‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 77 sur 132 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Départ de Mgr Plessis pour l’Europe.—A Londres il apprend l’érection de son siège en métropole.—Visite à Lord Bathuret.—Il présente trois mémoires : division du diocèse, lettres patentes pour Nicolet, plaidoyer en faveur du Séminaire de Montréal.—Permission obtenue de demandor des bulles pour MM. Lartigue et Provancher.—Voyage en France et en Italie. —Trois mois à Rome.—Audience du Saint-Père.—Retour par Lyon, Orléans, Paris.— Audiences des rois Louis XVIII et George IV.

Accompagné de MM. Lartigue et Turgeon, Mgr Plessis s'embarqua, le 3 juillet 1819, sur le George Symes, commandé par le capitaine Bushby. Les dames de l’Hôpital-Général lui avaient prêté un de leurs serviteurs affidés, connu sous le nom de John, autrefois esclave aux Antilles et attaché depuis plusieurs années au service de leur maison. Soigneux, intelligent et bon chrétien, ce noir fut un trésor pour les voyageurs et un objet de curiosité pour quelques badauds Européens, qui le regardaient comme un type remarquable de la race canadienne,

La traversée fut heureuse et considérée comme fort courte pour cette époque, puisqu'elle ne dura qu’un mois : le deux août les voyageurs débarquaient à Liverpool.

Obligé d'attendre certaines informations dont il avait besoin, Mgr Plessis fut condamné à passer dix jours dans cette ville; il les employa à visiter les institutions catholiques et à recueillir sur l’état de la religion des renseignements qui

sont consignés dans son intéressant journal de voyage.

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Après avoir appris où se trouvait la résidence de Sir John Sherbrooke, l’évêque se fit un devoir d’aller visiter cet ancien gouverneur du Canada, qui s’intéressait toujours au pays, et qui répondit avec la meilleure grâce du monde aux nombreuses questions que le prélat lui adressa sur les différents objets de son voyage.

Arrivé à Londres, le 14 août, Mgr Plessis se mit de suite en rapport avec le docteur Poynter, vicaire apostolique, homme qui, par sa prudence et sa modération, avait su s'attirer le respect des secrétaires d'État anglais en même temps que la confiance du Saint-Siège. Ses conseils ne pouvaient manquer d’être fort utiles à l’évêque de Québec, pour ses négociations avec la cour d'Angleterre.

Quelques jours après, Mgr Plessis fut bien surpris d’apprendre, par une lettre du Canada, que. peu d'heures après son départ, l’on avait reçu des bulles du Saint-Siège le nommant archevêque de Québec, érigeant son église en métro. pole, et lui donnant pour suffragants et auxiliaires, deux évèques, dont l’un était chargé du Haut-Canada et l’autre du Nouveau-Brunswick et de l’île du Prince-Édouard : le premier était M. Alexandre MacDonell et le second M. Bernard McEachern.

L'érection du diocèse &e Québec en métropole déconcertait tous ses plans ; car comme le gouvernement britannique n’en avait pas été informé, on pouvait craindre que les ministres ne cherchassent à mettre des obstacles aux divisions nouvelles qu’il s'agissait de créer.

Aussi l’évêque ne s’'adressa qu'avec appréhension et inquiétude à Lord Bathurst, secrétaire pour les colonies, auquel il avoua franchement l’état des choses. Cette information

excita en effet la mauvaise humeur du ministre, qui, dès le lendemain, appela le docteur Poynter, pour se plaindre à lui de la cour de Rome et le prier d’en témoigner son mécontentement.

Cependant Mgr Plessis présenta à lord Bathurst trois courts mémoires. Dans le premier, il demandait l’agrément du cabinet britannique pour solliciter auprès du Saini-Siège deux nouvelles divisions de son diocèse : celles du district de Montréal et du territoire du Nord-Ouest; dans le deuxième, il sollicitait des lettres patentes pour assurer l'existence du Séminaire de Nicolet; et dans le troisième, il défendait les droits des Sulpiciens et prouvait qu’il était de l'honneur du gouvernement de les laisser en possession de leurs biens.

L’aprel chaleureux qu’il fit à la justice et aux intérêts de

l'Angleterre produisit le plus eureux effet ; car plus tard, M. Lartigue déclarait que, si les ministres avaient alors cessé de poursuivre cette affaire, il fallait l’attribuer principalement à l'influence de Mgr Plessis.

Peu de jours après avoir remis ces mémoires, l’évêque de

Québec reçut une lettre de lord Bathurst, qui l’invitait à l'aller voir à sa maison de campagne, située à Cirencester, Le prélat n’hésita pas à entreprendre un voyage qui pouvait avancer ses affaires. Il fut comblé d’honnèêtetés par lord Bathurst et sa famille, et forcé d’accepter l'hospitalité qu’on lui offrait dans le château. Le prélat ne tarda pas à traiter des importantes questions soulevées dans ses trois mémoires : lord Bathurst añmit de suite qu’il faudrait donner des lettres patentes à Nicolet, il consentit à entendre M. Lartigue sur les prétentions des messieurs de Montréal, et, après bien des explications de la part de l’évêque, il promit d'envoyer une

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lettre au bureau colonial, pour recommander la reconnaissance civile des nouveaux évêques.

De retour dans la capitale, où il arriva le neuf septembre, Mgr Plessis apprit bientôt que Ja lettre promise avait été expédiée et qu’elle était conçue de manière à permettre de postuler à Rome des bulles pour MM. Lartigue et Provancher. Le prince régent approuvait le choix qui avait été fait par le prélat; mais le bureau colonial ne consentit au sacre des nouveaux évêques qu’à la condition expresse qu’ils ne seraient pas titulaires et qu’ils seraient dépendants de l’évêque de Québec.

En comparant les concessions qu’il venait d'obtenir avec les difficultés qu'avait rencontrées Mgr Briand, cinquante ans auparavant, Mgr Plessis ne pouvait s'empêcher d’appré cier les changements survenus en faveur du catholicisme : « Après dit-huit ou vingt mois de postulations, dit-il dans son journal, M. Briand w’obtint rien du tout ; seulement on lui fit savoir indirectement que, s’il se faisait consacrer, le gouvernement m'en dirait rien et fermerait les yeux sur cette démarche. Ah! quel changement en mieux depuis cette époque, et combien l’église du Canada ne doit-elle pas à la divine Providence pour avoir amené doucement et fortement les choses au point où nous les voyons ! »

Muni du document officiel dont il avait besoin, Mgr Plessis traversa de suite en France, avec M. Turgeon, laissant à Londres M. Lartigue qui avait à plaider la cause du Sémipaire de Montréal. Arrivé à Paris, le 19 septembre, il fnt reçu à bras ouverts par son ami le vénérable abbé Desjardins, qui avait quitté le Canada depuis dix-sept ans, après y avoir rendu les plus grands services. Pressé d'arriver à Rome, le

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prélat ne s'arrêta que peu de jours dans la capitale de la France, de même à Lyon qu'il quitta le onze octobre pour traverser à la hâte la Savoie et le Piémont.

Dans la sacristie de l’église métropolitaine de Turin, Mgr Plessis eut à soutenir un rude assaut, de la curiosité des chanoines. Tous se pressaient autour de l’évêque étranger : les anciens le questionnaient en italien ; les autres écoutaient ses réponses données en latin à une foule de demandes qui supposaient dans ces ecclésiastiques une bien faible connaissance du nouveau monde. YŸ at-il des chrétiens en ce pays ? lui demandait-on.—Les habitants sont-ils noirs ou blancs ?—Ce nègre qui vous suit est-il l’un d'eux ?—Y at-il longtemps que vous avez laissé l’Europe pour aller demeurer si loin ?—Croyez-vous y retourner ? Turin ne fut pas le seul endroit où il lui fallut subir un semblable interrogatoire,

qui prêtait successivement à rire et à s’'impatienter.

Milan, Parme, Bologne, Ancône et Lorette passèrent tour à tour sous les yeux des voyageurs. A Bologne, le cardinal légat procura à l’évêque de Québec le plaisir de connaître l'abbé Mezzofante, si célèbre dans tout l’univers comme le linguiste le plus extraordinaire qui ait jamais existé. A

Lorette, en parcourant le trésor de la Santa Casa, où sont déposées les offrandes envoyées de toutes les parties du monde, le prélat fut bien surpris d’y trouver, affiché dans un trumeau, une prière en français et en latin et qui commençait ainsi: « Vœu de la nation huronne, envoyé à Laurette pour supplier la bienheureuse Vierge de procurer la conversion des Sauvages de toute la Nouvelle-France lan 1673.»

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Un collier de porcelaine avait été envoyé en même temps que la prière par le P. Chaumonot, fondateur de la mission huronne de N. D. de Lorette, mais l’évêque le chercha inutilement et n’en put trouver de vestige,

Sincèrement attaché à la foi et aux traditions de l’Église catholique, Mgr Plessis éprouva un véritable bonheur de se trouver dans la capitale du monde chrétien, où il arriva le 12 novembre. « Rome, écrivait-il, n’est pas la plus belle ville du monde, mais elle est assurément ia plus curieuse, la plus célèbre, la plus digne de fixer les regards d’un étranger et d’exalter son imagination, par des souvenirs de toute espèce, par les monuments profanes et religieux, anciens et modernes, dont elle est remplie. On se sent élever l’âme en réfléchissant que l’on marche sur les mêmes places et dans les mêmes rues que foulèrent autrefois les pieds du sage Numa, du sobre Quintus Fabius, des Camille, des Scipion, des Pompée, des Cicéron, des César, des Constantin. Mais ce sentiment acquiert bien une autre énergie, lorsqu'un chrétien y reconnaît les lieux arrosés des sueurs des apôtres et du sang des martyrs ; lorsqu'il voit le chef de l'Église atholique régner en souverain et faire régner la vraie religion et toutes les vertus, sur le même trône où tant de scélérats et d’impies s’assirent autrefois en maîtres, et dans la même ville qui fut tant de fois livrée au culte sacrilège de toutes les fausses divinités. »

Le 17 novembre, l’évêque de Québec soumit à la congrégation de la Propagande les affaires qui l'avaient conduit à Rome. A la suite de plusieurs conférences avec le cardinal Fontana, préfet, et quelques autres membres de la même congrégation, il présenta un mémoire pour la division de

son diocèse. Peu de temps après, il fut présenté au Souverain Pontife qui le reçut avec bonté. Pie VIT lui accorda une deuxième audience au mois de janvier 1820, et une troisième le 4 février suivant. Dans cette dernière, le prélat demanda la permission de ne point prendre le titre de métropolitain, tant que le gouvernement anglais s’y montrerait opposé. Le mérite bien connu de Mgr Plessis et le crédit dont il jouissait auprès du ministère britannique, engagèrent le Saint-Père à approuver cette mesure, et à lui laisser la faculié de décider du moment où la prudence lui permettrait de s’intituler nubliquement archevêque de Québec. Plusieurs privilèges furent accordés au prélat en faveur des églises, des communautés religieuses et de quelques institutions pieuses. Lui-même fut fait comte romain et assistant au trône pontifical. Pendant son séjour à Rome, ses belles qualités lui acquirent l’amitié du cardinal Pacca,

camerlingue, et celle du cardinal Gonzalvi, secrétaire d'Etat, qui tous:deux lui donnèrent, plusieurs fois dans la suite, des

marques de leur estime.

Ce fut pour le digne évêque une grande satisfaction, lorsqu’il apprit que le Pape approuvait le projet de diviser le diocèse de Québec. Le premier février, furent signées les bulles de M. Provancher, nommé évêque de Juliopolis et chargé du gouvernement spirituel du territoire du Nord- Ouest, et celles de M. Jean-Jacques Lartigue, nommé évêque de Telmesse et administrateur du district de Montréal.

Le dix février, après avoir reçu une dernière bénédiction de Pie VII, Mgr Plessis quitta la ville éternelle, et se mit en route pour retourner dans sa patrie. En passant, il visita Sienne et Florence; dans cette dernière ville, il apprit la

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mort de George IT; celle du duc de Kent lui était déjà connue, Le prélat et l’abbé Turgeon étaient à Turin le 27 février, et ils eurent le plaisir d’y être présentés au comte Joseph de Maistre qui venait de publier son livre Du Pape, et qui en donna à l’évêque un exemplaire revêtu de sa signature. Après avoir traversé les Alpes par le Mont Cenis et visité Chambéry, Mgr Plessis retourna à Lyon, où, à la demande du cardinal Fesch, il ordonna plusieurs prêtres, parmi lesquels se trouvait l'abbé Deguerry, l’un des orateurs les plus célèbres de Paris et l’une des victimes de la Commune.

M. Jacques Desjardins, frère des deux abbés Desjardins qui émigrèrent en Canada en 1794, avait conseillé aux voyageurs de passer par Orléans pour regagner Paris, afin de les recevoir à sa maison de Messas. L’évêque de Québec y fut reçu avec la joie la plus franche, non seulement par son hôte, mais encore par la population entière du village. Citons quelques lignes du journal de voyage: «L'arrivée d’un évêque, dans ce lieu, où il n’en a pas paru de temps immémorial, fait une sensation inconcevable. Les fuseaux tombent des mains des femmes; les vignerons qui ont de l’ouvrage au champ, même en cette saison, en reviennent avant l’heure ordinaire et bordent les rues, revêtus de leurs blouses ; les enfants courent en bande après la voiture ; tout le monde est dans la joie. M. Desjardins, père et ami de tous ces villageois....leur fait voir avec jubilation, l’évêque étranger qu’il leur a arnené et son secrétaire, et, aussitôt que ceux-ci ont mis pied à terre, il se hâte de leur présenter sa sœur, sa

bonne sœur, l’ange de sa maison. Raguel n’était pas plus transporté de joie que lui, à l’arrivée du jeune Tobie et de son compagnon de voyage.»

Les voyageurs quittèrent cette hospitalière demeure pour se rendre à Paris, où ils arrivèrent le premier avril. Ils

reprirent leur logis au Séminaire des Missions-Étrangères,

et y trouvèrent l’abbé Desjardins qui y résidait encore occasionnellement, quoiqu'il eût transféré sa demeure principale à l’archevêché.

Cette fois, l'évêque de Québec put s'arrêter un peu plus longtemps dans la capitale de la France ; il visita avec beaucoup d’intérêt les établissements publics, les institutions de charité et surtout les églises. Par l'entremise de l’évêque de Chartres, grand aumônier du comte d’Artois, devenu depuis roi de France sous le nom de Charles X, Mgr Plessis fut présenté à ce prince, qui était alors considéré comme l’ancre de salut des Baourbons. Quant à voir le roi, il n’y songeait point, lorsqu'il apprit que la marquise de Villeray lui avait obtenu une entrevue avec le monarque français, par l'entremise du duc de la Chastre, premier gentilhomme de Louis XVIII L'affaire était si avancée, lorsqu'il le sut, qu'il n’était pas honnêtement possible de reculer. Ge fut le dimanche 30 avril, entre le déjeuner du roi et la messe, que la présentation eut lieu dans une audience privée. Le roi parla à l’évêque avec bonté, lui fit des questions sur l’état de la religion au Canada, se recommanda à ses prières, et le chargea de dire à ses diocésains que leur ancien souverain ne les avait pas oubliés, et que si les conditions stipulées en leur faveur par les traités n’étaient pas observées par l'Angleterre, la France ne manquerait pas de réclamer.

Les circonstances empêchèrent Mgr Plessis d'aller passer eucore quelques jours à Messas. comme il l'avait projeté ; mais il eut le plaisir de revoir M. Jacques Desjardins, qui vint

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à Paris se mettre à ses ordres, et qui ne le quitta que lorsqu'il fut dans la diligence, en route pour l'Angleterre. Le même M. Desjardins écrivait quelque temps après : « Mgr Plessis a laissé un tel souvenir parmi nous qu’on en parle comme aux premiers jours...j'irais, je vous assure, jusqu'aux extrémités du monde avec lui. Je n’ai jamais vu d'homme (passezmoi le terme) qui attachât davantage le respect et la confiance. Nos Français l’ont tous jugé supérieur etéminemment supérieur. On se trouve petit en présence de ce beau caractère, de cet aplomb..... et, disons-le encore, de cette extrême bonté.» Ce jugement d’un étranger donne une idée exacte de l’impression extraordinaire que produisait le grand évêque sur tous ceux qui avaient le bonheur de s'approcher de lui.

Après son retour de Londres, Mgr Plessis obtint plusieurs audiences du secrétaire d’État pour les colonies, qui lui remit une lettre officielle pour lord Dalhousie, nommé gouverneur du Canada. Le comte Bathurst informait ce dernier des arrangements qui avaient été faits avec la cour de Rome, pour l'avantage des catholiques du Canada, et de ’approbation que Sa Majesté avait donnée à la division du diocèse de Québec. De plus des ordres allaient être envoyés pour l'expédition des lettres patentes en faveur du Collège de Nicolet ; enfin le gouvernement semblait oublier le projet de s'emparer des biens du Séminaire de Montréal.

Le roi lui-même témoigna de sa bc'ine volonté envers ses sujets canadiens : lorsque l’évêque de Québec lui fut présenté, Georges [IV le reçut avec une bienveillance marquée ; il lui parla des services rendus durant la guerre américaine par les catholiques du Canada, et il témoigna la confiance

510 NOTICES BIOGRAPHIQUES qu’il avait dans la loyauté du peuple et du clergé de la province.

Un succès aussi ample qu’il se pouvait, vu les circonstances, avait couronné les négociations de l’évêque ; il avait hâte de rentrer dans son diocèse avec ces bonnes nouvelles, Aussitôt que possible, il sembarqua pour l'Amérique, avec son compagnon de voyage, M. Turgeon; aussi avec M. Lartigue qui n'avait pu se rendre à Rome à cause de sa mauvaise

santé, et des affaires qui l’avaient retenu à Londres et à Paris.

Quaud il apprit sa nomination à l’épiscopat, dans les conditions exigées par le gouvernement et sanctionnées par le Saint-Siège, ce digne ecclésiastique, qui avait consenti auparavant à accepter cette lourde charge, ne crut plus devoir s’y soumettre, à cause des grandes difficultés qu’il apercevait pour l'avenir,

Au mois d'avril précédent, il écrivait à Mgr Plessis : « Les choses ne sont plus dans l’état où elles devraient être pour valider mon acceptation conditionnelle, dépendante de la volonté de mes supérieurs, qui n’ont consenti à mon épiscopat que comme indépendant du siège de Québec, sauf vos droits de métropolitain ; et si je suis frustré des ressources que je prétendais trouver dans la maison de Montréal, je ne puis, d’après la persuasion où j'étais bona fide de mon droit de domicile en ce séminaire, être obligé d’accepter, en quittant une société à laquelle je suis véritablement attaché et que je n’aurais abandonnée qu’en vue d’un plus grand bien. »

Convaincu que personne ne pouvait mieux que M. Lartigue porter la dignité épiscopale, Mgr Plessis ne voulut pas intervenir auprès du Saint-Siège, comme le lui demandait

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Arrivé à New-York, le 21 juillet 1820, Mgr Plessis dut visiter quelques villes des États-Unis : sur la demande que lui en avait faite le préfet de la Propagande, il se rendit à Philadelphie et à Baltimore, pour s’enquérir des difficultés suscitées dans plusieurs diocèses par des prêtres schismatiques qui rejetaient l'autorité des évêques.

Le 7 août suivant, les voyageurs arrivèrent à Montréal, où l’évêque de Québec présenta aux prêtres du séminaire leur ancien confrère, à qui allait être remise la direction spirituelle de ce district ; Mgr Plessis espérait que ce serait pour eux une nouvelle preuve de la confiance et de l’estime qu’il avait toujours accordées aux membres de leur maison. (a)

Avant de se rendre à la capitale, où il était impatiemment attendu, le prélat s'arrêta à son Séminaire de Nicolet qu’il revoyait toujours avec un sensible plaisir.

Au milieu d’un nombreux concours de prêtres, venus de toutes les parties de la province pour lui souhaiter la bienvenue, l’évêque de Québec présida aux examens des élèves avec toute la joie d’un père rendu à ses enfants après une longue séparation.

La nouvelle de l’heureux retour du premier pasteur du diocèse s'était répandue en peu de temps; partout sur la route qu’il devait suivre, s’organisaient des démonstrations

(a) Mélanges Religieux : ‘ Notice Biographique de Mgr Lartigue.”?

en son honneur. Aussi son voyage de Nicolet à sa ville épiscopale fut-il un véritable triomphe. La joie de la population de Québec était à son combie : les citoyens allaient revoir celui qui demeurait parmi eux depuis quarante ans, celui qui avait été leur curé, qui depuis vingt ans était leur évêque et qui était considéré par tous comme l’homme le plus distingué du pays.

Pour aller au-devant de lui, les principaux citoyens nolisèrent un bateau à vapeur, le Car of commerce, qui était alors regardé conme le roi du Saint-Laurent. Ce bâtiment chargé de plusieurs centaines de voyageurs, parmi lesquels étaient des membres distingués de la législature, du clergé et du barreau, s'arrêta aux Trois-Rivières, au moment même où l’évêque et ses compagnons y arrivaient de Nicolet ; de vives acclamations accueillirent le prélat, surpris de se trouver tout à coup entouré de ses amis de Québec.

Le lendemain, 16 août, de grand matin, le bateau commençait sa marche triomphale vers Québec ; le canon répondait aux vives fusillades qui se renouvelaient à chaque village ; sur {es deux rives du fleuve un mouvement inaccoutumé témoignait de la part que prenaient les habitants à la joie commune. Entre les deux villes, le bateau à vapeur fut rejoint par un autre qui était tout pavoisé et qui apportait une seconde députation de la capitale.

L’empressement des habitants de Québec à revoir leur premier pasteur et à l’accueillir avec honneur, surpassa toutes les manifestations de ce genre qu’on avait vues jusqu’alc:s.

Aussi lorsque le canon annonça l'approche des steamboats, l'enthousiasme fut indescriptible ; d'immenses cris de joie retentirent de toutes parts ; aux clameurs de la muliitude

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et aux grondements du canon se joignirent les fanfares de la musique militaire du soixautième régiment et le son joyeux de .outes les cloches de la ville. Une foule immense se pressait sur le débarcadère, avide de recevoir la bénédiction de l’evêque ; les annales des Ursulines disent qu'il fut porté plutôt que conduit à la cathédrale, où le Te Deum fut chanté pour remercier Dieu d’avoir réuni le père à sa famille, le pasteur à sou troupeau. Il était huit heures du soir quand se termina cette cérémonie solennelle qui récompensait bien Mgr Plessis de toutes les fatigues de son long et dangereux voyage.

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