JACQUES GIGAULT DE BELLEFONDS
Condaranalion des philosophes. — Mort étrange de BellefonJs.
Deux jours après la mort de M. de Vinlimille, un brevet royal désigna pour lui succéder, à Paris, M. de Bellefonds, l'archevêque d'Arles. Il était d'une famille de bons gentilshommes de Touraine, qui comptait des maréchaux de camp, des chevaliers des ordres, un maréchal de France et des gouverneurs de châteauxroyaux.
Le prélat ne fit que paraître dans la chaire de Notre- Dame. Un étrange mystère plane sur sa mort. En quelques mois il avait su f^iire condamner deux livres par le Parlement : l'un, de la Meltiie, Histoire naturelle de rame; l'autre, de Diderot, Pensées philosophiques. C'était la grande guerre qui commençait. Les jansénistes l'ont représenté comme un homme terrible, son-
géant moins à se faire aimer qu'à se faire craindre ; de fait, il ne manquait point d'énergie. Il y avait, sous scellés, à l'archevêché, nombre de lettres de cachet déjà pourvues des noms des plus fougueux du parti, et dont le but était d'envoyer les appelants imprimer et discourir ailleurs que dans sa capitale.
Bellefonds faisait pressentir son successeur ; il était jeune et nul ne sait ce qu'il aurait su faire.
Le bruit courut à Paris de ces projets de l'archevêque, puis, un autre bruit se répandit tout à coup de sa mort, et ce fut tout. Sa trace pourtant était assez puissante, pour s'être imprimée dans le gouvernement de ce diocèse.
Il en est qui vivent leur vie en soixante-dix ans, d'autres la vivent en un an, en un jour, en une heure... lesquels ont souvent le plus et le mieux vécu ; ceux-ci étalent leur vie sur un grand nombre d'années, ils grignotent cent ans ce que les autres dévorent en huit jours.
Pour savoir vivre, il faut apprendre à mourir, c'était la maxime de Bellefonds; qui ne craint pas la mort, ne craint pas la vie
-•ïfl^c