‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 46 sur 132 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Affaire de la condjutorerie. — Mgr D'’Esglis. — Prudence et fermeté de Mgr Briand dans ses rapports avec l’autorité civile. — Murray. — Carleton. — Haldimand. — Loi de l’habeas corpus.

« Mgr Briand disait familièrement qu’il ne voulait être que le charretier de l’épiscopat en ce pays.» (a) Il n’en fut pas moins l’un des évêques les plus remarquables de l’église de Québec. et ce langage fait connaître sa sage prévoyance, et, disons-le. son génie. Ce fut en effet un acte de génie de pouvoir assurer la permanence de l’épiscopat, au milieu de difficultés sans nombre, et de songer à réaliser ce plan, avant même d’avoir été reconnu lui-même comme évêque. Car, pendant qu’il était encore à Londres, et qu’il conjurait les ministres du roi de donner un évêque à l’église de Québec, il n’était pas sans se demander ce qu'il adviendrait du siège épiscopal, à la mort de cet évêque ; ei à imagina d'obtenir deux évêques pour le Canada, l’un titulaire, Pautre coadjuteur eum futura successione, afin qu’à la mort de l’un, l’autre en pût consacrer un second, et qu’ainsi il n’y eût pas de vacance qui pût mettre de nouveau en question l'existence mème de l’épiscopat. Le Saint-Père fut touché de cette prévoyance admirable, et, par un bref du 9 avril 1766, il donna à Mgr Briand la permission de se choisir un coadjuteur,

(a) Oraison funèbre par M, Plessis,

« pourvu que les Anglais n’y missent aucun empêchement » (a) et aussi celle de le consacrer sans qu'il y eût deux évêques assistants, outre le consécrateur.

Après bien des lenteurs, la cour de Londres permit à Mgr Briand de mettre son dessein à exécution, et, aussitôt que le nouveau gouverneur, le général Carleton, fut arrivé à Québec, le prélat lui fil part du grand désir qu'il avait d’avoir un coadjuteur et de la permission qu’il avait obtenue de la cour, à cet effet. M. Carleton, dont les instructions ne cadraient pas beaucoup avec cette permission donnée seulement de vive voix, craignit d'encourir le blâme des ministres qui l'avaient envoyé, et, malgré les excellentes dispositions dont il-était animé, il fit attendre l’évêque quatre longues années, avant de se rendre à ses supplications. Enfin, sur l: point de retourner en Angleterre, il proposa de lui-même M. Mariauchau d'Esglis pour le futur coadjuteur, et vouiut que Mgr Briand procédât sans plus tarder à sa consécration. Un grand nombre de prêtres étaient du mème avis, el disaient que l’on n'avait pas besoin d'attendre pour cela que les bulles fussent arrivées de Rome ; on le voit par la correspondance échangée entre l’évêque et le cardinal Castelli, préfet de la Propagande.

« J'avais demandé, écrit Mgr Briand, qu’en cas de maladie je pusse consacrer avant de recevoir les bulles, c'était la seule raison que je donnais alors ; notre gouverneur prétendait que je pouvais consacrer aussitôt qu’il a eu conné son consentement ; presque-tous les catholiques le pensaient. J'ai eu une petite tempête à essuyer, mais j'ai tenu ferme, et

(a): Lettre du cardinal Castelli, 16 mars 1788.

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MGR BRIAND 299 douné des preuves si évidentes de la justice de mon refus, que tout est calme à présent. Je suis sûr au moins d’avoir persuadé le gouverneur, qui ne me pressait d’ailleurs de consacrer, que par la crainte qu’un autre gouverneur n'eût pas la mème bonté pour rious. »

La difficulté des communications était alors si grande, que la réponse à cette lettre mit deux ans à arriver de Rome. Le cardinal Castelli approuvait en tout la conduite de l'évèque, et il lui disait,en lui adressant les bulles de Mgr D'Esglis : « Quels remerciments n’ai-je pas à vous faire, de ce que vous avez empêché qu’on empiétât sur les droits et l'autorité du siège apostolique ! »

Dans l'intervalle, des murmures contre l’évèque avaient continué de se faire entendre, sa santé laissait à désirer et l'on craignait que sa mort ne laissât encore une fois sans pasteur une église déjà assez éprouvée. La réponse du cardinal Castelli fit voir de quel côté étaient la sagesse et la science ecclésiastique. Mgr Briand écrivit du suite au préfet de la Propagande : « L'approbation que Votre Éminence a donnée à ma conduite, dans l'affaire du coadjuteur qu'on voulait me faire consacrer sans les bulles du Souverain Pontife, a produit des effets excellents et a fermé la bouche à un nombre d'ignorants, qui, huit jours auparavant la réception de votre gracieuse lettre, continuaient encore de me blâmer et de publier que j'étais cause qu'on n'aurait pas un second évêque en Canada. Votre Éminence doit ètre étonnée d’une pareille accusation, vu qu'ils n’ignoraient pas que c'est moi seul qui en ai fait les poursuites auprès du Saint-Siège et de la cour de Londres. Comment pouvaientils penser que je m'y opposasse actuellement ? Mais ils

méritent le pardon. Ni prêtres, ni laïques n'étaient instruits ici de ces sortes d'affaires ecclésiastiques, parce que jamais elles n’y avaient été traitées. On saura dans la suite comment sy prendre, et je ne suis pas fâché de les avoir instruits, quoiqu'un peu à mes frais. »

Le coadjuteur, M. Louis - Philippe Mariauchau D’Esglis, était un prêtre âgé de soixante-et-deux ans, et curé, depuis trente-sept ans, à Saint-Pierre de l'Ile d'Orléans. Comme il était allié aux premières familles du pays et que plusieurs de ses parents avaient une grande influence auprès du gouverneur, on ne manqua pas de songer à lui quand il fui question de choisir un coadjuteur. Myr Briand se garda bien de proposer un autre sujet, et accepta de suite celui qui semblait avoir le plus de chance d’être accepté par le gouvernement anglais, d'autant plus qu'un des proches parents du candidat partait pour Londres, en même temps que le général Carleton. (a\ L'abbé D’Esglis était d’ailleurs un très digne prêtre ; et Mgr Briand faisait de lui cet éloge en écrivant au cardinal Castelli : «Je puis répondre et je réponds en effet de l'intégrité de sa foi, d’une bonne réputation parmi le peuple, qu'il est considéré du clergé et en estime auprès des Anglais, à cause de sa modération, de sa sincérité et de sa franchise. »

Mgr D'Esglis fut consacré dans la chapelle du séminaire, le 12 juillet 1772, mais il ne fut proclamé solennellement que le 16 mars 1774, le même jour où Mgr Briand fit son entrée dans sa cathédrale, L'évèque de Québec fit lire à cette

(a) M. D'Esglis avait quatre ans de plus que Mgr Briand, et on pouvait croire qu'il mourrait avant lui, ce qui arriva en effet.

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occasion un mandement remarquable, dans lequel il raconte tout ce qu’il a fait pour assurer la permanence de l’épiscopat en Canada. Et après avoir parlé des difficultés qu'il avait éprouvées pour se faire accepter lui-même comme évêque par la cour de Londres, il en vient à parler de la grande affaire de la coadjutorerie :

«Je conçus alors que je n’en avais pas fait assez pour perpétuer l’épiscopat en Canada, qu’il tomberait infailliblement, si, à chaque vacance, il fallait que le nouvel élu fit le voyage d'Europe, voyage extrêmement dispendieux, et qu’il essuyât toutes les difficultés et lenteurs que j'avais éprouvées. Je savais que l'évêché n'était plus doté et n'aurait plus aucun fonds, je connaissais la pauvreté de cette colonie et ne prévoyais pas qu’elle dût s'en relever aussi promptement qu’elle l’a fait par les avantages que lui a procurés notre sage et heureux gouvernement, que ces vacances et ces voyages en Europe pourraient arriver fréquemment, et, par conséquent, devcair tort onéreux pour un pauvre peuple dont j'étais devenu le père, peut-être ralentir son zèle et enfin le détacher de sa religion.

« Pour parer à ces inconvénients, dont vous devez ressentir tout le poids, j'imaginai le projet dont vous voyez l'exécution sous vos yeux : c’est-à-dire qu’il y eût toujours en Canada deux évêques, dont l’un serait titulaire et l’autre coadjuteur avec droit de succéder. De cette façon, si l’un des deux vient à mourir, l’autre aussitôt, avec le consentement du gouvernement, se choisira un coadjuteur, postulera, et obtiendra ses bulles de Rome, et le consacrera, et ainsi successivement sars aucuns frais et sans aucune obligation au voyage d'Europe

« Mon projet fut agréé des cours de Londres et de Rome, J1 doit vous tranquilliser, Nos Très Chers Frères, sur la perpétuité de l’épiscopat dans votre église ; il n’est point onéreux au peuple et ne peut être que très conforme à l'esprit du gouvernement ; il ne reste à craindre que le cas où les deux évêques mourraient dans la même année, malheur qui, je l'espère de la divine Providence sur l’église du Canada, n’arrivera jamais ou presque jamais.

« Si vous aimez sincèrement votre religion, vous devez être extrêmement attentifs, et vous intéresser vivement à ce qu'on ne s’écarte jamais de ce plan, que tous voient si heureusement exécuté dans la personne de monseigneur d’Esglis, évêque de Dorylée, que vous voyez ici présent, revêtu de toutes les marques de l’épiscopat. Il est né parmi vous et d'une famille distinguée. C’est le digne coadjuteur que nous nous sommes donné. Vous n’avez pas ignoré sa consécration, quoique pour des raisons, dont quelques-unes ne vous sont pas inconnues, nous ne vous l’ayons pas jusqu’à ce moment canoniquement arinoncée. (a)

« Ce récit simple et fidèle, dont je rougirais si mon cœur vous aimait moins, doit vous faire concevoir que, dans tout ce que j'ai fait, je n’ai eu d'autre but que votre bien et celui de vos enfants, que je n'ai jamais considéré mes intérêts personnels, que la conservation «le notre religion et l’établissement solide de votre église a été l’unique objet de toutes mes démarches, et même dans l'affaire qui vient de se terminer si heureusement et qui nous rassemble aujourd'hui.

(a) L’évêque de Dorylée comptait des proches parents parmi les marguilliers obstinés qui refusaient à Mgr Briand ses droits sur lu cathédrale. Ce fut aussi l’une des raisons qui retardèrent la proclamation du coadjuteur.

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tome. « Peut-être quelques-uns d'entre vous ont-ils été surpris et a per- m'ont-ils blâmé de ce que je différais, depuis près de deux éreux ans, à associer aux pénibles fonctions de l’épiscopat un aussi rit du digne coadjuteur que celui que la divine Providence m'avait , deux préparé, dans l’illustre personne de Mgr de Dorylée ?— qui, je Certainement, Mes ‘Très Chers Frères, mon attachement, nada, mon estime, ma parfaite confiance, et mon profond respect pour Sa Grandeur, sont aussi anciens que notre connaissance, devez et durent depuis plus de trente-deux ans, sans la plus légère itàce altération ; mais de concert avec ce sage prélat, j'ai cru si heu- devoir vous instruire par cet exemple des règles de l'Église Esglis, trop peu connues, partout en général, touchant les coadjuêtu de teurs, à cause de la rareté du cas.

ous et « La nomination de M. D'Esglis pour coadjuteur, les bulles e nous du Souverain Pontife, sa consécration elle-même, ne lui ration, donnaient aucune autorité dans le diocèse, pas plus qu’il s sont n'en avait étant simple curé; il ne pouvait y exercer aucune oment fonction épiscopale, et voilà ce que j'ai cru important que vous apprissiez. D'ailleurs, n'étant pas moi-même univercœur sellement reconnu selon tous mes droits et en possession de s tout mou siège, j'attendais avec confiance, de la part de netre celui Dieu, des jours plus calmes et plus sereins. Ils sont enfin itérêts arrivés ces jours heureux, je suis entré en Sion, j'ai chanté tablis- les louanges du Seigneur dans l’église qu’il m'avait destinée, toutes jy ai offert à sa gloire le sacrifice de son Fils pour mes À de se chères ouailles. J'en ai une joie si grande que je n’ai plus d'hui. rien à désirer sur la terre. Oui, c’est en toute vérité, Sei- Î gneur, que je puis vous dire avec le saint vieillard Siméon : CR pEE TS puilliers | nunc dimillis servum tuum in pace. Mes Chers Frères, dont le Ë : t Aussi

salut m'a été confié par le Tout-Puissant, Nos Très Chers

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Enfants, que j'aime en Jésus-Christ plus que moi-même, plus que tout ce que j'ai au monde. voilà un nouveau pasteur que je vous donne, un autre moi-même. Je vois votre religion assurée, rien ne me retient ici; plein de confiance en ia miséricorde de mon Jésus, sans être arrêté par la multitude de mes péchés, je me présenterai devant son redoutable tribunal, en lui disant que je ne vous ai pas laissés orphelins, que je vous ai donné un zélé pasteur, un prudent et vigilant évêque, qui réparera mes fautes el vous conduira plus sûrement au port du salut. »

Dans cette affaire de la coadjutorerie, Mgr Briand sut, avec un tact et une fermeté admirables, remplir ses devoirs envers l'Église et l'Étai, et faire respecter les droits du Souverain Pontife, sans mécontenter le représentant du roi. C’est par cette courtoisie et cette franchise dans ses rapports avec les gouverneurs, que le digne évêque réussit à obtenir pour notre pays une liberté religieuse qui s'est accrue sans doute, mais dont il avait posé les bases inébranlables.

On sait à quels dangers notre sainte religion était exposée et quels étaient les sinistres projets des fanatiques protestants de Londres et de Québec. Une université d'Angleterre proposa le système suivant : «Ne parler jamais contre le papisme en public, mais le miner sourdement ; engager les personnes du ::xe à épouser des protestants; ne point disputer avec les gcns d'Église et se défier des Jésuites et des Sulpicienus ; nu pas presser le serment d’allégeance ; réduire l'évêque à l’indigence; fomenter les divisions entre lui et les prêtres; exclure les Européens de l’épiscopat, ainsi que les habitants du pays qui ont du mérite et peuveut main. tenir les anciennes idées; si l’on conserve un collège, en

plus exclure les Jésuites et les Sulpiciens, les Européens et ceux lune qui ont étudié sous eux, afin que, sans secours étranger, le igion papisme s’ensevelisse sous ses propres ruines; rendre ridion ':à cules les cérémonies religieuses qui frappent ce peuple ; iiude empêcher les catéchismes; faire grand cas de ceux qui ne table feront aueune.instruction au peuple, les entraîner au plaisir elins. et les dégoûter d'entendre les confessions ; louer les curés gilant luxueux, leur table, leurs équipages, leurs divertissements ;

plus excuser leur intempérance, les porter à violer le célibat qui

en impose au peuple ; tourner les prédications en ridicule.»

? hinré , A x d sut, Ce plan de l'enfer sus déjoué. Le général Murray, en dépit des fanatiques qui l’entouraient, aima mieux suivre les

Fa lois de la justice et de la conscience que les instructions AS ob infâmes que lui envoyait le bureau colonial. Son successeur, pports M. Carleton, fut encore plus favorable aux catholiques, et tenir demeura toute sa vie l'ami et le protecteur des Canadiens. ane Voici comment Mgr Briand rend compte au Cardinal Castelli

ables. de l’état de son diocèse, en 1772 :

pôsée «La religion.s’exerce librement, la piété tient le dessus,

rotes- l'iniquité est blâmée : si elle se montre, elle est en horreur

Site au plus grand nombre. Les Anglais m'aiment, m’estiment,

nee me considèrent et me respectent plus que les catholiques

r les eux-mêmes ne le font, et, depuis six ans, je n'ai reçu d'eux

it dit que des marques de confiance. Le gouverneur m'a présenté

ki dés un serment différent de célui du Test ; je l’ai rejeté, parce

duire qu'il s'y trouvait quelques mots équivoques ; il a eu la

Lui et complaisance de le réformer et je l’ai accepté. »

si que L'évèque envoya plus tard au Saint-Siège la formule de Li aie

ai ce sérment d’allégeance qui fut approuvée.

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Elle était conçue en ces termes :

« Moi, N. promets et affirme par serment que je serai fidèle et porterai vraie foi et fidélité à Sa Majesté le roi George, que je le défendrai de tout mon pouvoir et en tout ce qui dépendra de moi contre toutes perfides conspirations et tous attentats quelconques qui seront entrepris contre sa personne, sa couronne et sa dignité, et que je ferai tous mes efforts pour découvrir, et donner connaissance à Sa Majesté, ses héritiers et successeurs, de toutes trahisons, perfides conspirations et tous attentats que je saurai être entrepris contre lui ou aucun d'eux, et je fais serment de toutes ces choses sans aucune équivoque, subterfuge mental et restriction secrète, renonçant pour m'en relever à tout pardon et dispense d’aucuns potvoirs ou personnes quelconques. Dieu me soit en aides»

« La prestation du serme:'t d’allégeance par le coadjuteur et l'évêque, entre les mains du gouverneur en conseil, dit M.S. Pagnuelo, (a) et l'agrément que celui-ci faisait de la personne présentée à la charge de coadjuteur cum futura successione, n'avait rien de directement attentatoire à l’indépendance de répiscopat ; le gouvernement n’exerçait par là aucun acte de suprématie, puisqu'il ne nommait pas, etsurtout puisque l’évêque ne recevait pas ses pouvoirs de l'État, mais de Rome ; il fallait alors beaucoup de ménagement et de prudence de la part du clergé, pour ne pas donner prise à la persécution et pour parvenir à se faire reconnaître, sans faire de concession incompatible avec sa dignité ; cette formalité que le gouvernement exigeait pour s'assurer de la ioyauté de ce havt fonctionnaire de l'Église, eut pour résultat l'abandon

(a) Études historiques et légales sur la liberté religieuse en Canada,

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de la plus redoutable prérogative que la couronne réclamait, celle de nommer l’évêque et de lui donner les pouvoirs de sa charge ; peu à peu l’usage établissait un droit public en faveur de l'indépendance de l’Église que les hommes d’État et les légistes anglais reconnurent plus tard comme l’ur. des plus grands obstacles à l'exercice des prétendus droits de la Couronne.»

Mgr Briand exerçait toutes ses fonctions épiscopales avec la plus entière liberté, et, dans son premier mandement, il prit de suite le titre d’évéque de Québec par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Siège Apostolique. Il nommait aux cures, en dépit des prétentions des ennemis de l'Église, qui voulaient que toutes les nominations relevassent du gouvernement. L'évêque re l’entendait pas ainsi, et, un jour, il sut dire au général Murray : « Ma tète tombera avant que je vous accorde la permission de nommer à une seule cure.»

Si l'acte de Québec fut l’heureuse conséquence de la révolution américaine, le Canada le dut aussi en grande partie à l’ascendant extraordinaire que Mgr Briand exerçait sur le gouverneur et à la sage direction qu’il donna aux membres influents de la colonie. Par cet acte, passé en 1774, l’Angleterre accordait aux catholiques le droit d'occuper les charges publiques et de faire partie du Conseil Législatif ; elle abolissait aussi le serment odieux de l’abjuration, qui cependant n'avait jamais été prèté, et confirmait le bre exercice de la religion catholique.

Voici ce que Mgr Briand disait au sujet de cet acte, en écrivant à un de ses amis de France, le 10 mars 1775 « Dans le bill qui autorise la religion, on à pourtant mis le

mot de suprématie, (a) mais nous ne jurons pas par le bill. J'en ai parlé à Son Excellence, notre gouverneur, qui m'a répondu : qu'avez-vous à faire au bill? le roi n'usera point de ce pouvoir ; et il consent bien et il prétend même que le pape soit votre supérieur dans la foi. Mais le bill n'aurait pas passé sans le mot. On n’a point dessein de gêner votre religion, et notre roi ne s’en mêlera pas autant que fait le roi de France. On ne demande pas, comme vous le voyez, par le serment, que vous reconnaissiez cette suprématie. Laissezle dire et croyez ce que vous voudrez. »

Le gé”éral Haldimand, qui gouverna la colonie, depuis 1778 à 1785, crut que le seul moyen de conserver le ‘ : nada à l'Angleterre. était de régner par la terreur ; il ne réussit qu’à se faire souverainement détester par tous les citoyens et par faire désirer son rappel. Cependant cet homme dur

et tyrannique ne laissait pas d’avoir de grands égards pour Mgr Briand, et de reconnaitre son autorité pour tout ce qui regardait le gouvernement de l'Église. La lettre suivante, qui n’a pas besoin de commentaire, en est une preuve éclatante :

« Monsieur,

« Je vous renvoie la requête que les habitants de la Rivière Ouelle vous ont adressée, et dont je désapprouve entièremcen. le style ; mais comme elle regarde le spirituel, c’est à vous,

(a) Le bill disnit il est déclaré... que les sujets de Sa Majesté professant la religion ds l’Egliso de Rome, dans la Province de Québec, peuvent avoir, conserver et jouir du libre exercice de la religion de l'Église de Rome, soumise à la suprématie du Roi... 7?

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Monseigneur, à décider sur la validité des plaintes que les habitants forment contre leur curé, (a)

«J'ai ordonné au Capitaine des Milices de venir incessamment à Québec, pour me rendre compte d’une conduite aussi irrégulière et indécente que celle d'avoir signifié au curé, à la requête des habitants, de sortir du presbytère.

«Je suis trop bien informé de la bonne conduite que le clergé du Canada a tenue envers le Gouvernement, lors de l'invasion des rebelles, pour ne pas réprimer la moindre insolence qui pourrait leur être offerte de la part des habitants ; et j'ai trop de confiance dans votre zèle pour le service du roi et dans votre justice envers son peuple, pour permettre à qui que ce soit, d’empiéter sur vos droits, et désobéir à vos ordres.

«J'ai l'honneur d'être, Avec considération et une parfaite estime, Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

Fren. HaLpiMann.

«Québec 13e juin 1780.

A Mgr l'Évèque de Québec. »

Cependant les Canadiens étaient loin d’être satisfaits de l'acte de Québec, et surtout de l'interprétation que lui donnaient le gouverneur et ses fanatiques conseillers. Des pétitions furent portées à Londres par trois députés, pour deman-

(a) Ce curé était M. J. L. L. Parent. L'Évêque lui laissa sa cure, malgré la requête des habitants. Mais, l’année suivante, M, Purent tomba malade en se rendant à Québec, et mourut à Saint-Vallier, le 13 mars 1781.

der l'introduction de l'acte d’habeas corpus ; on voulait aussi que tous les habitants du Canada fussent admis, sans distinction de race ni de religion, à la participation des droits et des privilèges qui appartenaient aux Anglais dans toutes les parties du globe; mais cette députation n’eut pas le succès désiré, car les Canadiens eux-mêmes étaient divisés sur l'opportunité d’un changement de gouvernement, et plusieurs, entre autres M. de Saint-Luc, proposèrent une adresse au roi pour le prier de maintenir l’acte de 1774.

Mgr Briand ne pouvait rester indifférent à l’état de gène dans lequel se trouvaient ses diocésains. Il gémissait sur le régime de terreur qu'avait inauguré le général Haldimand, et il désirait ardemment en voir la fin. La lettre suivante qu’il adressait à M. Carleton, alors à Londres, nous fait connaître ce qu’il pensait du gouverneur et des démarches que l’on faisait pour en délivrer la colonie :

« Les députés m'ont dit que Votre Excellente avait été surprise que je n’eusse pas paru dans le mémoire, et que c’est pour cela que le gouvernement n'avait pas octroyé leur demande. On a pensé que c'était par crainte du gouverneur ; oh ! non. De ma vie je n'ai craint homme, je me reproch: même, à présent que je suis aux portes de la mort, de ne pas assez craindre Dieu, mon redoutable juge. J'ai l'honneur d’être connu de Votre Excellence ; je sais aimer, mais non craindre. Les bontés me rendent faible et mou, les grossièretés et les duretés me trouvent homme et ferme. La conduite du gouverneur, dont on trouve des exemples à la Chine et au Japon, et point à Constantinople, avait causé de

-la fermentation dans les laïques et dans le ciergé. J'écrivis pour en détruire ou au moins pour en affaiblir l’odieux. On

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aussi n'y eut pas assez d’égard. On alla en avant, et je ne crus

tinc- pas qu’il me convint d'approuver une démarche que je ; PE n1

Lis et croyais trop précipitée et avoir un air d'humeur. L'objet 44 “

s les était bon, je l’'approuvais, je l’approuve encore, et je vous È t

1CCès supplie de le favoriser, de le soutenir de toute votre influence, sur et de faire sentir à la cour que c’est le seul moyen de main-

eurs, d tenir ia paix et la tranquillité dans la colonie.» (30 juin 1784.)

e au L’habeas corpus fut accordé, mais comme on privait de ce

privilège les communautés religieuses du diocèse, elles pré-

gène sentèrent un mémoire au Conseil Législatif pour réclamer

ur le contre cette exclusion injuste. (a) Le conseil fit droit à leur

and, demande, et bientôt l’évêque fut informé officiellement de

yante l’heureux résultat de l'affaire. Il écrivit de suite au président, He À Con- Lord Hamilton, pour lui témoigner sa reconnaissance et ARR Pr s que il ajoutait : « Si je désire quelque relâche à mes maux, c’est 4

pour continuer à m’'user au bien de la province, à retenir

été toutes les communautés et les peuples que Dieu m'a confiés, f c'est dans l’obéissance au roi, et à son auguste parlement. PRE V leur » J'ose vous prier de consigner dans vos registres ce présent jan eur ; témoignage de mon dévouement à Sa Très Gracieuse Majesté, och de mon éternelle reconnaissance pour vos faveurs, et du

pas profond respect avec lequel je suis, etc. » neur Haldimand fut rappelé er 1784 ; il demandait lui-même

non son retour depuis deux ans. L’administration de la province Dros- fut confiée temporairement au lieutenant - gouverneur

La Hamilton, puis au colonel Hope, et, en 1786, Sir Guy Carleton à la Lé de (a) Ce mémoire fut signé par MM. Bédurd, Gravé et Lahaille du Séminaire de Re SE

Québec, par le Père Félix Berey, supérieur commissaire des Récollets et par les supérieures, assistantes et discrètes des Ursulines, de l'Hôtel-Dieu et de l’Hôpital- (ténéral de Québec,

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NOTICES PIOGRAPHIQUES revint comme gouverneur avec le titre de Lord Dorchester. « Ce fut, dit l'abbé Casgrain, (a) le plus habile homme d’État que la Grande-Bretagne ait eu dans la colonie. Par sa prudence et son esprit conciliant à l'égard des Canadiens, il valut à l'Angleterre plus qu’une armée, et l’on peut dire que, si Wolfe a conquis le Canada, c’est Carleton qui l’a conservé. Nommé gouverneur du pays à quatre époques différentes, il y a laissé une réputation que le temps n’a pas fait oublier. »

On verra dans les chapitres suivants quelle fut la conduite de cet homme illustre dans la question des Jésuites et pendant l'insurrection américaine, en même temps que nous parlerons du rôle qu’eut à jouer Mgr Briand au milieu de ces événements remarquables. Ce qui précède suffit, croyonsnous, pour moutrer quels furent les rapports du prélat avec les différents gouverneurs du pays, et quel fut son zèle et sa fermeté pour assurer à l’église de Québec les avantages de l’épiscopat et de la liberté religieuse.

(a) Histoire de l’Hétel-Dieu de Québec.

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