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résisté aux sollicitations et aux prières de tous les officiers, crut qu'il était de son devoir de gagner sa ville épiscopale, maintenant que sa présence n'était plus nécessaire au milieu des victimes de la maladie. Il prit un canot que l'on avait envoyé exprès pour lui, et il arriva à Québec, le 8 août 1740, à 7 heures du soir, Préservé jusque-là de tout malaise, jouissant d'une parfaite santé, et surtout de la réputation d’un saint, il fut reçu avec tous les honneurs imaginables. « Tous les officiers, tout le clergé, les religieux, les différents corps de ville et tout le peuple étaient accourus sur le rivage pour y recevoir le saint Charles et le saint François de Sales de notre siècle !, » On peut en effet se faire une idée de la joie des fidèles à la vue de leur évêque, en songeant que la ville était privés, depuis cinq ans, de la présence du premier pasteur, et que celui qui venait occuper le siège épiscopal se présentait avec tous les charmes de la jeunesse et de la sainteté. « Il fut accueilli, disent les Annales des Ursulines, et complimenté du clergé de toute la ville, avec une joie qu'il n'est pas possible d'exprimer. Les grands et les petits se disputaiert le plaisir de le voir. Aussi était-ce un prélat des plus distingués, joignant à une illustre naissance toutes les belles qualités du corps et de l'esprit, propres à faire un grand évêque ; mais pardessus tout, une vertu, une prudence et une sagesse qu'on aurait admirées dans un homme de soixante ans, quoiqu'il n'en eût que vingt-neuf. »
Après avoir fait son entrée à la cathédrale, le même soir de son arrivée, M£' de Lauberivière alla demeurer au séminaire, où on lui avait préparé un appartement. On voit dans les Annales de l'Hôpital-Général que, deux jours après, il prit le dîner chez l’intendant, et qu'il se proposait de visiter, le même jour, les religieuses de cette communauté. Mais quelqu'un lui fit remarquer
1 Lettre du P, Canot.
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MCNSEIGNEUR DE LAUBERIVIÈRE 19
offi- que, n'étant pas les plus anciennes, d'autres qu'elles ville | devaient avoir l'honneur de ses premières visites; ce plus | qui fait croire qu'il alla aux Ursulines et à l'Hôtelprit Dieu.
et il L'hôpital de cette dernière imaison était rempli des soir. infortunés compagnons de voyage de l'évêque, et la ‘une Mère Sainte-Hélène écrivait : « Je n'ai jamais vu tant it, il de malades chez nous : les salles, greniers, parloirs s les extérieurs, tout en est plein, et à peine pouvons-nous “ents passer entre leurs lits; tous deviennent noirs comme ar le des nègres, sitôt qu'ils sont morts. » Mer de Lauberisaint vière ne devait pas tarder à éprouver les conséquences effet des soins qu'il leur avait donnés dans le bateau. Le leur 13 août, cinq jours après son arrivée, il fut frappé à puis son tour; « le 14 et le 15 la fièvre ne donna pas d'indique cations mortelles, le 16 elle redoubla; les transports sen- suivirent, enfin la pourpre parut, et la 20, à 8 heures et gaine demie du matin, il expira, universellement regretté‘. » ines, Au commencement de sa maladie, « on voulut, dit une le Père Galpin, le transporter à l'Hôtel-Dieu, où on ds et l'aurait infiniment mieux traité que dans le séminaire, \ussi où, malgré les attentions qu'on pouvait avoir, il lui | une manquait assez de choses ; tout fut inutile ; il regardait ps et | sa santé comme l'affaire de la Providence, qui la conpar- serverait, si elle le jugeait expédient pour la gloire de esse | Dieu.
ans, « La maladie qui change l'homme, nous fit toujours voir le prélat qu'il était ; ce n'était que paroles de dounôme ceur, ses discours n'étaient que pour s'offrir au Seisurer gneur, s'estimant heureux de quitter la vie, dans un nent. pays où le zèle seul l'avait conduit. » Pendant la nuit deux qui précéda son décès, il fit plusieurs recommandations il se à M. Jacrau, prêtre du séminaire, et lui dit qu'il >s de n'avait point eu le temps de faire de testament. « Si quer mon chapitre veut garder quelque chose de ma cha-
1 Lettre de MM. Beauharnois et Hocquart.
pelle, ajouta-t-il, il peut retenir ce qu'il jugera à propos; » et presqu'en même temps il prononça ces mots : « Je meurs dans l'amour de mon Dieu et fidèle à mon roi !
Il légua aussi quatre cents francs pour les missions de l’Acadie et trois cents pour celles des Tamarois, « afin, disait-il, d'y faire connaître le nom de Dieu. »
Msr de Lauberivière occupait, quand il mourut, la chambre destinée au supérieur du séminaire jusqu’à ces dernières années. Cette chambre fait maintenant partie du corridor qui conduit au nouveau séminaire.
Le gouverneur général et l’intendant firent prier le chapitre de procéder sur-le-champ à son inhumation, afin d'empêcher l’épidémie, dont le prélat venait de mourir, de se répandre dans la ville. Le doyen s'empressa d'obtempérer à leur désir, quelque grande que fût son affliction, et, le même soir, le corps du jeune évêque fut transporté à la cathédrale et déposé dans la tombe, à côté de celle de Mer de Laval. « La solennité des funérailles eut lieu seulement le 22 septembre. Deux saints dormaient donc ainsi l'un près de l’autre, bien distincts par l’âge, mais également chers à Dieu et aux hommes ?. »
Quand on apprit cet événement lamentabie, de la mort de l’évêque, ce fut un cri de douleur universel dans toute la ville. « On le pleura, écrit le Père Canot, et on le regretta amèrement. Le jour qu'il mourut fut et sera peut-être celui où il se versa plus de larmes à Québec. La consternation y fut si générale, qu’on n’entendit que cette parole : Notre saint évêque est mort !… On a été obligé de déchirer plusieurs de ses collets pour
1 La chapelle de l'évêque fut envoyée à sa famille, qui la conserve religieusement. Son père envoya au chapitre de Québec une lampe et un encensoir d'argent en échange de la crosse épiscopale,
2 M. l'abbé G. Côté, Travaux d’excavation faits en 1877 dans la basilique de Québec.
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les distribuer au peuple, qui,lui attribue déjà des miracles.
« Tout ce qu'il possédait ressentait la pauvreté évangélique. Ses habits, sa soutane de cérémonie étaient de laine, son diamant ou plutôt son anneau était de dix écus seulement, La seule richesse qu'on ait trouvé dans une boîte qui s’ouvrait par un secret, était une chemise de crin, une ceinture, trois disciplines teintes de sang, et une autre de fer. »
Un autre Père jésuite écrivait : « Nous avons perdu un grand ami, les autres communautés un père, et l'Église un grand évêque. » Ces éloges ne furent pas les seuls qui se firent entendre pour bénir la douce mémoire de Mgr de Lauberivière. L'évêque de Grenoble, dont nous avons déjà cité la lettre circulaire, ne pouvait se consoler de la perte de son noble et saint enfant, qu'en songeant à la gloire et au bonheur dont il le pensait en possession dans le ciel : « Mgr l’évêque de Québec meurt comme il a vécu, en saint, et en saiut que les siècles les plus purs du christianisme eussent vénéré comme un martyr de la charité, n'ayant pu devenir un martyr de la foi, bonheur auquel il y a lieu de croire qu'il ne se fût pas refusé, si tels eussent été sur lui les desseins de Dieu.
« Quant à nous, nous l’avions perdu pour cette province, nous le regagnons, de même que ses diocésains, pour le ciel. »
Une année après le décès de Mgr de Lauberivière, son successeur, Mgr de Pontbriand, commençait son mandement d'entrée en rappelant la sainteté de celui dont il venait prendre la place. Il disait à ses diocésains combien il partageait leur légitime douleur pour la perte immense qu'ils venaient de faire; et il leur demandait de répandre pour lui-même devant le Seigneur des larmes qui étaient inutiles pour le vertueux prélat que le Ciel avait déjà récompensé et couronné.
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