de Nevet, son beau-frère : ‘Tout ce que je puis vous dirs, c’est que, depuis six mois, je suis à Trois-Rivières, logé au plus mal, au milieu de cinquante ouvriers de toute espèce, dont je suis le conducteur, le piqueur et le payeur, pour bâtir un hopital de deux cents pieds de long sur cinquante-quatre de large, et vingt-quatre de hauteur. Vous demandez où je prends .es fonds. Je fais emprunter les religieuses Tous mes domestiques travaillent. Je sollicite la cour à payer. On a fait deux cents livres d’aumônes..….…. Je suis extrêmement fatigué ; je me lève le plus communément à deux heures pour faire mes prières et prévoir ce qu’il faut, faire travailler mon monde qui est à la journée ; je suis devenu d’évêque, menuisier, charpentier, manœuvre, porte-bag, porte-oiseau..…... ??

‘“ Jusqu'à 1886, dit l’histoire du monastère des Ursulines des Trois-Rivières, l’on a conservé avec vénération un bluteau, où Mgr de Pontbrixnd pieuait son sommeil, durant les six mois qu’a duré la conutruction du nionastère. Les anciennes sœurs converses, en faisant visiter leurs départements aux nouvelles postulantes, leur montraient ce bluteau, en disant : Un évêque a couché ici bien

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scopale, sollicitait de nouveau la charité et le dévouement vraiment héroïques de l’évêque. Il était en visite pastorale à Montréal, lorsqu'une lettre lui apprit que son Hôtel-Dieu avait été détruit par un incendie, le 7 juin 1755. Pour combie de malheur, une religieuse, la sœur du Sacré-Cœur, avait péri dans les flammes. Mgr de Pontbriand adressa sans délai aux mères si cruellement éprouvées, une lettre de condoléance, et un mémoire dans lequel il leur indiquait les moyens de continuer leur œuvre. Ce moyen était d'offrir aux hospitalières et à leurs malades l’usage entier de son palais, avec son ameublement et toutes ses dépendances. Il indiquait ensuite les modifications qu’il fallait y faire pour le rendre propre à cet emploi, et il terminait son mémoire par ces admirables paroles :

« Enfin je livre toute ma maison pour cette bonne œuvre ; et, s’il est nécessaire, je me livre moi-même pour être le premier infirmier de ce nouvel hôpital. »

Mgr de Québec profita en même temps de sa présence à Montréal et du mouvement de sympathie qu'avait excité le malheur de l’'Hôtel-Dieu, pour faire parmi les citoyens de la ville une collecte qui se monta à plus de mille écus. (a)

Les mères de l’Hôtel-Diéu furent profondément touchéëés de la charité de leur évêque et de ses offres généreuses, mais elles ne furent pas obligées de les accepter. Reçues d’abord pendant trois semaines chez les Ursulines, elles allèrent s'installer ensuits chez les PP. Jésuites, qui avaient mis à leur disposition une des ailes de leur vaste collège. Elles y eurent bientôt organisé des salles de malades, d'autant plus

(a) Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québes par l’abbé Casgrain.

nécessaires que la petite vérole fit des ravages considérabies dans le cours de cet été.

Cependant l’évêque se hâta de venir en aide aux hospitalières et de leur fournir les moyens de reconstruire leur maison. Il fit faire dans la ville et dans les campagnes, une quête générale, qui s’éleva à la somme de treize cents écus, montant considérable pour cette époque. L'hôpital ne fut terminé qu’au milieu de l’année 1757.

Les bonnes religieuses n'avaient pas fini de s’installer, qu’elles virent arriver une affluence plus grande que jamais de marins et de soldats mourant des fièvres prises en mer; quatre-vingt-quatre y furent apportés dans une seule journée. Et à l’'Hôpital-Général il n’en était pas autrement : au mois de mai, six cents malades remplirent en peu de temps la plus grande partie de la maison, sans excepter la salle de communauté, l’infirmerie des religieuses et les appartements destinés aux classes. On peut se figurer le ministère laborieux et pénible de l’évêque et de ses prêtres au milieu de ces calamités épouvantables. « Les membres du clergé, dit l’annaliste de cette communauté, qui exerçaient leur ministère auprès de nos malades, ne furent pas plus exempts que les religieuses de ces fièvres dévorantes ; il en mourut quatre, dont trois dans le mois de septembre. Mgr de Pontbriand les assista lui-même avec une charité et une tendresse qu'on ne pouvait assez admirer. Ce fut à cette occasion que le bon pasteur régla que les aumôniers de l'Hôpital-Général seraient relevés, de vingt-quatre heures en vingt-quatre heures, et que tous les prêtres séculiers et réguliers y viendraient à leur tour. Il commença lui-même cet exercice, le 25 septembre. Le vénérable prélat ne se contentait pas de

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