PREMIÈRE PARTIE
raies, tandis que les milices des paroisses, commandées par les prêtres et les évêques, préludent à l'alliance de la dynastie avec les communes, établies par une suite d'événements que la royauté n'avait ni prévus ni suscités.
L'alliance du clergé avec le pouvoir pour l'établissement des communes et la création de ce qu'on appelle le tiers-état, avaient eu pour conséquence naturelle l'affranchissement des serfs.
On connaît l'édit de Louis le Jeune :
« Selon le droit de nature, chacun doit naître franc ; « comme beaucoup de notre commun peuple sont déchus y> en lien de servitude, ce qui moult nous déplaît, nous, » considérant que notre royaume est dit et nommé le r> royaume des Francs, et voulant que la chose eu vérité r> soit accordant au nom et que la condition des gens « amende par nous en notre nouveau gouvernement, T voulant que les seigneurs prennent exemple de nous, r> de les ramener à la franchise, nous voulons que la r> franchise leur soit donnée à bonnes conditions. »
Les évêques de Paris avaient, au xii^ siècle, plaidé la cause de la liberté et l'abolition du servage, ceux du xiii" siècle, Etienne Tempier, Renaud de Corbeil, Simon de Bucy, ayant à leur tête Guillaume d'Auvergne, se préoccupèrent de l'administration de la justice.
La justice, en effet, était en enfance, et en la plus naïve. Il n'y avait pas longtemps que les nobles , atteints de quelque crime, étaient condamnés à porter
un chien, nus et en chemise, d'un comté à un autre; ceux qui n'étaient pas nobles étaient obligés de porter, dans le même équipage, une selle de cheval.
La coutume de faire amende honorable nous est venue de là. Les nobles étaient même quelquefois condamnés à porter la selle; ce chien, cette selle, — comble d'ignominie — et quelques autres supplices ejusdem, résumaient toute la pénalité.
Aujourd'hui, une selle et même tout un harnais sont choses dont ne s'effraierait pas le moindre habitué de la police correctionnelle.
Il est vrai qu'il y avait aussi la peine de mort.
Mais pour discerner le coupable de l'accusé dans les procès civils ou criminels entre gentilshommes, on ne connaissait que \q jugement de Dieu.
Les jugements de Dieu — résignation naïve de l'homme qui, ne pouvant discerner la vérité, appelait la Providence à son secours — étaient de diverses sortes : la croix, l'eau froide, l'eau chaude, le fer chaud, le serment, l'Eucharistie.
Le duel à l'épée était réservé aux hommes nobles ; pour les prêtres, on se servait de l'Eucharistie ou du serment sur les reliques; ils ne touchaient pas les reliques, parce qu'il leur était défendu de jurer sur les choses saintes , ils ne levaient pas la main en prêtant serment, ils se contentaient de la tenir sur leur poitrine.
Les duels par l'épée avaient lieu dans la cour de