Les Evêques et archevêques de Paris depuis Saint Denys jusqu'à nos jours avec des documents inédits
Le jansénisme au xvm° siècle. — Les cimtes de Vinliaiille. Le journal sur la Seine.
La famille de Vintimille, issue des anciens marquis d'Yvrée, rois d'Italie (^), tirait son nom d'un comté situé dans l'Etat de Gênes, qu'elle échangea pour d'autres terres avec les comtes de Provence. L'archevêque de Paris appartenait à la branche des Vintimille, comtes de Marseille du Luc. Son surnom de Marseille appartient à ceux qui descendent comme lui d'Emmanuel de Vintimille et de Sybille de Marseille, successeur de Guillaume comte de Marseille, mort sans enfants, qui
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obligea ses descendants à porter ce nom. L'aîné de cette famille, établie depuis sept siècles en Provence, se nommait de Marseille, des comtes de Vintimille et les autres de Vintimille, des comtes de Marseille.
Le père de l'archevêque avait le grade de maréchal de camp, sa mère était une Forbin de la Marche. Pour Vintimille, ce fut un homme de vertu et d'esprit. Il eut à recueillir à Paris la succession épineuse du cardinal de Noailles, dont les tergiversations et la versatilité obstinée avaient fait tant de mal ; fort âgé et ami du repos, on ne saurait dire de lui qu'il ait été à la hauteur des circonstances, mais il n'a pas été trop au-dessous.
Sa large et béate figure, enfouie sous une de ces immenses perruques à marteaux fort à la mode jadis, mais qui, sous Louis XV, étaient abandonnées aux gens de palais, son bon sourire, cachaient un esprit fin et mordant, mais plutôt disposé à la modération qu'à la
vigueur.
Type éminent de ces prélats du xviii^ siècle, élégants, cultivés et diplomates, qui portaient la croix du Saint- Esprit sur leur poitrine sans oublier la croix divine dont leur front était oint, et qui se retrouvaient sans peine et tout naturellement évêques et martyrs, en temps donné.
Vintimille, pendant la peste de Marseille, où s'immortalisa Belzimce, était archevêque d'Aix, il s'y conduisit en héros, et ne cessa de diriger les secours comme un général sur le champ de bataille.
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Sous l'épiscopat de Noailles, les cardinaux de Rohan et Bissi lui avaient écrit secrètement « que le régent allait proposer de nouveaux projets d'accommodement, auxquels, dans la place où ils se trouvaient, ils ne pouvaient s'opposer de front, que l'intérêt de l'Eglise demandait que ceux qui pouvaient se montrer sans trop hasarder, fissent et publiassent un mandement t^ dont ils lui avaient envoyé en même temps le projet, pour déclarer tous conjointement l'excommunication, encourue par les appelants de la bulle Unigenitiis.
L'archevêque déféra aux vœux de ses collègues , toutefois sans se mettre mal avec le duc d'Orléans.
En effet, un agent de Son Altesse, l'abbé de la Fare- Lopis, envoyé près de Vintimille à Aix, racontait ainsi sa visite :
^ Je trouvai l'archevêque, un peu indisposé contre tout ceci — il s'agissait des projets d'accommodement dont parlaient Rohan et Bissi — par un Gazetiin, qu'un esprit furieux et turbulent de cette ville avait porté de maisons en maisons. Il ne me fut pas malaisé de calmer
ce petit orage Personne n'a plus d'esprit, de bonnes
intentions, de sagesse et de zèle pour la paix, que M. l'archevêque d'Aix. »
Nommé à Paris à soixante-treize ans, Vintimille trouva la ville en proie à toute l'exaspération des partis ; le jansénisme marchait tête levée, et, comme l'avaient prévu les jésuites au siècle précédent, cette hérésie
commencée par des subtilités de doctrine, marchait tout droit à un schisme.
Une feuille, utile en littérature en ce qu'elle aurait pu servir à envelopper les paquets, les Nouvelles ecclésiastiques, était l'organe des appelants, et cette œuvre d'un cerveau en décomposition dont la mauvaise foi et la sottise sautaient aux yeux, attaquait à son ordinaire dans la capitale de la France, l'autorité de l'Eglise universelle, représentée par le successeur de saint Denis.
Vintimille publiait une ordonnance, il montrait les tristes suites de la résistance à la loi de l'Eglise, la docilité anéantie dans les fidèles, le vicaire de Jésus- Christ calomnié, ses intentions dénaturées, l'autorité des évéques méconnue, toute subordination détruite et une foule d'écrits séditieux paraissant pour semer partout l'esprit de haine, de révolte et d'indépendance. Il assurait les fidèles que la Constitution, loin de porter atteinte à la pureté du dogme, condamnait des erreurs capitales.
Cette ordonnance était, en quelques endroits, aussitôt enlevée que placée, en d'autres, déchirée et presque partout barbouillée d'encre et de boue.
Toute l'administration de M. de Vintimille se consuma dans cette lutte impuissante. En 174G, le prélat (ju'aucune maladie , qu'aucune infirmité n'avait jusqu'alors affligé , déclina rapidement ; on voulut lui persuader de se soigner :
- Il n'est plus question de cela, répondit-il, mais de mériter les miséricordes du Seigneur par le sacrifice/ ^
Il est vrai qu'il avait quatre-vingt-dix ans !
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