‹ Les evêques et archevêques de Paris depuia saint Denys jusqu'à nos jours: Avec des documents inéditsChapitre 43 sur 112 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

laume était fils du comte de Montfort ; ses alliances et surtout l'influence de sa sœur sur le roi, firent craindre à plusieurs prélats que son élection ne fût pas canonique.

Il n'en était rien, mais malgré la régularité prouvée par les témoignages les plus authentiques, le Saint- Siège fit prêter au chapitre de Paris, avant de donner sa sanction, le serment suivant :

« Ce n'est point pour quelque présent que nous ayons reçu ou qu'on nous ait promis, ni à cause de la faveur dont jouit la sœur de Guillaume auprès du roi, ni à cause des menaces que sa sœur ou le roi nous ait faites, que nous avons élu Guillaume pour notre évéque; qu'ainsi Dieu nous ait en aide et ses saints Evangiles. »

On voit par ce détail rétrospectif, combien étaient rigoureuses et de quelles précautions étaient entourées les élections des évoques, qu'on s'est plu à représenter comme entrant dans l'église de par le droit du plus riche ou de par la volonté du roi.

L'élection de Maurice , à Tévéché de Paris , fut entourée de circonstances particulières comme si rien ne devait être ordinaire dans la vie de cet homme extraordinaire.

Quand il s'agit de donner un successeur à Pierre Lombard, les suffrages du chapitre ne pouvant se réunir sur aucun candidat, les chanoines s'accordèrent à investir trois d'entre eux du droit de nommer défini-

tivement à Tévêché. Ceux-ci n'ayant pu concilier leurs opinions, remirent à leur tour leurs pouvoirs à Maurice, qui s'étant bien assuré que ses deux collègues ne le démentiraient point sur celui qu'il nommerait :

^ Je ne connais, dit-il, ni les consciences ni les intentions des autres, mais je crois me connaître assez moi-même et pouvoir me garantir que si je prends en main le gouvernement de ce diocèse, je ne chercherai et ne travaillerai avec la grâce du Seigneur qu a l'administrer avec sagesse. Je me donne donc ma voix, l'élection est faite. »

Ainsi Philippe- Auguste avant Bouvines devait offrir sa couronne de France à qui, mieux que lui, serait digne de la porter; ainsi Napoléon devait se poser lui-même sur la tête la couronne de fer des empereurs.

Ce sont là des faits qui sembleraient vulgaires, sans une manière de parfum héroïque qui les recommande à la postérité.

Une fois évêque, Maurice se montra digne de sa tâche. Le diocèse de Paris, le pays entier, étaient infestés de routiers et de cotereaux, rançonnant le paysan, dévastant les abbayes, entretenant partout et sans cesse la terreur ; les seigneurs se battaient sans relâche, et pour les prétextes les plus frivoles ; enfin les chevaliers sans terre, les archers sans compagnies, les lansquenets sans solde, accomplissaient moult exploits et prouesses qui désolaient le royaume. Semblables à ces Saxons du temps de Charlemagne, qui

demandaient le baptême toutes les fois qu'ils éprouvaient le besoin d'avoir une tunique neuve, les lansquenets venaient à résipiscence pour quelques livres, on donnait des fiefs aux chevaliers, le désordre n'était que suspendu ou déplacé.

Maurice conseilla donc la croisade à Louis VII, car si la croisade n'avait pas de résultat, elle servirait au moins selon l'expression d'un auteur du temps de *« purgation au royaume. ?»

Routiers, coteraux, soldats et chevaliers partirent à la suite du très-redouté seigneur monsieur le Roi, psalmodiant des cantiques, et répétant la romance du comte Guillaume de Poitiers :

^ Puisqu'il m'a pris fantaisie de chanter, je dirai dans mes vers ce dont je suis dolent, je m'en vais quitter Poitou et Limousin, je m'en irai en exil, je laisserai mon fils en guerre, en grand'peur et en péril, et le mal lui sera fait par ses voisins.

» Je quitte tout ce que j'aimais, chevalerie et grandeur.

» Je m'en vais sans plus tarder où les pécheurs sont délivrés.

y» mes amis, quand je serai devant la mort, venez auprès de moi, vous m'avez vu jadis aimant la joie et les plaisirs, je verrai volontiers partir au loin les délices. 99

Au XII® siècle, la guerre était le tribunal des seigneurs, les victoires étaient ses arrêts ; les droits, qui n'étaient appuyés que sur la puissance, si la puissance

tombait, tombaient aussi. Maurice de Sully qui connaissait le sort des pauvres, par sa condition passée, et par sa condition présente, le droit des nobles, s'appliqua à faire pénétrer dans son diocèse lesprit de la justice moderne.

L'évéque, dans son diocèse, législateur et applicateur des lois, à la fois pouvoir exécutif, administratif, judiciaire, attira à lui les peuples par l'impartialité qui régnait dans sa législation et dans ses jugements. Il conquit cette influence morale qui produisit de fréquentes désertions du fief laïque dans le fief ecclésiastique, et qu'il devait à la sagesse des lois romaines introduites dans ses tribunaux, et à Thumanité des lois et des règlements que l'esprit du christianisme lui dictait. L'Eglise ramasse ensemble tous les titres par où l'on peut espérer le secours de la justice, a dit Bossuet.

Ce fut véritablement sous Maurice de Sully que s'opéra la séparation des pouvoirs laïques et religieux. Les clercs ne dépendirent plus que des tribunaux ecclésiastiques, Tévêque exerçait en outre le pouvoir temporel dans l'étendue de son fief.

« Les canons et les lois, les rois et les évéques concouraient ensemble à empêcher les ministres des autels de paraître ppur les affaires même teniporelles devant les juges de la terre; on voulait avoir des intercesseurs purs du commère d«s hommes et on craignait de les rengager dans le ^ècle, dont ils

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