‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 58 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

l'évêché, ils étaient ordonnés par la justice, faute d'autres preuves et en certains cas seulement.

L'accusateur rendait sa plainte devant le juge, et jetait son gant pour gage de bataille; l'accusé lui donnait publiquement le démenti et s'il ramassait le gant, le gage était censé accepté. Alors le juge marquait le jour et l'heure du combat.

Les deux champions partaient en grand cortège de leurs hôtels, en se signant pieusement, et faisant porter devant eux des bannières où étaient peintes les images de Notre-Seigneur, de la Vierge et des Saints.

Aussitôt qu'ils étaient arrivés à leurs pavillons, dressés dans les lices, l'appelant venait se mettre à genoux devant le roi, ou son représentant, et commençait par faire le signe de la croix ; alors le maréchal ou quelque autre nommé par le roi, lui disait :

^ Sire chevalier, voyez-vous ici la vraie ressemblance de Notre-Seigneur, vrai Dieu, Jésus-Christ, qui voulut mourir et livrer son très-précieux corps à mort pour nous sauver. Or, lui requériez merci, et lui priez qu'à ce jour, vous veuille aider, si bon droit avez, car il est souverain juge. Souvenez-vous des serments que vous ferez, ou autrement votre âme, votre homieur et vous, êtes en péril. «

Ensuite le maréchal, le prenant par les deux mains, qu'il mettait sur la croix, lui faisait faire le serment suivant :

Je jure sur cette remémorance de la passion

de notre Sauveur Dieu Jésus-Christ, et sur la foi de vrai chrétien, et du saint baptême que je tiens de Dieu, que je cuide fermement avoir pour certain, bonne, juste et sainte querelle et bon droit, d'avoir en ce gaige appelé un tel, comme faux, traître ou meurtrier ou foi mentie, lequel a très-fausse et mauvaise cause, a de foi en défendre et combattre contre moi et à lui montrerai aujourd'hui par mon corps contre le sien, à l'aide de Dieu, de Notre-Dame, et de Monseigneur saint Georges, le bon chevalier. r>

On faisait prêter le même serment à celui qui avait été appelé en duel, et le maréchal donnait le signal du combat en jetant son gant, après avoir crié trois fois : Laissez-les aller.

Les jugements étaient, comme on voit, fort juridiques ; on ne laissait pas même aux combattants l'ardeur d'une première effervescence, mais on les ajournait aune période de dix ou quinze jours, souvent un mois, parfois plus, pour venir se mesurer en champ clos.

- Un homme s' étant présenté devant le vicaire, pour se plaindre de l'usurpateur d'une terre qui lui appartenait, et celui-ci l'ayant nié, il fut ordonné que dans quarante jours ils eussent à se présenter l'un et l'autre devant le vicaire, pour subir le jugement de la croix, ce qui étant fait, celui qui avait usurpé la terre a été convaincu, w

Plusieurs de ces épreuves n'étaient pas bien dangereuses, le jugement de l'eau froide par exemple, dont

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