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CHAPITRE III

Pélerinages au tombeau de Msr de Lauberivière. — Guérisons miraculeuses en France et au Canada.

Une voix plus éclatante que celle même des évêques se fit entendre, peu après la mort de Msr de Lauberivière, pour proclamer bien haut qu'un saint était monté au ciel, et ce fut la voix des miracles. Des pèlerinages se firent à son tombeau, des guérisons extraordinaires furent obtenues en France et au Canada, et l’on en dressa des procès-verbaux authentiques, qui serviront un jour, nous osons l'espérer, pour le procès de canonisation du cinquième évêque de Québec. Ces procèsverbaux sont conservés avec soin dans les archives de l’archevêché de Québec, et ils ant été publiés, en 1885, par M. l'abbé Tanguay. Nous ne mentionnerons ici que deux des principales faveurs attribuées à la puissante intercession de Mer de Lauberivière.

Une religieuse âgée de vingt-deux ans, nommée Marie-Françoise Guilhermier, demeurant au monastère des Dames du Très-Saint-Sacrement, à Ballène, en France, était malade depuis une année, et les médecins et les chirurgiens les plus habiles qui l'avaient soignée se déclaraient impuissants à la guérir. Une phtisie nerveuse la conduisait à grands pas à la mort, quand elle reçut une relation de la mort de Mgr de Lauberivière. Elle se rappela qu'elle avait vu, à Romans, le saint prélat, avant qu'il fût évêque, qu'elle l'avait plusieurs fois consulté, et qu'elle admirait alors la tendre piété et l'esprit de religion dont il était rempli. Elle pensa qu'elle obtiendrait sa guérison par son intercession , si elle pouvait avoir quelque chose de lui. Se prêtant à ses

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désirs, la supérieure lui obtint de M. de Lauberivière, père du jeune saint, une partie du cordon qui attachait sa croix pectorale.

La religieuse eut dès lors le pressentiment de sa guérison, et elle se mit à faire une neuvaine, avec toute la communauté, en l'honneur de Me’ de Québec. La neuvaine commença le 23 avril 1741; le lendemain, on porta la malade au chœur pour la faire communier; elle était si faible, qu'il fallait lui avancer la tête pour qu’elle pût recevoir la sainte Hostie. De retour à sa cellule, la révérende sœur prit un bouillon dans lequel, à sa prière, on avait mis un peu du cordon précieux, et dès qu’elle l’eut pris, elle dit à la sœur qui était auprès d'elle : « Je me sens quelque chose d'extraordinaire. » Un moment après, elle éprouva des douleurs très vives dans les jambes et dans le bras gauche, qui était auparavant absolument insensible ; peu après, les os de ses membres se remuèrent et se soulevèrent avec un bruit tel, que sa compagne en fut effrayée. Puis elle commença à se mouvoir avec facilité, et, à midi précis, elle se leva, se mit à genoux, sortit de sa chambre et descendit au chœur, où toute la communauté, témoin du miracle, chanta le cantique d'actions de grâces. La bonne religieuse était complètement guérie ‘.

Si la sonfiance était grande, en France, aux mérites et à l’intercession de M8’ de Lauberivière, elle l'était encore davantage au Canada; le saint évêque travaillait au ciel en faveur de ses compatriotes, mais il se devait encore plus à ses diocésains. Aussi M. Faucon, curé de Sainte- Geneviève dans l’île de Montréal, écrivait-il à M. l’abbé Paris, le 17 septembre 1741 :

« J'ai appris avec bien de la joie que le Seigneur justifie par des miracles, en France comme au Canada, la haute idée qu’on avait conçue de feu Mer de Lauberivière. On compte plusieurs miracles opérés ici en sa

1 Voir le récit complet de ce miracle dans Msr de Lauberivière, par l'abbé Cyprien Tanguay.

faveur, et l'on admire dans tout le peuple une tendre dévotion pour feu Msr de Québec; partout on ne voit que neuvaines faites en son honneur. De Montréal on descend jusqu'à Québec, pour prier sur son tombeau. »

L'un des miracles dont il est parlé dans cette lettre fut sans doute la guérison d’un enfant de la paroisse de la Longue-Pointe, nommé Antoine Pepin, guérison dont Mer de Pontbriand envoya tous les détails à M. le Président de Lauberiviére.

Ce pauvre enfant, âgé de trois ans, n'avait jamais eu l'usage de ses jambes, et il n’y avait aucune apparence qu'il pût jamais l'avoir; il ne pouvait se tenir debout, malgré tout l'exercice qu’où lui donnait. Or la mère entendit raconter que Mer de Lauberivière avait miraculeusement sauvé la vie à un enfant, pendant la traversée de l’Océan, et celle eut confiance qu'il pourrait bien guérir le sien de son infirmité. Le 22 septembre 1740, on célébrait, dans l’église paroissiale de Ja Longue-Pointe, un service solennel pour le repos de l'âme du regretté prélat, et ce fut le jour que choisit cette bonne mère pour l’invoquer en faveur de son fils. Pendant toute la messe, à laquelle elle assista avec son mari, elle ne cessa de prier Mer de Lauberivière pour obtenir la guérison tant désirée, et ce fut pendant qu'elle priait ainsi que l'enfant, resté seul à la maison avec une petite sœur, se leva de sa chaise et se rendit, sans le secours de personne, à la fenêtre, à la porte, et par toute la chambre. Quand le père et la mère arrivèrent de l’église, ils trouvèrent leur cher enfant qui venait au-devant d'eux dans la maison. Alors la mère, dans l’exaltation de sa joie, cria « miracle » à tous ceux qui passaient, et les invita à venir constater la vérité du prodige. Le soir, l'enfant put sortir et se divertir avec ses petits frères et sœurs. Il était guéri par la foi de sa mère et par l'intercession puissante de l'évêque qui venait de mourir. |

Plusieurs autres faits extraordinaires parvinrent à la

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connaissance de l'autorité ecclésiastique, et, sur une lettre postulatoire de M. Falcoz, vice-promoteur de l'officialité diocésaine, Mgr de Pontbriand institua une commission pour entendre les témoins et dresser les procès-verbaux.

Les concours du peuple au tombeau du saint évêque et la foi dans la puissance de son intercession paraissent avoir duré jusqu’à l'époque de la cession du Canada à la Grande-Bretagne. Les événements de la guerre, ceux du siège de Québec, en interrompant les pieux pélerinages au tombeau de l’homme de Dieu, effacèrent insen- -siblement le souvenir de ses vertus et des bienfaits obtenus par ses prières. Les actes qui en font foi restaient eux-mêmes dans l'oubli, quand Mer Tanguay a eu l’heureuse idée de les publier en volume : la lecture de ces pièces, aussi authentiques qu'édifiantes, a réveillé la mémoire du pieux évêque, en même temps que la dévotion des fidèles en son honneur.

Le nom de Ms de Lauberivière est encore en bénédiction parmi les membres de sa famille en France. Le 7 décembre 1880, ME l'archevêque de Québec recevait de Grenoble une lettre écrite par Mme Quinsonas de Lauberivière, comtesse de Chabons, arrière-petite-nièce du saint prélat, dans laquelle elle envoyait une « offrande de cent francs pour une bonne œuvre, en reconnaissance de grâces qu'elle avait demandées et qu'elle croit avoir obtenues par l'intercession du vénéré parent, dont la mémoire est restée en sainteté dans sa famille et dont l’image est religieusement conservée ».

Cette première lettre fut l’occasion d’une correspondance échangée entre l'archevêque de Québec et l'évêque de Grenoble, et provoqua d’autres lettres de Me de Quinsonas, qui sont également publiées dans le précieux volume de Mer Tanguay.

Puisse notre humble travail contribuer, à son tour, à augmenter la dévotion des fidèles envers ce pieux évêque, qui est sans doute au ciel l’un dus plus puis-

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sants protecteurs de notre église de Québec! « Plus ses vertus seront connues, plus le peuple catholique les proclamera à la glaire de Dieu et de son serviteur, et plus aussi son exemple de sainteté produira de salutaires #ifets dans les âmes.

« Un jour viendra, espérons-le, où cet évêque selon le cœur de Jésus recevra les honneurs que l'Église décerne à ses saints. Nous l’appelons de tous nos vœux !. »

1 Lettre de Mur d'Ottawa à M. l'abbé Tanguay.

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