‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 14 sur 100 · PREMIERE PARTIE. i i · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. i i

A l'époque des incursions des Normands, on les porta en Brie, puis près de Sens à Esmans, puis à un petit village du nom de Nogent-l' Artaud. Mais l'église fut brûlée et le corps de saint Germain dut être déposé dans le lieu de sa sépulture première, d'où il fut enfin, et pour la seconde fois en 869 , transféré au milieu du sanctuaire de l'église.

Un des disciples de saint Germain, saint Bertrand donna son nom à une église du Mans, et à Paris même une église primitivement dédiée à saint Jean-Baptiste prit le nom de Saint-Germain-le-Vieux.

Saint Germain fut un docte et puissant évêque ; il eut le bonheur immense de venir à son heure et il sut en profiter. Il fut en ces temps barbares le Richelieu de Childebert et de Chilpéric, et il eut de plus que son illustre successeur la gloire d'en être aimé.

Un intérêt commun unissait alors les évêques et les rois ; les rois avaient besoin des évêques pour affermir leur puissance, ceux-ci se servaient des rois pour augmenter celle de l'Eglise. Durant tout le moyen âge, depuis Clovis jusqu'à Louis XI, les gouvernants de France ont été les évêques. Au-dessus du roi, au-dessus des hauts barons et des grands seigneurs était l'assemblée des évêques, et l'histoire de la France est étroitement unie à l'histoire de l'Eglise française.

Germain contribua puissamment à cet ordre de choses ; le passé, qu'il avait profondément étudié, lui servit à comprendre le présent et à deviner l'avenir.

Le rôle de son siècle, qu'il a dû pressentir, lui servit à comprendre le sien propre.

Ce rôle convenait admirablement du reste à ses aptitudes et à ses allures ; saint Germain ne fut pas un évêque pauvre et petit, il semblait ne pas dédaigner les riches vêtements , il tenait son rang à la cour, et ce rang était le premier ; son attitude commandait le respect ; il avait la science des hommes , savait leur imposer, les entraîner ou les maintenir ; il était le représentant de la science, de l'esprit, du travail, des beaux-arts, de tout ce qu'il j a de grand et de noble sur la terre, il était surtout le représentant de Dieu !

Si j'avais à peindre saint Germain, je le représenterais à cheval, vêtu de sa longue robe d' évêque, et accomplissant à travers la France un des ces pèlermages qu'il aimait tant, ou bien je le montrerais à la droite du roi Childebert, dans une des sales des Thermes, entouré de tous les courtisans, des chefs francs aux visages encore durs et presque barbares, vêtus de costumes de couleurs éclatantes, parlant haut et tous à la fois. Childebert s'entretiendrait avec le prélat, qui l'écouterait calme et souriant.

Alors saint Germain peut avoir soixante ans; ses cheveux sont presque blancs, sa figure maigre, son œil fier ; on le traite avec respect, c'est le Père; on l'écoute quand il parle, mais il parle peu ; il a l'air faible, mais il est le plus fort

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