‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 98 sur 132 · WEST MAIN STRÉET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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j'ai suggéré, je pourrai m'en retourner triomphant comme un homme qui a fidèlementet utilement rempli son manaat. Et dans ce cas, soit dit entre nous, j'aurai bien mérité d’avoir enfin la belle, la charmante petite cure de Saint-Ferréol que j'ai convoitée tant de fois, et d’y manger en paix mes patates jusqu’à la fin de mes jours. »

Le digne prêtre ne savait pas qu’on lui destinait un poste bien plus élevé que celui de Saint-Ferréol, et qu’il allait faire un sacrifice encore plus grand que celui d'accepter la cure de Québec. Bien convaincu depuis longtemps des hautes capacités de cet homme de Dieu, Mgr Turgeon n’eut pas plus tôt rendu les derniers devoirs à son prédécesseur, qu’il le demanda instamment au Saint-Père pour son coadjuteur, et sa requête fut signée par tous les évêques du Canada.

« Cet ecclésiastique, disait ce document. qui redoute d'autant plus le fardeau de l’épiscopat qu’il est plus digne de le porter, fera sans doute tous ses efforts pour obtenir de n'en être point chargé ; mais j'espère que ses résistances seront inutiles, et que l’autorité du Souverain Pontife interviendra, s’il est nécessaire, pour l’obliger, en vertu de la sainte obéissance, à répondre à nos vœux. Les motifs qui nous portent à demander à Sa Sainteté, avec tant d’instai,ces, qu’elle veuille bien me donner M. Baillargeon pour coadjuteur, sont : que ce digne prêtre joint à une vertu consommée une science profonde dans les matières ecclésiastiques, un grand zèle pour la discipline, une fermeté de caractère qui ne se dément jamais, au milieu même des plus grandes difficultés, une grande connaissance des hommes, une prudence et une habileté remarquables dans les affaires. Tl jouit en outre de la confiance, non seulement de tout le clergé de l’archi-

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MGR BAILLARGEON 629 diocèse de Québec et de celui des autres diocèses de la province ecclésiastique, mais encore de tous les laïques, parmi lesquels se trouvent beaucoup de protestants, qui ont su apprécier en biea des circonstances sa capacité et son mérite.» Cependant le Saint-Père hésitait à faire la nomination demandée, vu la maladie de l'abbé Baillargeon, qui se trouva tellement affaibli à Rome qu'il croyait ne jamais revoir le Canada. Mais touché par les prières de Mgr Turgeon, le Pape passa outre et obligea le pauvre malade à accepter le fardeau.

Victime de son vbéissance, M. Baillargeon écrivit, le 30 décembre 1850, à son archevêque la nouvelle de sa nomination :

« Le secrétaire de la’ Propagande, dit-il, m’a fait dire hier que volre coadjuteur était nommé ; et qu'il ne pouvait reculer, parce que le Pape lui faisait mander qu'il y aliait de l’obéissance.........…. Pauvre église de Québec 1... Pauvre archevêque de Québec, qui a tant besoin d’être soulagé, et à qui on donne pour coadjuteur un tel homme... un infirme..…. un malade... un bon à rien !»

Voici comment il annonce lui-même à son frère, le curé de Saint-Nicolas, la cérémonie de sa consécration épiscopale. Cette lettre est vraiment ravissante et fait connaître le cœur de ce digne évêque :

«Frère, en face de l’Ile-aux-Grues, est une petite île appelée Ile-au-Canot, Là habitait seul, il y a maintenant quarantetrois ans, un jeune et pauvre ménage. (a) Une nuit que le

(a) C'est après la naissance de Mgr Baillargeon à l’Ile-aux-Ctrues, que sa famille alla demeurer à l'Ile-au-Canot.

inari était absent, la femme fut réveillée par les cris d’un jeune enfant. Elle se lève, le prend dans ses bras, l’apaise en lui donnant son sein, et s’assit sur son lit en attendant qu’il s'endorme. La nuit était sombr:; la tempête grondait. Ses six jeunes enfants dormaient d’un paisible sommeil ; elle seule veillait au milieu des ténèbres. S’étant remise à considérer son isolement, l’abandon où elle se trouvait, le triste avenir de sa nombreuse famille, elle se sentit le cœur pénétré de douleur; et, après s'être recommandée à la sainte Vierge, à laquelle elle avait une grande confiance, elle donna un libre cours à ses larmes. Tout à coup une voix se fait entendre, et lui dit : «Console-toi ; deux de tes enfants seront prêtres, et l’un de ces deux prêtres sera évêque. » Aujourd'hui le premier de ces prêtres est évêque de Tloa, in partibus infidelium, siège suffragant de Mire, illustré par le grand saint Nicolas, et coadjuteur de l'archevêque de Québec ; et le second est curé de la paroisse de Saint-Nicolas, près de Québec. |

« Quelle était cette voix ?

« Oui, c’est aujourd’hui que cette prédiction s’est accomplie. Je n’y croyais point avant cette année ; maintenant j'y crois. L'événement a confirmé l’oracle. C’est ce matin que j'ai été sacré par les mains du vénérable et saint cardinal Franzoni, préfet de la Propagande, assisté de l’archevêque de New-York et de l’évêque de Marseilles (a) dans l’église des PP. Lazaristes. Que la sainte volonté de Dieu soit faite ; car tout me dit, tout me prouve que c’est la volonté de Dieu. Il faut obéir à Dieu. Seulement, je crains de ne pas corres-

(a) Mgr Hughes et Mgr Mazenod.

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pondre à ses grâces. Prions, frère, prions beaucoup, afin que, dans sa miséricorde, il les multiplie tellement, qu’il me préserve du malheur d’en abuser.

« Je compte partir de Rome vers le 15 mars. Je m'embarquerai, vers le 15 mai, pour l’ Amérique, afin de me rendre à Québec vers le commencement de juin, moins joyeux que si je n'étais pas évêque, mais toujours fort heureux de t’embrasser ainsi que ce cher paña et toute la famiile, Adieu, frère. ”

Mgr Baillargeon fut le premier évêque, depuis la conquête, dans l'élection duquel le gouvernement anglais ne crut pas devoir intervenir. À partir de cette éprque, les évêques, dans tout le Canada, sont choisis et consacrés, sans que les gouverneurs aient à s'occuper en aucune façon de cette affaire. Bien plus, aujourd’hui, non seulement les évêchés existants, mais chaque nouvel évèché se trouve, dans la Province de Québec, incorporé ipso facto et jouissant de tous les privilèges d’une personne civile.

l'église des soit faite ; té de Dieu.

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