CHAPITRE VI
Révolte des colonies de la Nouvelle- Angleterre. — Adresse du Congrès aux Canadiens, en 1774. — Mandement de l'évêque pour engager les Canadiens à repousser les Bostonnais. — Prise de Montréal et des Trois-Rivières. — Siège de Québec. — Tentatives des Américains pour entrainer le clergé et le peuple. — L'ex-jésuite Carroll. — État de la colonie. — "Troubles dans les paroisses. — Mandement contre les rebelles. — Sage conduite de Mur Briand. — Te Deum à la fin de la guerre.
En 1774, les colonies de la Nouvelle-Angleterre résolurent de secouer définitivement le joug de la métropole, qui les oppressait de plus en plus, depuis 1690, par ses diverses lois sur le commerce, et décidèrent d'entraîner le Canada dans leur insurrection. « Le Congrès, dit Garneau, se réunit à Philadelphie en septembre et siégea jusqu'au 26 octobre, Douze provinces, contenant près de trois millions d'hommes, y furent représentées par leurs députés ; il ne manquait à cette grande assemblée que ceux du Canada et de la Georgie pour comprendre toutes les colonies anglaises du continent. »
Le Congrès commença par faire une déclaration des droits de l’homme, préface obligée de toutes les révolutions. Ensuite il passa diverses résolutions, dans lesquelles il exposa en détail les griefs des colonies. Au nombre de ces griefs, il plaça l’Acte de Québec, que venait de rendre le Parlement britannique, acte, disaitil, qui reconnait la religion catholique, abolit l'équitable système des lois anglaises et établit une tyrannie civile et spirituelle dans le Canada, au grand danger des provinces voisines, ces provinces qui ont contribué de leur sang et de leur argent à sa conquête. « Nous ne
pouvons, ajoutait-il, nous empêcher d'être étonnés qu'un Parlement britannique ait consenti à donner une existence légale à une religion qui a inondé l'Angleterre de sang et répandu l'hypocrisie, la persécution, le meurtre et la révolte dans toutes les parties du monde. »
Le Congrès rédigea ensuite trois adresses : une au roi, une autre au peuple de la Grande-Bretagne et la troisième aux Canadiens. Dans cette dernière, on se garda bien de parler contre la religion catholique et contre :'Acte de Québec; l’on appuya surtout sur les avantages de la liberté que l’on promettait à tous. « Saisissez, disait l'adresse, l'occasion que la Providence ell:-même vous présente. Osez être libres. Nous connaissons trop bien les sentiments généreux qui distinguent votre nation, pour croire que la différence de religion vous détourne de faire alliance et amitié avec nous. Vous n'’ignorez pas qu'il est de la nature de la liberté d'élever au-dessus de toute faiblesse ceux que son amour unit pour la même cause, Les cantons suisses fournissent une preuve mémorable de cette vérité ; ils sont composés de catholiques et de protestants, et cependant ils jouissent d’une paix parfaite ; grâce à cette concorde, qui constitue et maintient leur liberté, ils sont en état de défier et même de détruire tout tyran qui voudrait ia leur ravir. »
Cette adresse magnifique, qui avait l’inconvérient d’être signée par les mêmes hommes qui venaient d'en faire une autre absolument contradictoire, fut envoyée à un riche négociant de Montréal et elle fut bientôt répandue par tout le pays.
La plupart des Canadiens restèrent d’abord indifférents aux belles promesses du Congrès, et les Américains, voyant leur peu de zèle et d'amour pour la liberté, prirent le parti d'envahir le Canada pour leur en faire goûter toutes les douceurs.
À peine les troupes ennemies avaient-elles traversé les frontières, que M£r Briand écrivit un mandement
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pour dire à ses diocésains quelle conduite leur imposaient, dans ces circonstances, et leurs intérêts temporels et surtout les lois imprescriptibles de la conscience et de la religion.
« À tous les Peuples de cette Colonie, Salut et Bénédiction.
« Une troupe de sujets révoltés contre leur légitime souverain, qui est en même temps le nôtre, vient de faire une irruption dans cette Province, moins dans l'espérance de s"y pouvoir soutenir, que dans la vue de vous entraîner dans leur révolte, ou au moins de vous engager à ne pas vous opposer à leur pernicieux dessein. La bonté singulière et la douceur avec laquelle nous avons été gouvernés de la part de Sa Très Gracieuse Majesté le roi George III, depuis que, par le sort des armes, nous avons été soumis à son empire; les faveurs récentes dont il vient de nous combler, en nous rendant l'usage de nos lois, le libre exercice de notre religion, et en nous faisant perticiper à tous les privilèges et avantages des sujets britanniques, suffiraient sans doute pour exciter votre reconnaissance et votre zèle à soutenir les intérêts de la couronne de la Grande-Bretagne. Mais des motifs encore plus pressants doivent parler à votre cœur dans le moment présent. Vos serments, votre religion, vous imposent une obligation indispensable de défendre de tout votre pouvoir votre patrie et votre roi. Fermez donc, chers Canadiens, les oreilles, et n’écoutez pas les séditieux qui cherchent à vous rendre malheureux, et à étouffer dans vos cœurs les sentiments de soumission à vos légitimes supérieurs, que l'éducation et la religion y avaient gravés. Portezvous avec joie à tout ce qui vous sera commandé de la part d’un gouverneur bienfaisant, qui n'a d’autres vues que vos intérêts et votre bonheur. Il ne s'agit pas de porter la guerre dans les provinces éloignées : on vous demande seulement un coup de main pour repousser l'ennemi et empêcher l'invasion dont cette province est
menacée. La voix de la religion et celle de vos intérêts se trouvent ici réunies, et nous assurent de votre zèle à défendre nos frontières et nos possessions. » (22 mai 1775.) |
Ce mandement eut un excellent effet, en assurant au gouvernement anglais toute l'influence dont pouvait disposer le clergé. La noblesse canadienne suivit l'exemple de ses chefs religieux et se montra d’un dévouement à toute épreuve, pour conserver à l’Angleterre un pays que la France ne méritait plus de posséder et à qui les colonies révoltées n'offraient aucune garantie de paix et de liberté véritable. Quant aux Anglais des villes, voyant qu'il ne leur serait plus possible de dominer comme auparavant, ils se montrèrent assez disposés à embrasser la cause américaine. Bon nombre aussi, tant d’un côté que de l’autre, se tinrent à l'écart, prêts à crier selon l'occurrence : « Vive le roi! » ou « Vive la république! »
Le gouverneur Carleton n'avait à sa disposition pour repousser l'ennemi que deux régiments, composés d'’environ huit cents hommes. Les habitants du bas de la province étaient tranquilles; ceux du haut, plus rapprochés du théâtre des événements, commençaient à pencher du côté de la révolution; mais ils préféraient, pour le moment du moins, garder encore la neutralité.
Tel était l'état des esprits, lorsque le gouverneur proclama la loi martiale, le 9 juin 1775, et appela la milice pour repousser l'invasion et maintenir la paix intérieure. L'évêque adressa en même temps une circulaire aux curés, pour qu'ils exhortassent les fidèles à se soumettre aux ordres de l'autorité civile; mais cette mesure du gouverneur eut l'effet le plus désastreux, en alarmant les indifférents et en forçant ceux qui s'étaient compromis à se déclarer. Les émissaires des Bostonnais pénétrèrent aussi bientôt dans les campagnes et y firent
1 Voir Garneau.
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un mal incalculable, même dans celles qui étaient éloignées, comme Sainte-Anne de la Pocatière et la Rivière- Ouelle. C'est en vain que les jeunes seigneurs essayèrent de former des corps de volontaires et que le gouverneur offrit des conditions avantageuses à ceux qui s'enrôleraient pour la défense de la patrie. Tout ce que le clergé et la noblesse purent obtenir, ce fut de maintenir la majorité des Canadiens dans la neutralité.
Cependant les troupes américaines s':vançaient en deux corps d’armées : l’un était dirigé sur Montréal par le lac Champlain, l’autre sur Québec par la rivière Chaudière. Après s'être frayé, avec des peines inouïes, un chemin à travers les forêts de Kennebec, le général Arnold traversa le fleuve Saint-Laurent, un peu audessus de Québec, et opéra sa jonction avec le général Montgomery, qui arrivait de Montréal avec les troupes venues par le lac Champlain. Ils mirent le siège devant Québec au commencement de décembre 1775.
Montgomery, après avoir gagné à la rébellion les habitants de Chambly et d’autres paroisses, s'était emparé du fort Saint-Jean, en dépit de tous les efforts de Carleton pour l’en empêcher, et s'était ensuite avancé sur Montréal et Trois-Rivières.
Ces deux villes ouvrirent leurs portes au vainqueur et les hak‘*1nts y sympathisèrent pour la plupart avec les rebelles : méricains.
Le général Carleton, obligé de fuir devant les ennemis, après avoir failli deux ou trois fois tomber entre leurs mains, réussit enfin à gagner la capitale et il ne perdit pas de temps à la mettre en état de soutenir un siège. Mer Briand faisait les vœux les plus ardents pour le succès des armes britanniques ; il connaissait la perfidie et la duplicité des Bostonnais ; il n'avait pas perdu
, le souvenir des cruautés commises envers les pauvres
Acadiens, et il ne désirait aucunement voir le pays changer de meîtres, au moment où la Grande-Bretagne venait d'accroître la somme de ses libertés religieuses
6 — Les Évêques de/Québec. — II,
et civiles. Aussi se fit-il un devoir d'exhorter toute la population canadienne de la ville à rester fidèle au roi et à se montrer plus loyale que les marchands anglais qui se retiraient en grand nombre à Charlesbourg et à l'île d'Orléans. La voix du premier pasteur fut écoutée ; sa présence ranima le courage et la confiance des citoyens, et quand le gouverneur parcourut les rangs de la milice bourgeoise qu'il avait assemblée, en commençant par les Canadiens, tous l’acclamèrent et lui promirent de combattre comme de loyaux sujets pour sauver la patrie en danger.
La cause anglaise semblait en effet presque désespérée, et Québec était le seul endroit qui reconnût alors la suprématie de la méiropole. La ville ne contenait que cinq mille âmes; la garnison se composait de dixhuit cents hommes, dont cinq cent cinquante Canadiens; c'était plus que suffisant pour repousser les Américains fatigués et affaiblis par un froid auquel ils n'étaient pas accoutumés. Aussi toutes leurs tentatives pour s'emparer de la ville furent-elles infructueuses, et quand ils voulurent tenter un dernier effort, dans la nuit du 31 décembre, ils essuyèrent une défaite sanglante, qui rendit leur position plus difficile et les força de se tenir à distance. Les pertes des rebelles furent considérables et un grand nombre d’entre eux furent faits prisonniers!. Montgomery avait péri dans la mêlée et Arnold
1 Une trentaine d'officiers furent enfermés dans le séminaire ; de là sans doute le nom de salle des Américains donné à l'appartement où ils logèrent. Ils pleurèrent en voyant l'épée de leur général, dont ils ignoraient la mort. Le corps de Montgomery, retrouvé à moitié enseveli sous la neige, fut inhumé dans la ville avec tous les honneurs dus à son grade militaire. Il s’est partout montré très humain à l'égard des Canadiens dans cette dernière et malheureuse campagne.
Au milieu des ravages exercés dans les campagnes voisines de Québec, les écoliers, qui s'étaient enrôlés pour combattre les agresseurs en 1775, eurent le désagrément de voir brûler leur asile champêtre de la Canardière. Cette maison fut rebâtie en 1777, (Histoire manuscrite du Séminaire de Québec.)
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avait reçu une blessure sérieuse. Cette victoire éclatante parut décisive, et l'évêque ordonna aux prêtres de la ville de réciter le Te Deum, le 1* janvier 1776, pour remercier Dieu d’avoir récompensé la loyauté des soldats et des citoyens. Les offices publics ne furen
cependant célébrés que le 12 mai suivant, alors que le siège fut. définitivement levé.
Dans l'intervalle, l'ennemi s'établit à Lévis et à la Canardière et dans d'autres endroits près de Québec. Quand le général Thomas vint, au mois de mai, prendre le commandement de l’armée américaine, il la trouva dans la plus triste condition et composée de soldats épuisés par le froid, la petite vérole et des misères de tout genre. Ayant appris qu'il arrivait des secours d'Angleterre, le général crut prudent de plier bagage et de prendre la direction des frontières.
A cette occasion, M£' Briand adressa aux citoyens le mandement qui suit :
« Aux fidèles Citoyens de la ville de Québec, Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
« La juste crainte d'exposer des vies qui nous sont si chères, nous a porté à interrompre depuis longtemps les offices solennels; nous les reprenons aujourd'hui avec la plus grande allégresse. Les ennemis ne sont plus à nos portes, un instant les en a éloignés, le fracas de leur artillerie ne peut plus troubler votre dévotion. Ce bienfait signalé n’exige-t-il pas de notre part les actions de grâces les plus sincères et les plus solennelles envers notre Dieu, que vous avez si souvent reconnu pour être le premier auteur de nos succès ?
« Loin de vouloir par là affaiblir en vous les sentiments de reconnaissance et d’attachement que vous devez à notre très gracieux souverain et à la mère patrie, dont les prompts et puissants secours vous ont mis en état de vous faire craindre à vos ennemis, Je souhaiterais les pouvoir redoubler. Ne devons-nous pas également conserver un attachement éternel pour Son
Excellence M. Carleton, notre illustre gouverneur, dont la sagesse, la prudence, l’activité et l’intrépidité a enfin confondu l'’opiniâtreté des ennemis du roi et des nôtres ? Personne de ceux qui ont soutenu notre long siège dans cette ville n'ignore le zèle et le courage des officiers, la constance et la fermeté des soldats et de nos braves citoyens. Mais, Mes Chers Frères, ce ne sont pourtant là que des causes secondes qu’une Providence particulière avait préparées en notre faveur, qu’elle a soutenues, dirigées, animées, moins par la considération de nos mérites que par l’intercession des saints patrons et protecteurs de cette colonie; nous ne croyons pas qu'il soit encore temps d'entrer là-dessus dans un plus grand détail. Fasse le ciel que ce bienfait signalé de la divine Providence, pour une ville que nous devons tous regarder comme le dernier boulevard qui restait à la province et à la religion de nos pères, puisse dessiller les yeux à tous ceux de nos frères que l'esprit d'erreur et de mensonge avait aveuglés ! Que le succès dont Dieu a couronné votre zèle et votre religion puisse les faire rentrer dans les sentiers de la vérité, les rendre dociles à la voix de leurs pasteurs, et plus soumis aux puissances que Dieu a établies pour les gouverner |! »
Le prélat termine son mandement en ordonnant le chant solennel du Te Deum.
Au mois d'avril précédent, les provinces insurgées avaient envoyé des délégués à Montréal pour ranimer le zèle de leurs partisans, et, parmi ces délégués, se trouvait M. John Caroll, ex-jésuite, qui devint le premier évêque de Baltimore. Il était chargé de convertir les membres du clergé à la cause américaine, et de leur représenter que la religion catholique n'avait rien à craindre du congrès. Les prêtres canadiens lui répondirent qu'ils se croyaient obligés d'observer leur serment de fidélité, et d’obéir aux instructions qu'ils avaient reçues de leur supérieur ecclésiastique, l’évêque
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de Québec ; que d’ailleurs c'était mal choisir son temps que de venir exciter à la révolte un peuple à qui l'Angleterre venait d'accorder des avantages réels pour la religion et pour l'administration des affaires civiles. « Le gouvernement britannique, lui dirent-ils, protège et respecte les ministres de l'Église, il va jusqu'à rendre les honneurs militaires à nos cérémonies religieuses. Suivant le principe que la fidélité est due à la protection, le clergé ne peut enseigner la doctrine que la neutralité est compatible avec les devoirs envers le gouvernement établi. »
On rappela à M. Carroll que la religion catholique n avait encore jamais été tolérée dans telles et telles des provinces insurgées; que les prêtres en étaient exclus sous des peines très sévères et que les missionnaires envoyés chez les Sauvages étaient traités avec rigueur et cruauté. On lui demanda aussi pourquoi le congrès, qu'il disait si bien disposé envers les catholiques, avait fortement protesté à Londres contre la religion romaine et contre les avantages qu'on lui accordait en Canada. Enfin on l’assura que si le peuple l'avait mis en oubli, les gens instruits se rappelaient encore des cruautés inouïes et des perfidies sans nom exercées par les Américains envers la nation acadienne, tache indélébile que vingt ans n'avaient pu laver et que les siècles eux-mêmes ne pourraient effacer de leur mémoire ‘.
. Si les prêtres et les nobles comprenaient la folie et l’iniquité d’une révolte, il n’en était pas ainsi du peupls, et plusieurs paroisses furent le théâtre des désurdres les plus regrettables. Les prêtres furent insultés même dans l’église; on méprisait leurs avis, on les accusait d'être anglais et de trahir la cause de leurs compatriotes. À Saint-Pierre de la Rivière-du-Sud, un combat sanglant s'engagea entre les troupes de M. de Beaujeu et
1 Dans le Pèlerinage au pays d’Évangéline, M. l'abbé Casgrain raconte comment les infortunés Acadiens furent reçus par les barbares de la Pensylvanie et du Massachusets.
les rebelles. Ceux-ci cernèrent la maison où se trouvaient les royalistes, en tuèrent trois et en blessèrent un plus grand nombre, parmi lesquels se trouvait le chapelain, l'abbé Bailly de Messein, prêtre du séminaire et aumônier du bataillon‘.
M£' Briand, à qui les curés écrivaient de tous les côtés, pour se plaindre de l'impiété et de la rébellion de leurs paroissiens, ne put s'empêcher de faire entendre la grande voix de l'autorité religieuse et de publier, dans le courant de l’année 1776, un mandement contre les rebelles pour condamner leur conduite et pour les exhorter à une prompte et sincère pénitence. Nous citerons quelques passages de cette lettre écrite avec une vigueur extraordinaire de pensées et d'expressions, et qui fait connaître ce que pensait Mg" Briand des promesses des insurgés et de l’aveuglement de ses diocésains.
« Aux Habitants de ce Diocèse, Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur.
« Dieu voulant engager le peuple juif, qui s'était séparé de lui et avait abandonné sa loi, à se repentir de ses infidélités monstrueuses et de son apostasie, parla à Jérémie et lui ordonna d'annoncer à ces prévaricateurs opiniâtres et entêtés les paroles suivantes, qui montrent également et la bonté de Dieu et l’endurcissement des coupables : Quand vous avez fait une chute, dit Dieu, ne tâchez-vous pas de vous . ‘ever au plus tôt? Quand vous vous êtes écartés de votre route, que vous avez
‘ « Messire Bailly, a priest, was shot through the body and also taken; he hewover has soon be released, and recovered of his wounds. The priests, in general, behaved well and refused to confess the Canadians in the rebel interest, for which they suffered persecutior, Messire de Lotbinière, alone excepted, him they proposed to make bishop. » (Lettre du colonel Caldwell au général James Murray.) D'après cette lettre, les prêtres suivirent fidèlement les instructions de Mir Briand, excepté le malheureux de Lotbinière, dont le nouveau scandaie ne surprit personne.
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perdu le bon chemin, ne vous arrêtez-vous pas pour chercher le vrai sentier, et ne le prenez-vous pas aussitôt que vous l'avez trouvé? Pourquoi donc le peuple de Jérusalem s'obstine-t-il à s'éloigner de moi? Pourquoi reste-t-il avec tant d'opiniâtreté dans le malheureux et fatal éloignement? Quare aversus est populus iste aversione contentiosa ? Apprehenderunt mendacium et noluerunt reverti : il s'est laissé séduire par le mensonge, et il continue d'en suivre la séduction sans vouloir retourner à la vérité (Jérémie, vi, 4). N'est-ce pas là, Mes Frères, une peinture très vive et bien naturelle de ce qui se passe dans un grand nombre des habitants de cette colonie? Vous avez trop d'esprit pour ne pas apercevoir les fourberies grossières et les plus iniques mensonges dont on s'est servi, pour vous faire tomber dans le piège qu’on vous tendait et dans lequel vous avez eu le malheur de donner avec le plus déplorable aveuglement et une sorte de frénésie et de fanatisme. Pourquoi donc, maintenant que vous connaissez l'imposture, ne la détestez-vous pas? Pourquoi en suivre encore les impressions? N'est-ce pas là une étrange folie ? Qui peut vous arrêter, Mes Chers Frères? Est-ce le désespoir, et la crainte de ne point obtenir le pardon? Ce serait une nouvelle erreur, pire que la première. Ne dit-on pas : la plus courte folie est la meilleure, il vaut mieux se repentir tard que jamais ? Vous avez irrité otre souverain, à la vérité; mais il est bon; et sans contredit et de l’aveu de tout le monde, le gouvernement sous lequel nous vivons est le plus doux et le moins sanguinaire : la clémence et l'indulgence sont ses Caractères distinctifs ; il prise la vie des hommes. Vous avez dû vous en convaincre, depuis dix-sept ans que vous vivez sous sa conduite. Il ne suffit pas d'être accusé pour être censé criminel, ni d'être trouvé coupable pour être condamné : on aime à trouver des excuses, et la plus légère suffit souvent pour exempter de la rigueur des lois. Or, Nos Très Chers Frères, ni Sa
très gracieuse Majesté, ni le Parlement, ni Son Excellence M. Carleton, n'ignorent qu'on vous a séduits, qu'on vous a trompés, qu'on vous a menti, en vous effrayant par des malheurs qui n’ont aucun fondement ni aucune apparence, et en vous promettant des faveurs et des avantages qui blessent et la religion, et la justice, et la raison. Et cette considération, n’en doutez pas, a fait déjà son effet sur ies esprits et les cœurs de ceux dont vous redoutez la puissance, et vous mériterait votre grâce, au moins en ce qu’il y a de plus considérable, si vous vous empressiez de témoigner votre repentir et votre fidélité. Mais si vous persistez dans votre révolte, vous forcerez aux plus rigoureux châtiments. Et qui est-ce qui pourra vous y soustraire? Vous imaginez- vous qu'un aussi puissant empire que le Britannique, dont les forces maritimes sont capables de résister, pour ne rien dire de plus, à toutes celles de l'Europe réunies, en aura le démenti, et qu’il ne consommera pas son entreprise ? Il n'y a qu'un sot entêtement et une grande ignorance qui puisse se le persuader.
« Il est donc de votre intérêt de revenir au plus tôt au devoir. Nous vous y exhortons, Nos Très Chers Frères, et nous vous en prions par les entrailles de Jésus-Christ. Et en cela, nous ne vous proposons d’autre objet que votre propre bien, et le temporel et le spirituel. Et d’abord, le temporel : car enfin, Nos Très Chers Frères, pouvez-vous ignorer les tristes suites d'une résistance opiniâtre? Votre rébellion, aussi contraire à la religion qu’au bon sens et à la raison, méritait déjà des châtiments exemplaires et rigoureux, du côté du prince dont vous n'avez reçu jusqu'ici que des marques signalées d’une bonté e: traordinairement rare dans un vainqueur puissant, et à laquelle aucun de nous ne s'attendait, bonté qui ne vous a fait connaître le changement de domination que par un mieux-être. Personne, au temps de votre révolte, ne se sentait des malheurs de la guerre passée : quelque dérangement
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tait des gement
qu'elle ait mis d'abord dans vos affaires, il était non seulement réparé, mais encore aviez-vous de beaucoup augmenté vos fortunes, et vos possessions étaient devenues considérablement plus lucratives et plus riches. Vous n'’aviez donc qu'à louer et remercier la Providence sur votre sort : votre devoir et votre reconnaissance devaient vous attacher inviolablement à votre souverain, à son autorité et à sa gloire ; il avait droit ‘y prétendre, il s'en flattait même avec une sorte d'assurance ; et il n’eût pas été trompé, si vous aviez suivi les règles de la gratitude et les maximes de votre religion.
« Non, Nos Très Chers Frères, les colonistes ne voulaient point votre bien; ce n’est point une affection fraternelle qui les a amenés dans cette colonie; ce n'est point pour vous procurer une liberté dont vous jouissiez déjà avec tant d'avantages, et qui allait devenir encore plus brillante, qu'une poignée de gens, ni guerriers, ni instruits de l'art militaire, sont venus s'emparer de vos campagnes et des villes de Montréal et des Trois-Rivières sans défenses. C’est par un principe bien différent, qui vous couvrirait de honte et d'ignominie, si vous le conceviez bien, qui vous porterait même à la rage et à la fureur contre les perfides ennemis que vous avez eu la sottise d'appeler du nom de frères, d’amis et de nos gens, si vous en pénétriez tout le sens, toute la malice et toute la trahison.
« Souffrez que votre père en Dieu, que vous détestez sans qu'il vous ait fait de mal, quoiqu'il n’ait voulu que votre bien et qu'il se soit toujours sans cesse, au dépens même de sa santé, de ses peiites facultés et minces pouvoirs, efforcé de le procurer ; souffrez, dis-je, qu'il vous apprenne ce que vous ignorez, parce que vous l'avez voulu. Fermant les oreilles aux conseils de ceux qui vous aiment par des devoirs de la religion et du patriotisme, et les ouvrant trop aux discours malins, empoisonnés, intéressés et pleins de fourberies de vos
plus cruels ennemis, souffrez, encore une fois, que je vous dessille les yeux et que je vous découvre les ressorts criminels et bien confusibles pour vous, qu'on a employés pour vous perdre et vous rendre indignes des faveurs de notre souverain. Je n'y puis penser sans verser les larmes les plus amères, parce que je vous aime ; sans rougir de confusion, parce que je vous suis vraiment attaché et que votre honte est la mienne; sans être indigné, parce que je hais la tromperie et que le Seigneur lui-même a en horreur celui qui a le cœur double, et maudit celui qui place un piège devant un aveugle : Maledictus qui ponit offendiculum ante pedes cæci. Or, N.T. C. F., ce sont là les crimes et les trahisons que les colonistes méridionaux ont commis à votre égard. Jaloux, disons plus vrai, enragés des faveurs que le gouvernement vous accordait et que vous n'avez point assez connues, ils ont fait leurs efforts du côté de Londres pour ies empêcher, et ils ne se sont point encore désistés ; mais, voyant toutes leurs menées inutiles, ils se sont tournés de votre côté : ils vous connaissent pour peu instruits et sans aucune connaissance de la politique et de vos vrais intérêts, c'est-àdire qu'ils vous ont jugés sots et ignorants, et de là ont conclu qu'ils ne pouvaient empêcher les bonnes dispositions de la cour, trop persuadée de votre fidélité, de votre bravoure et de votre attachement sincère à votre religion, dont ils connaissent mieux les maximes et l'esprit que vous ne les connaissez, et ils ont entrepris et sont malheureusement venus à bout de vous rendre indignes des grâces qu'on vous accordait, en vous portant à la révolte, à la lâcheté et à une espèce d'apostasie de la religion de vos pères, ainsi que nous vous le montrerons dans la suite. Il vous ont en conséquence représenté le bill comme un attentat à votre liberté, comme tendant à vous remettre dans l'esclavage, à la merci de vos seigneurs et de la noblesse; ils vous ont promis l'exemption des rentes seigneuriales, et vous
que Je es resu'on a es des r sans e vous us suis ienne ; et que e cœur ant un e pedes s trahiamis à des faue vous orts du se sont menées ls vous connais- c'est-àet de là bonnes fidélité, incère à maximes it entrede vous dait, en e espèce jue nous nn consé- , à votre sclavage, ils vous 3, et vous
avez aimé cette injustice; et que vous ne paieriez plus te dîmes, et vous n'avez pas eu horreur de cette impie el sacrilège ingratitude envers le Dieu, sans la bénédittion duquel ni vos champs ne seraient fertiles ni vos trévaux ne réussiraient…
{ À quels dangers n’avez-vous pas exposé votre religioù ! Quels obstacles n’avez-vous pas mis à votre salut !
« Et 1°, Nos Très Chers Frères, vous vous êtes rendus parjures, crime des plus grands; vous vous êtes impliqués dans tous les incendies ; vous vous êtes rendus criminels de toutes les morts qui sont de vrais assassinats, responsables de tous les torts faits au prochain, de toutes les pertes qu'il a essuyées, de toutes les dépenses que votre indocilité, et dans plusieurs la rébellion, a occasionnées au gouvernement. Considérez donc après cela dans quel abîme de péchés vous vous êtes plongés..… Comment en sortir? Comment réparer le mal? qui ne se pardonne pourtant point sans réparation, suivant l’axiome de saint Augustin : Non dimittitur peccatum, nisi restituatur ablalum. Je vous avoue, Mes Frères, que cette considération me navre le cœur depuis plus de dix mois. Je n'ai pas craint la conquête de la colonie pour deux raisons : parce que j'avais confiance en Dieu et en notre sainte Protectrice, et parce que j'étais instruit des forces ennemies et do l'état de nos forces. Mais ce qui m'occupait, c'était votre salut, et de quelle manière je pourrais vous mettre en conscience, surtout pour la restitution. Et c'est surtout cet article qui me force à suspendre l'administration des sacrements Jusqu'à ce que les affaires soient finies et que Sa Majesté ait accordé le pardon, la rémission et l’amnistie. Voyez maintenant, Mes Frères, et jugez vous-mêmes de la qualité des obstacles que vous avez mis à votre salut, par la difficuité qu'il y a à vous mettre dans les dispositions nécessaires absolument pour obtenir devant Dieu le pardon de vos péchés.