‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 67 sur 132 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Hostilités des protestants contre la religion catholique en Canada.—Le général Prescot.—$ir Robert Milnes.—Le bishop Mountain.—Le gouverneur Milnes offre {d'obtenir la reconnaissance civile pour l’évêque.—Lettres de Mgr Denaut et de Mgr Plessis.—Requêtes présentées au gouverneur et au roi.— Éloge de Mgr Denaut.—Sa mort.

« Lorsque Mgr Denaut prit possession de l'évêché en 1797, le général Robert Prescot, gouverneur en chef, le pria de lui remettre, chaque année, une liste des nominations qui auraient été faites dans les douze derniers mois, afin qu’il pût lui-même en rendre compte au ministère, si on l’interrogeait ; il ajoutait que, pour le reste, l’évêque serait parfaitement libre dans ses opérations. Prescot fut rappelé dans l’année 1799, et remplacé par le lieutenant-gouverneur Sir Robert Milnes, qui se montra tout dévoué au chef de son église.

« Alors commencèrent des tracasseries, qui grandirent de jour en jour, et finirent par menacer la liberté du culte catholique. Le dessein des chefs de la coterie était d’anéantir l'autorité de l’évêque de Québec, de nommer aux cures et de s'emparer de l'instruction publique,

« En 1801, ils réussirent à obtenir du parlement provincial une loi dont ils espéraient se servir pour accaparer l'éducation. Cette loi établissait une corporation désignée sous le nom d’Institution royale pour l’encouragement del'instructionpublique, et semblait coutenir des dispositions libérales en faveur de

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D'un autre côté, l’évêque Mountain se plaignait amèrement à Londres, parce qu’on lui refusait le droit de nommer aux cures.

«Tandis que le surintendant de l’église romaine, écrivait-il, prend publiquement le titre d’évêque de Québec, il a luimême, aussi bien que son clergé, un soin tout particulier de ne refuser ce titre ; il dispose, comme il l'entend, de toutes les cures du diocèse, érige des paroisses, accorde des dispenses de mariages selon son plaisir, et exerce librement toutes ces fonctions que lui refusent les instructions royales, et que l’évêque protestant n’a jamais remplies. »

Les choses en étaient là, quand le gouverneur, sir Robert Milnes, fit des ouvertures à Mgr Plessis, avant de retourner en Angleterre, et offrit de procurer à l’évêque de Québec une existence civile, qui lui était contestée devant les tribunaux, où l’on prétendait qu'il n’était pas reconnu par le gouvernement, Le coadjuteur écrivit de suite à Mgr Denaut,

(a) L'abbé Ferland, ‘ Mgr. J. O. Plessis, ?”?

442 NOTICES BIOGRAFHIQUES

pour lui faire connaître ces offres si importantes et en même temps si dangereuses. Voici cette lettre :

« Québec. lundi-saint 1805, « Monseigneur,

« Le gouverneur Milnes, en m’annonçant, l’autre jour, qu'il avait obtenu un congé d'absence pour faire le voyage d’An. gleterre, me fit l’houneur de me dire et m’a répété depuis, que, souffrant de voir l’église catholique de cette Province dans un état précaire, sans existence légale pour son évêque, sans appointements, sans prérogatives déterminées, exposée à des contestations sur tous les points, en proie aux criailleries des avocats et enfin dans une espèce de cahos où tout était obscur, il désirait obtenir des ministres de Sa Majesté une commission ponr l’évêque catholique, qui serait ensuite expédiée ici par le gouverneur au nom du roi laquelle, laissant de côté tout ce qui concerne le spirituel auquel il conçoit qu’il n'appartient à personne de toucher, donnerait à l’évêque un état convenable à sa dignité, semblable à celui dont jouit l’évêque anglican et sans qu'il y eût rien de commun entre l’un et l’autre, déterminerait les temporalités de l’évêque, fixerait ses prétentions sur le palais épiscopal, sur les fabriques, sur les curés, sur l’érection des nouvelles paroisses, etc., etc.; que cette Province n'ayant aucune plainte à faire contre son administration depuis six ans qu’il la gouverne, il était sûr d'obtenir tout ce qu'il demanderait de raisonnable, soit sur cet article, soit sur tout autre, mais que, pour aller avec plus de sûreté, il fallait bien

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heurter ni les prérogatives du gouvernement ni les principes de lureligion catholique, que tous les articles qui devaient trouver place dans cette commission avaient besoin avant toutes choses d’être examinés et discutés ici à l'amiable, afin que les parties intéressées n’eussent ni à se plaindre ni à se tenir en défiance désormais les unes contre les autres, comme il semblait que l’on avait fait jusqu’à présent; qu’il n’était pas homme de loi, mais qu’il avait donné pleine liberté à ’avocat général de raisonner avec moi sur tous les points qui pouvaient êlre mis en question, afin de prendre sur le tout des conclusions convenables: que se considérant ici comme le père commun des protestants et des catholiques, il se croirait heureux d’avoir pu procurer au clergé romain une existence certaine et indépendante, au lieu de la situation précaire où il le voyait avec peine. Telle est, à peu près, l'ouverture que m'a faite Son Excellence, dans des termes qui ne me permettent pas de douter qu'il n’y aille très sincèrement. Je lui ai immédiatement observé et il a compris que tout ce qui pourrait être agilé ici, devait être rapporté à mesure à Votre Grandeur, et qu'on ne pourrait prendre de conclusions que celles que vous trouveriez bon d'admettre, comme étant le premier intéressé dans les points à discuter, J'ai répété la même chose à l'avocat général, dont M. Wil. Grant, qui preud un vif intérêt à la chose, m'a procuré hier la visite. Cette première conférence a duré une heure et demie ; l’avocat général a montré une bonne volonté qui ne parait le céder en rien à celle du lieutenani-gouverneur, et sest offert de converser avec moi sur le tout, autant de fois que je le désirerais, soit chez lui, soit chez moi, à tels jours et telles heures que je voudrais lui fixer.

« Leprincipal objet qui ait été agité dans cette conversation, a été la fixation des curés. J'ai allégué contre : 10 une possession contraire en faveur de l’évêque, fondée apparemment sur l'impossibilité de mettre à exécution l’édit de 1679; possession reconnue par les intendants comme on peut le voir dans les archives de la Province ; 2 la presque impossibilité de faire administrer les missions distantes, si chaque curé s’en tenait à son titre et refusait d'étendre ses soins au delà; 30 l'avantage même qui résulterait au gouvernement de n'avoir affaire qu’à l’évêque, au lie qu’il aurait affaire avec tous les individus, s'ils n'étaient pas tous à la disposition de celui-ci; 40 la facilité qu'aurait le gouvernement d’attribuer aux prêtres révocables au nutum les prérogatives de curés, autant de temps que l’évêque, de concert avec le gouverneur, trouverait bon de les laisser en place; 50 l’indépendance effective où se trouveraient des curés titrés au préjudice d’un évêque auquel le gouvernement ne voudrait probablement pas acccorder une officialité.—L'avocat général répond à cela, qu’en opinant pour la fixation des curés, comme étant une existence plus canonique, il opine aussi pour létablissement d’un tribunal ecclésiastique où ils seraient justiciables de l’évêque ; qu’il ne voit pas que le gouvernement, dans cette supposition, pût refuser à l’évêque un tel tribunal dont les appels comme d'abus ressortiraient à la cour du banc du roi, ou plutôt dont les affaires seraient d'abord soumises à la dite cour par un officier de l’évêque, qui de: vrait constamment s’y trouver, afin qu’elle prononcât sur la compélence du juge d'église, pour prendre connaissance de telle affaire, après quoi le jugement de celui-ci serait final et souverain.

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«J'ai insisté à prétendre que des curés révocables et reconnus comme tels par le gouvernement, seraient, à mon avis, toujours préférables à des curés fixes, même en supposant une officialité pour les réduire, parce que le nombre des missions pauvres et pénibles auxquelles on ne pouvait raisonnablement donner un titre, demandait souvent des déplacements que la fixation des curés rendait impraticables. Nous en sommes restés là, avec promesse de nous revoir bientôt, mais sans avoir pu l’exécuter jusqu’à ce moment, les affaires de cour l'occupant de son côté et les confessions me capuivant du mien.

«L'idée de ce monsieur serait que le gouverneur présentât les sujets aux cures et que l’évêque leur donuât linstitution. C'est, en effet, la marche que l’on suit dans l’église anglicane. Mais il est aisé de sentir du premier coup les inconvénients multipliés qu'aurait par rapport à nous un tel système, qui dcanerait lieu aux protections, recommandations, etc., etc. et conduirait immanquablement de mauvais sujets aux bonnes piaces.

«Quoiqu'il! en soit, je me persuade que Votre Grandeur saura bon gré au lieutenant-gouverneur de sa bonne volonté ct de la franchise avec laquelle il a l'air de procéder. Dieu peui se servir de tout cela pour sa gloire et l’accroissement de son royaume dans cette partie du monde chrétien.

«Je suis avec le plus grand respect, Monseigneur, De Votre Grandeur Le très humble et très obéissant serviteur,

+ J. O. Év. de Canathe, «Québec, 8 avril 1805. »

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