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Mgr Denau!t manifesta de suite une grande répugnance à signer des requêtes pour demander la reconnaissance civile, que le gouverneur cffrait d'obtenir de la cour d'Angleterre, et il y eut bien des pourparlers entre lui et son coadjuteur, avant qu’ii se décidât à admettre le projet qu’on lui avait souinis. La lettre suivante fait connaître ses craintes et ses
alarmes :
« Longueuil, 4 juin 1205.
« Monseigneur,
«......... de Suis sensible, comme je dois, à l'offre généreuse de Son Excellence, de vouloir bien se charger de présenter à Sa Majesté ou à ses ministres, l’exposé de l’état actuel de la religion romaine en ce pays. Je crois, comme vous, que M. le chevalier Milnes désire sérieusement l'établissement solide de l'évêque de Québec, et ce désir, que je crois bien sincère, invite ma reconnaissance. Mais, à votre avis, d’après nos principes, les moyens d’y parvenir peuvent-ils être adoptés ? Peut-être ne contestera-t-on plus à l’évêque de Québec son titre. Son état sera assuré. Mais si le projet a lieu, il ne sera pas moins dépouillé, il n'aura plus de pouvoir, il n’aura plus d'autorité. Otez en effet à cet évêque la nomination aux cures et fixez les surés ; que lui reste-t-il à faire ? Quel bien pourra-t-il procurer dans son diocèse ? Quel
mal pourra-t-il arrêter ?
« Les inconvénients qui résulteront nécessairement de ce uouvel ordre de choses, les conséquences qui s’aperçoivent, quoique dans le lointain, doivent effrayer. Son Excellence ne nous gouversera pas toujours, Son successeur n'aura peut-être pas la même bonté, les mêmes égards. Voilà ma crainte ; elle est fondée.
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«J'aimerais donc mieux mon état précaire, tel qu’il est, que cet établissement solide tel qu’il est offert.
«Son Excellence, qui se connaît en politique, doit voir l'impression qu’un tel changement dans le gouvernement ecclésiastique du pays fera indubitablement sur le clergé et sur le peuple ; et quelle sensation dans tous les esprits et dans tous les cœurs ! Il ne faut pas se le cacher : les uns et les autres croient apercevoir la ruine prochaine de leur religion, à laquelle ils sont fortement attachés ; en la voyant sapcr par les fondements, on doit aisément en prévoir la cnûte totale.
« Mais M. Swell qui se.connaîten loi, croit-il vraiment que le roi d'Angleterre voudrait donner un établissement solide à la religion romaine, et en conséquence nommer à des cures catholiques des prêtres catholiques ? Le serment qu'il prête, en montant sur le trône, lui permet-il de faire l’un et l’autre ? Jdene suis point homme de loi, je ne déciderai pas la question.
«Toutes ces chjections, tous ces doutes, tous ces aperçus présentent un vaste champ aux plus sérieuses réflexions. Ne soyez donc point étonné de ma lenteur à répondre : dans des affaires de cette importance, on doit prendre tout le temps du plus mûr examen ; la précipitation dans les moindres choses ne valut jamais rien.
«Je n’attends de la bonté de notre gracieux souverain qu'une continuation de tolérance, de soutien, de protection pour l'exercice de la religion romaine, telle que nous l'avons éprouvée pendant quarante-ci1q ans, depuis la conquête. Le peuple canadien et le clergé surtout a tâché de s’en rendre digne par leur attachement à la constitution, et la conduite
de ce dernier dans toutes les circonstances, et particulièrement en 1775 et 1776, si elle ne mérite pas des éloges, a prouvé du moins qu’il aime à s'acquitter d’un devoir que lui impose la religion qu’il professe.
« Votre Grandeur me demande-t-elle ce que je ferai, si on me signifie l’ordre de me conformer à une décision que nous craignons ? Je n’ai point encore pris de parti ; dans l’événement, je prendrai celui qui me paraîtra le plus prudent, et que ma conscience et mon devoir me dicteront. Alors j'irai aux picds du trône du roi, accompagné de mon clergé et de mor peuple, lui témoigner notre dévouement, réclamer sa bonté. Et si telle démarche était sans effet, je donnerai ma démission et vivrai tranquille et en repos. (a)
« Je suis, etc.
+ P. DENauT, Évêque de Québec. »
Cette lettre n’a pas besoin de commentaires. Elle témoigne hautement de la fermeté et de la prudence de l’évêque de Québec.
Mgr Piessis fut d'avis qu’il fallait accepter les offres bienveillantes du gouverneur et solliciter du roi un changement réclamé par les circonstances. «Il faut avouer, écrivait-il, que nous sommes dans un moment de crise pour la religion. Votre Grandeur préfèrerait, dit-elle, l’état précaire où elle se trouve à l'établissement tel qu’il lui est offert. Oui, si oct état précaire pouvait se soutenir. Mais il est évident que tous les jours l’église du pays perd ds celte autorité exlé-
(a) Cette lettre est mentionnée por Mgr Plessis dans la conversation qu’il eut avec le gouverneur Craig, le 27 mai 1811.—* Mandements des Evêques de
Québec ’’, volume troisième, page 64.
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rieure dont elle a besoin, pour soutenir le spirituel et pour faire l’œuvre de Dieu. »
Enfin les requêtes furent rédigées par Mgr Plessis et par M. W. Grant et soumises à Mgr Denaut, pour qu’il voulñt bien les signer. Le 17 juillet 1805, le coadjuteur écrit encore pour faire connaître le dessein de M. Grant au sujet des requêtes: «11 croit, dit-il, qu’il est de la modestie de signer simplement votre nom précédé d'une croix dans l’une et dans l’autre requête, sans y ajouter aucune qualité.
« Tout au plus, il admettrait q'ie vous ajoutassiez évéque mais sans dire d'où. La raison est qu’il lui semblerait peu convenable que vous vous qualifiassiez dans des écrits où vous demandez à être qualifié. Par la même raison, il voudrait que vous vous contentassiez de votre nom sine addito, à la tête de la requête au roi, et je l’ai fait écrire de même. Dans le cas néanmoins où Votre Grandeur persisterait à y vouloir faire l'addition d’'évêque de l’église etc, il reste de la nlace et M. Maguire l’ajouterait après coup. »
Mgr Denaut répondit ce qui suit :
« On mettra en téle et j'ai souscrit en queue Évéque de l'église catholique romaine, et je n’ai pas cru blesser la modestie : 1l n’y a pas d’orgueil, il me semble, à dire ce que l’on est. J'omets de Québec, cette qualité est douteuse.
« Les choses présentées, comme elles sont, dans la requête, ne me répugnent pas; mais je n’entends pas (quoiqu'il pourrait bien arriver) que les mots ni les curés des paroisses ete, soient une demande ou un consentement à leur nomination aux cures»
Nous croyons devoir citer les deux requêtes, afin de mieux
faire comprendre les répugnances légitimes qu’éprouvait ?9
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Mgr Denaut à les signer. Cependant il serait difficile de dire qu’il eut tort en le faisant. S'il eût refusé les offres de Sir Robert Milnes, il était sûr de ne pas obtenir la reconnais. sance civile pour lui-même ni pour son évêché. De plus, il risquait de changer en adversaire déclaré un gouverneur bienveillant, qui partait pour Londres et qui aurait été tout puissant pour se venger auprès d’une cour plus ou moins hostile. D'un autre côté, que la requête fût signée ou non, le bureau colonial était toujours libre d’imposer ses volontés et de dire à l’évêque : vous ne nommerez plus aux cures. Quoiqu’il en soit, au témoignage de Mgr Plessis, Mgr Denaut signa comme malgré jui, pressé par le lieutenant-gouverneur, et sollicité par son ami M. Grant. : Il exprima à son coad. juteur son repentir de l’avoir fait, et craignit que cette démarche ne fût plus nuisible qu’utile aux intérêts de son
église, (a)
« À Son Excellence Sir Robert Shore Milnes, Baronet, Lieutenant Gouverneur de la Province du Bas-Canada, etc., etc., etc.
«Qu'il plaise à Votre Excellence! L'épreuve que le sous. signé a déjà faite des intentions bienveillantes de Votre Excellence à l’égard des sujets catholiques de Sa Majesié en cette province, et particulièrement en faveur de leurs Évé. ques, lui inspire la confiance qu’elle voudra bien porter au pied du trône ue Sa Majesté la pétition ci-jointe ; et le désir que Votre Excellence a eu la bonté de témoigner à votre suppliant pour une autorisation plus spéciale et authentique de la religion catholique romaine en cette province, ainsi que
(a) ‘ Mandements des Évêques de Québec ’’, volume troisième, page 54.
cile de dire fres de Sir | reconnais- De plus, il gouverneur rait été tout |S Ou moins née ou non, ses volontés s aux cures.
Mgr Denaut gouverneur, a à son Coadit que cette érèts de son
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ne, page 94.
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pour l'établissement temporel des Évêques de cette Église, lui font espérer que Votre Excellence appuiera de tous les motifs de justice et de politique qu’elle connaît, la dite pétition auprès de Sa Majesté.
« Votre suppliant ne demande autre chose à Sa Majesté qu'à être civilement autorisé, lui et ses successeurs, en qualité d'Évêques de l’Église catholique romaine de cette province, à exercer librement tous les droits temiporels, et percevoir les émoluments qu’il a plu, ou qu'il plaira à Sa Majesté d’attacher à cette dignité, et à faire participer les curés des paroisses catholiques de la province aux mêmes faveurs, dans le degré qui peut leur convenir,
«Le soussigné supplie en même temps Votre Excellence, de faire entrer dans la concession des droits temporels qu’il sollicite humblement pour lui et ses sucesseurs, la confirmation de la propriété du Palais Épiscopal de Québec, dont les Évêques catholiques ont joui sans interruption jusqu’à ce jour, et que l’un d’eux, Monseigneur Briand, a rebâti à ses propres frais, depuis la conquête du Cauada par les armes Britanniques.
« Votre suppliant, persuadé qu'il trouvera dans la personne de Votre Excellence un protecteur sincère et zélé de ses plus chers intérêts auprès du trône, s’en rapporte pleinement à votre libéralité et à voire sagesse, pour le détail des raisons puissantes qui viennent à l'appui de ses demandes à Sa Majesté ; et par reconnaissance aussi bien que par devoir et par inclination, il ne cessera de prier pour la prospérité de Votre Excellence.
+ Pre Denaur, Évêque de Québec
« Québec, 8 juillet 1805. »
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