PREMIÈRE PARTIE
terre, se releva tout à coup, ses mains brisèrent les liens qui les enchaînaient, il s'inclina, les étendit et saisit son auguste chef, puis, l'élevant dans les airs et le portant devant lui, il se mit à marcher vers l'orient l'espace de deux milles, louant Dieu à haute voix ; des anges le suivaient et chantaient avec lui : Alléluia, alléluia. Il s'arrêta à l'endroit où se trouve son abbaye, semblant le désigner pour le lieu de sa sépulture. »
Aussi, durant tout le moyen âge, saint Denis est représenté portant sa tête coupée dans ses mains.
Son corps, par ordre du préfet, devait être jeté en Seine, mais une dame pieuse fit enlever, par des gens à elle, le corps du martyr, pendant qu'elle-même amusait les soldats romains ; on le porta jusqu'à la Seine, puis il fut déposé à l'endroit où s'élève aujourd'hui la célèbre abbaye, dans un champ où l'on sema le soir même du gazon, afin de dépister les persécuteurs.
Plus tard les chrétiens, à l'instigation de sainte Geneviève, une sainte de Paris aussi, élevèrent la magnifique église que l'on admire aujourd'hui.
Rien n'égalait le tombeau du patron de la France ; il était décoré de choses très-riches et très-précieuses, l'or et les pierreries y reluisaient avec magnificence. Dagobert aimait son abbaye de Saint-Denis, où le roi Robert vint plus tard chanter les psaumes; de son temps, saint Ouen, dans son enthousiasme, l'appelle une merveille de la terre, une vraie portraicture du paradis.
De tous côtés on venait à Saint-Denis en pèlerinage ; des églises en grand nombre s'élevaient sous son patronage; les rois de France, quand ils partaient pour guerroyer au loin, venaient en pompe y chercher l'oriflamme; l'oriflamme de Saint-Denis, c'était le cri de guerre, c'était le cri français par excellence. Quel plus beau titre que celui d'abbé de Saint-Denis? C'est à Saint-Denis que les rois de France étaient inhumés, après avoir été portés à Notre-Dame, Notre-Dame et Saint-Denis. C'est à Saint-Denis, ce Westminster de France, que furent enterrés Turenne et les grands hommes de notre patrie. Sur les marches du caveau royal, le dernier roi de France attendait que sou successeur vînt le remplacer. Quels échos de gloire, de grandeur magnifique, de combats sanglants, de haute piété, que les échos de Saint-Denis! Quels échos, français comme celui qui les inspire, alors que les gentilshommes priaient, se dévouaient et mouraient, comme l'a dit un poète, en chantant Jésus, les archanges et Monseigneur saint Denis!