‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 82 sur 132 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Mgr Panet évêque de Québec.—Sa correspondance. —Séminaire de Nicolet.— Cellège de Sainte-Anne.—Écoles élémentaires.—Affaire des biens du Sémi-

naire de Montréal.—Instructions à MM. Maguire et Tabeau, délégués auprès du Saint-Siège.

Mgr Panet prit possession du siège épiscopal le 12 décembre 1825. M. Demers et M. Turgeon ayant refusé la coadjutorerie, il choisit M. Signay et le cunsacra le 20 mai 1827. On aurait tort de croire que le vénérable prélat fût incapable d’administrer par lui-même les affaires de son diocèse, et qu'il en confiât entièrement le soin à son coadjuteur. Pour établir le contraire, il suffit de dire que, pendant cinq ans encore, il fit lui-même la visite pastorale des paroisses, et que sa volumineuse correspondance, soit avec Mgr de Telmesse qui n'était pas encore évêque en titre de Montréal, soit avec le gouverneur général, soit avec ses grands vicaires ou avec ses curés, était souvent écrite de sa main. A l’âge de 80 ans, il avait encore ceite écriture nette, régulière et soignée qui était comme l’image de sa vie ecclésiastique. A l’exemple de son prédécesseur, Mgr Panet demeura au Séminaire de Québec, et, en 1831, il vendit le palais épiscopal au gouvernement, moyennant une rente perpétuelle, non rachetable, de mille louis sterling par année, payable à lui et à ses successeurs. Le vénérable prélat ne prévoyaii pas qu’un jour viendrait où, au mépris des principes du droit naturel, le

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gouvernement violerait ce contrat solennel, revêtu de tout ce qui pouvait en garantir la durée, et forcerait l'archevêque de Québec d'accepter un remboursement préjudiciable à ses intérêts et contraire à toutes les lois de l'équité. Il ne prévoyait pas non plus que les ministres choisiraient, pour se rendre coupables de cette injustice, l& moment où le siège épiscopai serait occupé par son arrière-neveu, devenu le premier cardinal canadien. (a)

Mgr Panet s’était toujours intéressé à l'éducation de la jeuuesse En mourant, Mgr Plessis lui avait légué son cher séminaire de Nicolet, etil l’avait mis entre bonnes mains : car son successeur en fut la providence. Après avoir payé ies dettes contractées pour la construction de l’église de Saint- Roch, il n’hésita pas à faire construire le nouveau séminaire,

et, le 31 mai 1827. il eut le bonheur d’en bénir la première

pierre, en présence de lord Dalhousie, du coadjuteur, et d'une foule immense accourue de toutes parts pour limposante cérémonie. Dès lors, ses sollicitudes les plus tendres furent pour N'colet : il allait même jusqu’à se priver quelquefois de faire certaines dépenses regardées comme nécessaires, afin de pouvoir contribuer davantage à la construction de l'édifice. A ceux qui voulaient lui faire quelque observation sur sa trop grande économie, il répondait aussitôt : « Maïs alors qui bâtira Nicolet ? » El fit tantet si bien, que la somme énorme de trente-deux mille dollars fut donnée par lui à l’heureux séminaire. L’illustre Plessis pouvait être content de son successeur !

(a) C’est au mois de juillet 1888 que ce remboursement à été fait par le gou-

vernement fédéral du Dominion, qui a payé $74,074 au cardinal Taschereau. On voit de suite que ce capital ne pout produire une rente de 1000 louis sterling,

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La même année 1827 voyait commencer à Sainte-Anne de la Pocatière le coliège fondé par M. Painchaud. Ce fut Mgr >anet qui décida la question du site, débattue entre cette paroisse et Kamouraska; ce fut lai qui approuva le plan de la nouveile maison et encouragea l'abbé Painchaud dans son entreprise presque héroïque. « Le désir que j'ai, lui écrivaitil, de voir un collège dans cette partie éloignée et peuplée de la province du Bas-Canada, m’a fait approuver le plan de bâtisse que vous m'avez présenté.........[l était juste qu'étant venu le premier en avant, qu'ayant contracté pour faire cette bâtisse et procuré un terrain convenable .…...je ue vous refusasse point mon approbation... je souhaite donc que vous puissiez réussir dans tout ce que vous m'avez avancé. de ne doute pas qu’alors cette maison ne devienne par la suite un collège, où les jeunes gens du comté et des comtés voisins pourront recevoir toutes les instractions qu’on donne dans ies autres collèges de la province. »

L'on a vu précédemment quel avait été le zèle de Mgr Panet pour procurer aux enfants de la Rivière-Ouelle une bonne éducation élémentaire. Devenu évêque de Québec, il travailla à amener toutes les paroisses de son diocèse à se pourvoir d'écoles, et à profiter des avantages que le gouvernement mieux disposé mettait à la disposition des contribuables.

La fameuse Institution royale qui avait été créée er: 1801, pour enseigner l'anglais et la religion protestante à tous les enfants du pays, avait complètement échoué dans son entreprise, grâce à la vigilance des pasteurs de l’église au'Canada. En 1821, une loi plus équitable avait été présentée, mais l'Angleterre avait refusé de la sanctionner, et chaque paroisse

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540 NOTICES BIOGRAPHIQUES était obligée de pourvoir à ses propres frais au soutien des écoles catholiques. Ce ne fut qu’en 1824, qu’on obtint pour les fabriques de la campagne le droit de posséder des terrains et des maisons pour l'établissement d'écoles paroissiales, Chéque fabrique pouvait consacrer pour l'éducation le quart de ses revenus annuels. (a) En 1826, 27 et 28, le gouverneur Dalhousie échangea avec Mgr Panet, un très grand nombre de lettres, dans lesquelles on voit que des cfforts sérieux furent faits pour favoriser davantage la grande cause de l'éducation.

D’après le plan que l'on proposait alors, l’Institution Royale aurait été composée d'un comité catholique et d’un comité protestant, comme le conseil de l'instruction publique que nous avons ajourd’hui. Voici ce qu’écrivait à ce sujet l’évêque de Québec, le 4 novembre 1826 :

« Maintenant, selon moi, un article de grande importance n’a pas été prévu, c’est la formation du bureau ou comité catholique de l’Institution Royale. [Il me semble que parmi

les ecclésiestiques qui pourraient être de cette Institution, il serait désirable que l'évêque de Québec, son coadjuteur, le

premier grand vicaire de chaque disirict, les supérieurs des séminaires existants et à venir, et le curé de Québec fussent membres nés de ce comité. »

Plus tard, Mgr Panet soumit une liste de tous les membres qui, suivant lui, devaient composer le comité catholique : il y avait six ecclésiastiques et six laïques. Chaque comité devait être présidé par l’évêque de son église respective, et l’'Institution Royale elle-même devait avoir un laïque pour

(a) Quarante-neuf paroisses établirent ainsi des écoles en vertu de l’acte des écoles de fabrique.

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présicent ou principal. Il est intéressant de constater que Mgr Panet mit tout en œuvre pour doter son pays du même système d'instruction publique que celui dont nous jouissons aujourd’hui.

S'il ne réussit pas au gré de ses désirs, il contribua du moins, pour une bonne part, à amener la loi de 1829, qui fut un grand pas de fait dans la voie du progrès et un acheminement vers la loi de 1841. Ce fut en 1829 que des allocations furent accordées pour la construction de maisons d'écoles et pour le soutien des divers collèges, accadémies, couvents, etc., qui étaient alors en opération dans la province du Bas- Canada.

«Depuis longtemps, dit l'abbé Ferland, les biens considérables du Séminaire de Montréal excitaient la convoitise de quelques-uns de leurs censitaires protestants, qui auraient aimé à partager les dépouilles de cette institution catholique. Ces projets de spoliation avaient été déconcertés par un mémoire que l’évêque Plessis présenta à la cour de Saint- James, en 1819, et qui avait produit le meilleur effet. L’agitation de cette mesure s'était renouvelée après la mort de l'illustre prélat. A la vue de l'opposition qui se manifestait contre eux et qui les accusait de posséder trop de richesses, les aessieurs de Saint-Sulpice envoyèrent à Londres deux des membres les plus distingués de leur communauté, chargés de proposer au ministère un ar:angement pour la cession de leur seigneurie, en retour desquelles le gouvernement britannique consentirait à leur payer une rente annuelle. Toutefois, avant de conclure définitivement ce compromis avec le ministère, les deux mandataires du séminaire voulurent avoir le consentement du Saint-Siège, pour un acte qui était régardé

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