PREMIÈRE PARTIE
médecins, les théologiens et les décrétistes, les trois autres facultés de l'Université. Déjà, l'Université avait ses quatre collèges, ses quatre nations et ses quatre facultés.
Durant le jour, Pierre le Lombard écoutait les leçons de Guillaume de Champeaux, le conceptualiste, du savant maistre Abailard, de tous ces hommes d'étude, au savoir universel, que l'Eglise formait pour l'enseignement.
Plus tard, nous retrouvons Pierre dans le palais de Louis le Gros. Il tient à la main les Sentiarum libri quatuo7\ et commente pour son royal élève, le prince Philippe de France, frère cadet de Louis VII, les ouvrages des Pères de l'Eglise. Aussi le prince, quand il refusa plus tard l'épi scopat, n'hésita pas à prier le clergé de fixer son choix sur le Maître des Sentences, le très-iUustre professeur Pierre.
Pas d'homme ne jouit plus que lui d'une réputation incontestée, pas de livre n'eut une vogue plus universelle que les Sentences de Pierre Lomljard, décisions tirées des Pères de l'Eglise dont il concilie les contradictions apparentes... On s'explique le succès qu'obtint cet ouvrage, en songeant que toute question religieuse était devenue, suivant le goût du temps, la matière d'un examen contentieux, d'une démonstration rationnelle.
En quel embarras devaient se trouver les professeurs, obligés de discourir sur tant de mystères dogmatiques, sur tant de maximes morales, avant qu'on leur
eût tracé la carte de leur labyrinthe ! Pierre Lombard s'était proposé de leur servir de guide; ils l'acceptèrent avec une reconnaissance dont témoignent les cent quarante commentaires c^ue nous avons de ses sentences. Ces commentaires sont dus à la plume des docteurs les plus célèbres : saint Thomas, saint Bonaventure, Guillaume d'Auxerre, Albert le Grand, le Spéculateur, Estius, Gilles de Rome, Scot et tant d'autres.
L'ouvrage du Maître des Sentences, est un miroir fidèle des discussions du temps.
Dans son ElucidariumI, Pierre Lombard, sous la forme de dialogues entre le Maître des Sentences et son disciple, donne sur les principaux passages de la Genèse, des explications qui furent acceptées par tous au moyen âge :
Le Disciple. — Où l'homme fut-il créé?
Le Maître. — A Hébron où plus tard il mourut et fut enterré, mais immédiatement après sa création, il fut placé dans le paradis terrestre.
— Où la femme fut-elle créée ?
— Dans le paradis, et tirée du côté de l'homme durant son sommeil.
— Quel était ce sommeil?
— Une extase, c'est-à-dire un ravissement de l'àme : car l'esprit le transporta dans la Jérusalem céleste où il vit le Christ et l'Eglise, qui devaient naître de lui,
(1) Fol. 19 et suiv. (De primo Hoa;iiie).