CHRIST. DE BEAUMONT
Affaire clt?s Jésuites. — Documents iliplomaliques.
Lettre du ministre à V ambassadeur.
Versailles, le 31 janvier 1764.
- .... Vous ne devez rien changer, Monsieur, à la conduite que vos prédécesseurs ont tenue à l'égard des Jésuites, à moins que dans la suite le roi ne juge à propos de vous donner de nouveaux ordres à ce sujet w
De V ambassadeur à Rome au ^nmistre des affaires
étrangères.
Rome, le 18 janvier 1764. — N'^ 6.
- .... 11 est arrivé ici plusieurs exemplaires du mandement de Mgr l'archevêque de Paris. 11 a pour titre :
Instruction pastorale sur les atteintes données à V Eglise par le jugement des tynbunauœ séculiers dans ï affaire des Jésuites. Cet écrit paraît imprimé à Paris, quoiqu'on m'ait assuré qu'il l'a été à Avignon. C'est un in-4'' de 107 pages sur 2 colonnes. Il est daté de Conllans, je n'ai pu parvenir à m'en procurer un exemplaire, que je vous aurais envoyé. Ils sont rares et on a de la peine à en avoir, je n'ai pu que le lire très-rapidement. - (Rapport du 25 janvier 1764.) — N"" 7.
De r ambassadeur au secrétaire d'Etat des affaires étrangères.
'* Cette Eminence ^ m'a parlé ensuite avec vivacité de la défense faite aux courriers de Rome à Paris de passer par Avignon. .. je lui ai répliqué que je n'avais aucune connaissance de ce fait, mais que, supposé qu'il existât, le ministère aurait sûrement eu ses raisons pour en user ainsi ; que l'impression du mandement de M. l'archevêque de Paris ^ faite à Avignon avait peutêtre attiré ces ordres. Il m'a répondu que ce mandement était venu ici de France tout imprimé et qu'il ne savait pas qu'il l'eût été à Avignon. Mais à quoi bon, lui ai-je dit, Monseigneur, ce mandement dans la circonstance présente l il ne peut produire que du trouble sans qu'il
(1) Le secrétaire d'Etat de Sa Sainteté.
(2) En faveur des Jésuites.
en résulte aucun avantage ni pour la religion, ni même pour l'Ordre qu'il défend. Je ne vous parle pas, a-t-il repris, du mandement de M. l'archevêque de Paris. Il s'est tu ensuite r>
- Cette réponse sèche et laconique, m'a fait faire beaucoup de réflexions ; il m'a paru singulier que cette Eminence se soit arrêtée tout à coup contre son ordinaire; il m'est impossible de juger quel peut être le motif de ce silence, et je ne puis l'attribuer qu'au parti pris de sa part de ne point entrer en matière vis-à-vis de moi sur cet article. «
La dépêche du 31 janvier, du ministre à l'ambassadeur, commence ainsi :
- Nous savons enfin, Monsieur, quel est l'objet de la correspondance mystérieuse que le pape entretient avec quelques évêques de France et je vous confierai même que nous avons une copie du bref que Sa Sainteté a adressé à l'un de ces prélats.
^ Il parait que ce n'est guère qu'une réponse dans laquelle il n'est point question de l'archevêque de Paris, mais par laquelle le Saint-Père exagère les entreprises des tribunaux séculiers du royaume contre la juridiction ecclésiastique, et exhorte les évêques à ne se pas tenir dans l'assoupissement et à réveiller leur zèle tout entier. Sa Sainteté parle ensuite des Jésuites, sans cependant les nommer, et après les avoir représentés comme les défenseurs les plus ardents de la puissance de l'Eglise et de l'autorité apostolique.
:v5() LES ÉVÊQUES ET ARCHEVÊQUES DE PARIS.
déplore dans les termes les plus forts leur destruction en France.
?î II est vrai que, par ce bref, le souverain-pontife ne prescrit et ne conseille même aucune démarche particulière à faire de la part des évêques du royaume, et paraît ne les exhorter qu'à l'union, à la patience, à la piété et à la confiance dans l'esprit de religion dont le roi est animé, mais les expressions d'assoupissement duquel il faut sortir, et de zèle entier qu'il faut 7'éveille7% semblent contredire les conseils de prudence et de modération.... r
Dans sa dépêche du 7 février 1764, le duc de Praslin annonçait ainsi à notre ambassadeur le traitement fait à \' Instruction de M. de Beaumont :
- L'instruction pastorale de M. l'archevêque de Paris sur les arrêts du parlement contre l'institut des jésuites, a été condamnée au feu par le parlement de Paris, et le roi a jugé à propos d'exiler ce prélat à quarante lieues de sa capitale, pour le soustraire à la procédure ultérieure que cette cour paraissait déterminée à suivre contre la personne même de cet archevêque. «
Le pape ressentit vivement l'exil infligé à l'énergique prélat et s'en ouvrit même à notre ambassadeur. Le marquis d'Aubeterre raconle en ces termes la conversation qu'jl eut avec le Saint-Père.
{Rapport du 8 février ^7^4.) — N° 9.
^ .... Le Saint-Père a passé ensuite à l'exil do M. l'archevêque de Paris dont on avait reçu la nouvelle
par la poste d'avant-hier ; il en a paru extrêmement touché, et il m'a fait les plaintes les plus sensibles à cet égard. J'ai répondu que je n'en avais reçu aucune nouvelle par la cour, que j'avais ouï dire effectivement qu'il y avait ici des lettres particulières qui annonçaient l'exil de M. l'archevêque de Paris, que je n'étais pas en état de lui rien répondre à cet égard, puisque je n'étais pas instruit de cet événement, que tout ce que je pouvais lui dire à ce sujet, c'est que sûrement le roi n'avait pas pris un pareil parti sans des raisons bien essentielles. Le Saint-Père est entré ensuite dans la discussion de la conduite de M. l'archevêque de Paris, de son mandement et des entreprises des parlements sur l'authorité ecclésiastique. Je l'ai laissé parler tant qu'il a voulu, après qu'il a eu cessé, j'ai répliqué : ma cour ne m'ayant instruit de rien, je ne pouvais rien dire que comme particulier; qu'en cette qualité, je ne pouvais m'empêcher de représenter à Sa Sainteté qu'avec tout le respect dont j'étais pénétré pour les vertus éminentes de AI. l'archevêque de Paris, je ne pouvais m empêcher de penser que son mandement était hors de propos, qu'il ne manquait pas d'évêques en France, zélés et attentifs pour le maintien de la religion, et que cependant il était le seul qui etit fait un mandement dans les circonstances actuelles.
- — Cest que les autres nen ont 2'jCis eu le eourage, a repris le Saint-Père avec beaucoup de vivacité
y J'avais vu, auparavant d'être admis à l'audience
ARCII. H. 23
358 LES ÉVÊQUES Eï ARCHEVÊQUES DE PARIS.
du pape, le cardinal neveu, par l'appartement duquel il faut passer pour arriver à l'escalier secret par lequel j'ai été introduit. Ma conversation avec lui n'a pas été bien longue. Elle a roulé sur ses plaintes au sujet de M. l'archevêque de Paris et sur beaucoup de silence de ma part.... ^
Le secrétaire d'Etat des affaires étrangères loua fort la conduite de l'ambassadeur en cette circonstance, il insistait sans cesse dans ses dépêches pour que l'on ne défendît pas M. de Beaumont.
Le 6 mars 1764 (N^ 13), il écrivait :
- Vous êtes actuellement informé du motif qui a occasionné l'exil de M. l'archevêque de Paris ; il est certain que l'instruction pastorale qu'il a publiée en dernier lieu, a extrêmement aigri les esprits, et nous sommes dans des circonstances qui exigent de la part des évêques du royaume la plus grande circonspection dans les démarches qu'ils font. Mais il est encore plus essentiel pour le bien de la religion, que la cour de Rome, bien loin d'exciter un zèle peu éclairé et imprudent, donne à tous nos prélats l'exemple d'une sage modération. Il faut savoir se prêter aux conjonctures, et en voulant les forcer, on risque d'opérer un effet absolument contraire au but qu'on se propose. -
f Rapport du 18 avril 1764.) — N" 19.
PIÈCES JL'STlFlCATlVliS. 359
Du marquis dAiiheterre, ambassadeur, au duc de Py^aslin .
-i J'ignorais absolument le bref que le pape a écrit à M. larchevêque de Paris. Ces sortes d'expéditions se font ici très-secrètement et ne passent que par une seule main. De plus, M. le cardinal Torrigiani a si fort épouvanté les subalternes par la dureté de son caractère, qu^il est impossible aujourd'hui de pouvoir se procurer aucun moyen secret. Si je trouve occasion de parler de ce bref à M. le cardinal Torrigiani (secrétaire dEtat), je n'y manquerai pas, mais ce sera bien inutilement. Quoi que je puisse dire, je n'empêcherai jamais ces petites manœuvres sourdes. Tout ce que j'ai pu faire jusqu'ici, c'est de retenir les grandes, et je n'ai garde de répondre de pouvoir toujours y réussir. -
- On a pris de la part du ministère du roy les mesures efficaces pour supprimer autant qu'il serait possible tous les exemplaires du libelle anonyme intitulé : Réflexions sur le bref. On pourra peid-êire même déterminer le parlement à sévir de son côté contre cet ouvrage. ^ Dépêche du 23 juillet 1764. — N° 34.
- Le pape m'a demandé s'il n'y avait point d'espérance de retour pour M. l'archevêque de Paris; j'ai répondu qu'il n'était question que d'attendre les circonstances; dès qu'elles seraient arrivées, Sa Sainteté pouvait s'en rapporter au zèle du roy qui ne
o60 LES ÉVÊQUES ET ARCHEVÊQUES DE PARIS.
désirait pas moins vivement qu'elle de mettre tin à lexil de M. larchevêque de Paris et de le faire revenir dans son siège. r> (Rapport de V ambassadeur, juillet 1764. i;
Dépêche du 15 octobre. — N° 46.
« Le roi informé que M. larchevêque de Paris était malade et que lair de la Trappe ne convenait point à l'état de sa santé, lui a permis de revenir à Conllans où il est arrivé depuis plusieurs jours. -
(l) Toutes ces dt^pèches extraites des Archives des Affaires Elraogères sont inédites.