PREMIÈRE PARTIE
C'était au moment de son séjour à Rome, raconte Rabelais, l'ami et le confident de l'évêque de Paris; le cardinal de Trente arriva dans la Ville-Eternelle « en gros train et plus somptueux que celui du pape. Il était escorté de plus de cent Allemands vestus de robes rouges avec une bande jaune et ayant brodée sur la manche droite une gerbe de blé liée, à l'entour de laquelle était écrit : Unit as. »
Le cardinal de Trente disait au cardinal du Bellay :
« Le Saint-Père, les cardinaux, évesques et prélats de l'Eglise, reculent au Concile, et n'en veulent ouïr parler ; ils adoptent l'avis des séculiers, mais je vois le temps près et prochain, que les prélats d'Eglise seront contraints le demander, et les séculiers n'y voudront entendre. »
Il est vrai que l'on avait agité la question de savoir si les cardinaux devaient être compris dans la réforme.
« Messieurs les très-illustres cardinaux, disait-on, n'ont pas besoin d'être réformés.
59 Je crois au contraire, répondait un évêque, que Messieurs les très-illustres cardinaux ont besoin d'une très-illustre réforme. 55
Jean du Bellay ne se préoccupa pas assez des progrès de la réforme en France ; il fut distrait par des événements sans importance, et s'abandonna dans les intervalles de ses ambassades , au charme de sa cour littéraire de l'évêché. Dans les temps de trouble, comme au xvi® siècle, où, selon l'expression de Montaigne,